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Bud Shank
et Phil Woods
Biographies, CDs,
«Bouncing With Bud and
Phil», Live at Yoshi’s
Article du 17 octobre 2005 de "Beethoven", Jean-Michel Reisser
Biographie de Bud Shank
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Sheet
music by Bud Shank.
Bud Shank est né le 27 mai 1926 dans l’Ohio. Il apprend la clarinette à dix ans,
le saxophone à quatorze et la flûte à vingt et un ans. Au début des années 40,
il s’installe en Californie où il étudie la composition et l’arrangement avec le
trompettiste Shorty Rogers. Il entre dans l’orchestre de Charlie Barnet en 1947.
Puis Stan Kenton le recrute en 1950. L’année suivante, il commence une longue
association avec le bassiste et leader Howard Rumsey et fait les beaux jours du
fameux club « The Lighthouse » à Los Angeles, sur la plage à Hermosa Beach. En
1953, il enregistre des faces capitales dans l’histoire de la musique : les duo
avec le guitariste brésilien Laurindo Almeida. Ensemble, ils inventent déjà ! ce
qui sera, dix ans plus tard, la « Bossa Nova ». Bud forme aussi un duo original
flûte-hautbois avec le ténor Bob Cooper. Dès 1956, il fonde son quartet avec le
pianiste Claude Williamson et part en tournée dans le monde entier. Il séjourne
même en Afrique du Sud en 1958. Il s’associe à nouveau avec Laurindo Almeida la
même année puis monte son quintet en 1961. Il enregistre pas mal d’albums
pendant toute cette période des années 50 et début 60. Puis, il devient, pendant
15 ans, l’un des musiciens les plus demandés dans les studios à Hollywood. En
plus, il compose, arrange, dirige, sa musique ou celle des autres. L’inégalé et
légendaire altiste, compositeur et arrangeur Benny Carter, fait très souvent
appel à lui pour interpréter ses fameuses parties de saxes si difficiles à jouer
et à « faire sonner ».
Puis, en 1974, il s’associe avec un autre fameux : le légendaire bassiste Ray
Brown. Ils forment le fameux groupe « The LA 4 » («The Los Angeles Four») avec
Laurindo Almeida et Shelly Manne à la batterie, remplacé en 1978 par Jeff
Hamilton. Avec ce quartet, il va voyager à nouveau dans le monde entier pendant
près de 10 ans. Ce groupe, unique dans le Jazz, mêle avec pur bonheur les
musiques de Jazz, Classique et Brésilienne. En 1983, Shorty Rogers effectue son
retour sur la scène du Jazz avec ses « West Coast Giants ». Bien évidemment,
Bud en fait partie. Dès 1986, Il se produit sous son nom en quartet ou quintet
dans le monde entier. C’est à cette époque qu’il abandonne la flûte pour se
consacrer exclusivement à l’alto. Il joue souvent avec les pianistes Kenny
Barron, Hank Jones, Cyrus Chestnut et Mike Wofford. Il retrouve également son
vieux complice et associé Ray Brown pour de nombreux concerts et festivals de
part le monde.
Bud Shank a su se créer un style bien à part de tous les autres altistes de sa
génération. Il possède une sonorité large, rayonnante, Délicat et nuancé, il
enchaîne de courts segments de phrase avec une grande vélocité. Il possède un
léger vibrato dans les notes qu’il émet. Avec les années, il semble qu’il ait
une fougue (presque une rage) et une envie de jouer qu’il ne possédait pas
auparavant ! Duke Ellington voulait absolument l’engager dans son orchestre,
avec l’aval de Maître Johnny Hodges. Il refusa ce poste très souvent car il ne
voulait pas voyager. Je pense qu’il n’y a aucun autre commentaire à rajouter,
sinon qu’il est l’un des altistes encore les plus méconnus mais un des plus
grands de l’après-guerre ! Benny Carter et Charlie Parker mettaient Bud Shank
comme un de leur 3 altistes favoris. On regrette tous qu’il ait abandonné la
flûte car là aussi, il reste l’un des plus grands de l’instrument du vingtième
siècle!
Biographie de Phil Woods
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Sheet
music by Phil Woods.
Phil Woods, de son vrai nom Philippe Dubois, est né le 2 novembre 1931 dans le
Massachusetts. Il hérite, par hasard, d’un saxe alto à la mort de son oncle.
Mais c’est à l’âge de 13 ans, en écoutant Charlie Parker dans « Koko », qu’il
décide de devenir musicien de Jazz. Il étudie le saxe jusqu’en 1948. Il
participe alors à des « jam sessions » avec le batteur Joe Morello entre autres.
Il s’installe à New York et étudie avec le pianiste Lennie Tristano. Il suit des
cours de clarinette pendant 4 ans à la Julliard School. Dès 1954, il joue avec
le guitariste Jimmy Raney. En 1956, il remplace Jackie McLean au sein du groupe
du pianiste George Wallington, se produit au fameux club le « Birdland » avec le
pianiste autrichien Friedrich Gulda. Il tourne alors avec un all stars, « Birdland
Stars », avec Kenny Dorham, Hank Jones, Kenny Clarke, Al Cohn etc … et part dans
le monde entier. Dizzy Gillespie fait appel à lui pour former son nouveau big
band. Du coup, il repart avec ce dernier à travers le monde. Dès 1957, il forme
un duo régulier d’altos avec Gene Quill. Il joue très régulièrement avec le
légendaire batteur Buddy Rich. En 1959, Quincy Jones l’engage pour faire partie
de son orchestre et part en Europe avec lui. Il enregistre, en 1961, un tout
grand album nommé « Rights Of Swing » (Candid Records, réédité en cd ). C’est au
tour du clarinettiste Benny Goodman d’engager Phil pour une tournée en Union
Soviétique en 1962. Il rejoue en 1963 avec Dizzy et le pianiste, compositeur et
arrangeur Lalo Schifrin. Thelonious Monk fait appel à lui pour jouer avec son
octet et son big band. Il travaille également pour la TV et participe à de
nombreuses séances de big band avec les arrangeurs Oliver Nelson, JJ Johnson,
George Russell etc. Il part à nouveau en tournée en 1967 avec Thelonious Monk.
De mars 1968 à décembre 1972, il s’installe en Europe: à Londres, puis à Paris en mai 1968… Il crée un magnifique groupe avec le pianiste George Gruntz,
le batteur Daniel Humair, le bassiste Henri Texier entre autres. On le voit
partout. Il collabore très souvent avec Michel Legrand. Il rentre aux USA en
1973 où il enseigne beaucoup. En 1983, il forme un nouveau quintet et repart en
tournée dans le monde entier. Il découvre et fait connaître alors ce qui
deviendra un des plus grands trompettistes de notre temps : Tom Harrell. On le
voit très souvent en Europe depuis. Il est adoré du public. Il joue souvent et
enregistre avec son idole et maître de toujours : Benny Carter (ce dernier
l’admire au plus haut point). En parlant un jour avec Benny, qui était un ami
proche, il me dit : « Phil est absolument fabuleux. Un des plus grands musiciens
que je connaisse, passé, présent et avenir». Rien à rajouter.
Phil Woods a deux maîtres à l’alto: Benny Carter et Charlie Parker. Il est
considéré par beaucoup comme le meilleur disciple et altiste après la mort de « Bird ».
Il est quasi impossible de décrire le style de Phil. Disons qu’il faut l’écouter
et, après 20 secondes, on se rend compte qu’il possède tous les atouts dans tous
les registres pour le mettre au panthéon des plus grands altiste du Jazz du
vingtième siècle.
Bud Shank et Phil Woods: Bouncing with Bud and Phil, Live at
Yoshi's.
Bud Shank,
Phil Woods (altos), Mike Wofford (p), Bob Magnusson (basse), Bill Goodwin (bat),
« Yoshi’s », Oakland, Californie, les 5,6 et 7 novembre 2004. Capri Records SACD
74071-2. Commandez ce disque chez Commandez ce disque chez
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1. Bouncing With Bud
2. Helen’s Song
3. Nature Boy
4. Carousels
5. Summer Serenade
6. Gemma’s Eyes
7. Minority
Dans la platitude des nouveautés actuelles, la rencontre de ces 2 géants de
l’alto est une fort bonne surprise. Mieux, il s’agit d’un événement majeur pour
tous amateurs de Jazz et de saxes en particuliers. D’ailleurs, on peut se
demander pourquoi personne n’y ait pensé bien plus tôt. Nos deux compères sont
déjà âgés et ont plus de 50 ans de carrière pour chacun d’eux. Tous deux
descendent directement de Charlie Parker mais ont pris une voie différente. Phil
s’est beaucoup imprégné du « Bird » pour trouver enfin son style (mais qui reste
tout de même dans les traces du Maître). Bud, lui, se démarque complètement de
son idole pour obtenir un style bien à part et unique. Mais les deux se
complètent et se marient vraiment à merveille.
Cette réunion est une idée de Bud, qui en parla au producteur du label «Capri
Records», Tom Burns. Ce dernier n’hésite pas une seconde: il fonce les
enregistre au «Yoshi’s». De suite, on est frappé par leur complicité et leur
complémentarité.
Pour réussir une telle entreprise, il fallait absolument que nos deux compères
aient une rythmique « en béton » comme on dit. Bud suggéra, avec raison, de
prendre le superbe pianiste Mike Wofford, ainsi que le non moins bassiste tout
terrain Bob Magnusson, qui a joué avec tout le monde. Phil, quand à lui, demanda
s’il pouvait prendre son batteur favori avec lequel il travaille depuis plus de
20 ans, Bill Goodwin. Bill est un des grands de la batterie (et un homme
d’affaire avisé aussi), sans contestation possible.
Le thème « Gemma’s Eyes », une valse composée par le pianiste Bill Mays, nous
prouve cette complémentarité et complicité entre tous. Cette longue mélodie
inspire tout le quintet. Malgré cette longue interprétation, chacun raconte une
histoire différente mais ô combien passionnante. Bud est ici intrigant et
surprenant dans la manière de traiter ce morceau.
Pour débuter le cd, un titre de l’ère du « Be-Bop » pour mettre tout le monde
d’accord : une composition du tout grand pianiste Bud Powell, « Bouncing With
Bud ». Phil Woods m’avoue: « Tu sais, Bud (Shank) et moi venons du même tronc
d’arbre : Charlie Parker. Nous sommes ses enfants ; alors nous devions bien
jouer un thème venant de cette époque ». Et puis, c’est une excellente entrée ne
matière qui nous montre la musicalité et la vélocité chacun. Bud (un peu plus
sur le haut-parleur de gauche) débute avec un solo incisif et inspiré à souhait.
Puis Phil (sur la droite) enchaîne en faisant une citation rusée et fort bien
placée de « Lester Leaps In ». Et puis la rythmique est absolument renversante
dans ce titre.
« Helen’s Song », composée par le pianiste George Cables, est un des préférés de
Bud depuis fort longtemps. « C’est une superbe mélodie, très attractive pour
tous les musiciens qui la jouent » explique Bud. « Si je devais citer un thème
de notre répertoire, c’est celui-là » rajoute Phil. « C’est une pièce très
différente de tout ce que l’on joue d’habitude. » Nos deux amis vont chercher et
défricher de nouveaux terrains musicaux qui leur réussissent à merveille.
« Nature Boy » est un thème connu et qui m’est en valeur Bud et la rythmique.
C’est Mike qui met l’ambiance avec une intro des plus originales aux accords
osés. Ce duo est un des grands moments de l’album. Comment donner nouvelle vie à
un « vieux » standard tel que celui-ci ? La réponse concrète est dans cette
interprétation de haut niveau.
« Carousels » est un original composé par Bud en 1953 pour son fameux duo avec
le grand guitariste Laurindo Almeida. Avec des accords et des rythmes complexes
mêlant Jazz et Bossa, il est très intéressant de comparer les similitudes et
différences de nos deux septagénaires en grande forme. Bud devient plus lyrique
ici, Mike Wofford s’envole dans son solo (à la Oscar Peterson). Phil en fait de
même et est époustouflant de vélocité et de musicalité.
C’est au tour de Phil d’avoir son morceau de bravour. Il choisit une composition
de Benny Carter, « Summer Serenade ». « Cette mélodie est absolument
fabuleuse », s’exclame Phil. « Tu as juste à jouer la mélodie, la faire sonner
et laisser respirer les fins des phrases. » On entend vraiment parfaitement bien
la grande influence de Benny dans le son et le solo de Phil. Un de ses tout
meilleurs solos depuis bien des années ! Et puis encore, une mention toute
spéciale à Mike, magnifique encore de bout en bout. Un moment magique.
Pour conclure cet album de très haute tenue, un autre morceau des années 50, « Minority »,
composé par un autre altiste (fort original et malheureusement oublié) Gigi
Gryce. On se souvient des interprétations superbes de Gigi lui-même mais aussi
celle du génial trompettiste Clifford Brown ou du non moins maestro pianiste
Bill Evans. On peut affirmer que cette version est dans la ligné des précédentes
citées.
Si je devais émettre une critique, cela serait sur la longueur des morceaux. On
ne s’ennuie pas uns seule seconde! mais on aurait peut-être préféré quelques
titres plus courts. L’enregistrement étant « live », la donne est, par
conséquente, différente.
«We had fun Man!» a déclaré Bud . Et Phil à immédiatement rajouté: «We had much
fun!».
Rendez-vous compte que nos 2 acolytes tiennent une forme olympique comme jamais
ils n’ont tenues? Bud fête allègrement ses 79 ans et Phil ses 74. Ils sont au
top de leur art avec une maîtrise totale de leur instrument. Tellement
incroyable que les « petits » jeunes actuels ne sont, de loin, pas prêt de leur
ravir la vedette!
Indispensable.
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Bud Shank et Phil Woods: Bouncing with Bud and Phil, Live at
Yoshi's. Bud Shank,
Phil Woods (altos), Mike Wofford (p), Bob Magnusson (basse), Bill Goodwin (bat),
« Yoshi’s », Oakland, Californie, les 5,6 et 7 novembre 2004. Capri Records SACD
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Bud Shank: The Fabulous Bud Shank. 2003. Commandez ce CD chez
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Bud Shank Plays the Music of Bill Evans. 2004. Commandez ce disque
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Phil Woods: Rights of Swing, 1998. Commandez ce disque chez
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Phil Woods at The Montreux Jazz Festival. Live at Montreux 1969,
réédition 2003. Commandez ce disque chez
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