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Herb Ellis
Biographie, albums, CDs,
sheet music by Herb Ellis.
Article de "Beethoven" Jean-Michel Reisser du 27 février 2006
 
Herb Ellis: « Nothing But The Blues »

Bien sûr que vous connaissez ce musicien et l’avez tous entendu au moins une fois ; ne serait-ce qu’avec le fabuleux et insurpassable trio d’Oscar Peterson avec Ray Brown. Vous allez vous dire : « Oui, mais à part cela, je ne sais pas grand chose de lui », et vous aurez bien raison. Lorsque l’on parle des grands guitaristes, on cite souvent les mêmes mais son nom n’est pas forcément mentionné. Pourtant, il compte réellement parmi les plus grands, sans aucun doute possible.

Pourquoi si peu d’informations alors ? Et bien Herb a toujours été un personnage discret, qui n’aime pas « parader », ni trop parler pour ne rien dire. Il a misé tout son grand art dans sa musique. « Il faut toujours écouter » m’a-t-il souvent rétorqué. Son jeu de guitare est précis, concis, sans esbroufe, toujours d’à-propos, avec un discours musical et inspiration des plus fins. Il brille. Il est très brillant sûr mais ne le montre jamais. Un vrai et unique magicien. Alors, de nos jours, on doit se montrer et tout prouver pour que l’on s’intéresse à vous et que l’on parle de vous. Chez Herb, c’est tout le contraire. Alors, pas étonnant si les médias ne se sont pas pressés pour le questionner et lui faire de la publicité. J’en veux pour preuves qu’il n’existe que très peu d’articles sur lui (interviews ou études), même dans les revues les plus spécialisées internationales.

La toute récente superbe rééditon, sur le label « Verve », de son premier album en tant que « leader », « Ellis In Wonderland », enregistré en 1956, m’a vivement interpellé. Votre serviteur a eu la grande chance de bien le connaître et de pouvoir parler longuement avec lui de sa musique, de la vie, des gens et de ses visions à travers les années.

« La musique de Jazz reste, pour moi, tout d’abord, un discours. Puis le Blues, le Swing. Ensuite, vous possédez la technique de vos moyens et des émotions que vous voulez faire passer auprès de votre public. Beaucoup oublient ça. Tout le reste n’est que « gimmik »!

Notre homme sait donc ce qu’il veut et où il va. « Mais je pense que votre enfance, ce que vous avez vécu, compte énormément pour la suite de votre parcours de musicien. Le début de votre vie, ce sont vos racines et elles vont vous accompagner tout au long de votre parcours sur cette terre. Impossible d’y échapper. En ce qui me concerne, c’est le Blues ».

Herb Ellis vient du Texas où il est né le 4 août 1921. Jack Teagarden, Jimmy Giuffre, Hot Lips Page,  Eddie Vinson, Sammy Price, Buddy Tate, Booker Ervin, Harold Land, Ornette Coleman, Teddy Wilson, Kenny Dorham, Cedar Walton, Arnett Cobb, et quelques guitaristes et non des moindres tels que Eddie Durham, Oscar Moore, Lightnin’ Hopkins et Charlie Christian ! pour ne citer qu’eux, viennent également du même endroit.

Tous de grands joueurs de Blues. « Un jour, ma sœur apporta  un banjo à la maison et je m’y suis essayé. J’avais 6 ans. Puis mon cousin est arrivé avec une guitare. Alors je me suis jeté dessus. Mon frère aîné voulait en jouer aussi. J’avais remarqué qu’il ne savait pas bien s’accorder. J’ai acheté une revue qui me donnait toute les informations de comment bien accorder une guitare. Je lui enseigné la méthode. De ce fait, notre rivalité se termina et je pus en jouer comme j’en désirais. »

Et les cours de guitare ? « Je suis un total autodidacte ! Je n’ai jamais pris de cours de guitare de ma vie. Par la suite, je suis allé à la « North Texas University » pour étudier la musique mais pas la guitare en particulier. »

Et ses influences ? « Nous avions une petite bicoque car nous étions fermiers. Il n’y avait rien aux alentours et nous étions isolés de tout. Tout y était « blues » : le paysage, la vie … J’entendais siffler le train et rien qu’à l’écoute de ça, cela vous le donnait. Nous étions le Blues! »

Quel déclic pour la musique à part cette guitare ? « Mon père et moi allions au village tous les samedis avec une vieille carriole tirée par un âne. Tu vois un peu le décor ?! Nous passions devant une petite maison délabrée et sur le pas de la porte, il y avait un vieil homme noir qui jouait de la guitare. Cela m’a vraiment pris aux tripes … très très profondément marqué …et à jamais. J’allais avec mon père juste pour ces quelques instants d’immenses et intenses émotions. C’est là que je me suis dis que je jouerais ce type. » ( Herb se met à pleurer d’émotion en me parlant de ces moments  Notre homme est très sensible à l’Etre Humain. Cela se sent et se transcrit dès que vous parlez avec lui.)

« Je me crois heureux mais j’éprouve souvent de la tristesse. »

Je lui faisais remarquer que, réellement, il était d’abord un « Bluesman » avant d’être un « Jazzman ». « Je n’ai appris le Blues de personne. Je le possédais en moi dès le début ».

Et ses influences alors ? « Le premier guitariste que j’ai entendu, je devais avoir 14 ans, au poste de radio. C’était George Barnes. Le son de George me fascinait. Quand je suis allé au collège, en 1941, j’y ai rencontré Jimmy Giuffre, Gene Roland, Harry Babasin. Jimmy m’a fait découvrir Charlie Christian. Wouawww ! C’était la première fois que j’entendais du Jazz. Puis j’ai découvert Django Reinhardt. Je me disais : « mais comment est-ce possible de jouer de la guitare acoustique comme ça ? ». Ces deux musiciens m’ont influencé à vie, encore maintenant d’ailleurs. Je puise chez eux tant que je le peux.»

Et puis d’autres musiciens ? « Oui, je dirais que Count Basie et ses musiciens m’ont beaucoup influencé. « Sweets Edison, Vic Dickenson et, Lester Young. Là, j’étais sans voix quand je l’ai entendu. Vraiment incroyable ! Plus tard, bien sûr, il y eu Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Comment ne pas l’être ? Quels génies! Charlie Christian, Basie, « Sweets », Lester, Parker, Dizzy : c’étaient avant tout de « putains » de bluesmen!

Après mes années de collège, j’ai vécu à Kansas City. Il y restait des vestiges des années 20 et cela m’a  marqué également. Le Blues, toujours et encore le Blues! »

Et tes débuts professionnels ? « C’était avec le Casa Loma Big Band en 1944. Je jouais de deux guitares : électrique pour les solos et acoustique pour le rythme. Puis j’ai rejoint l’orchestre de Jimmy Dorsey l’année suivante. C’était vraiment un bon orchestre. Dans la section rythmique, il y avait le bassiste John Frigo. Oui, il était bassiste à l’époque (a) et Lou Carter jouait le piano (1). Jimmy aimait bien mon style, alors il me donnait pas mal de solos. A travers l’orchestre, John, Lou et moi-même avions formé le trio qui s’appelait « The Soft Winds ». On a eu un immense succès. C’est pour cette raison que nous avons quitté Jimmy en 1947 pour former notre trio. (2). C’est à cette époque que j’ai composé « Detour Ahead », qui est devenu un standard. Billy Holiday, Sarah Vaughan, Bill Evans, Oscar Peterson, Wynton Marsalis, Quincy Jones, Sonny Rollins, Joni Mitchell, Sting … l’ont souvent joué. Il doit bien y avoir une bonne centaine de versions enregistrées de ce thème. » (2a)

Et ensuite, bien sûr, c’est l’engagement dans le trio d’Oscar Peterson. « J’ai remplacé Barney Kessel. Il y est resté un an seulement car il ne voulait pas voyager.»

Jouer avec Oscar était-il difficile. « Difficile ??! Extrêmement, terriblement, très très difficile ! Nous avons réalisé pas mal de disques mais les vrais, qui représentent ce qu’était notre trio, ne sont pas si nombreux (3). Nous étions capables de jouer 4 soirs de suite les arrangements fort complexes de notre répertoire sans jamais nous répéter.

Nous répétions sans cesse, toujours et encore, parfois 5 heures par jour, en plus des concerts. Les arrangements étaient tous de tête. Nous n’avions aucune partition, rien, NADA ! C’était un travail de « titan ». J’avais différents rôles : j’étais rythmicien, soliste et accompagnateur à la fois. Ray et moi étions le batteur du groupe. Et cela changeait tout le temps : parfois nous jouions à l’unisson, parfois pas. Ensuite, nous pouvions jouer ensembles mais aussi « out » comme on dit. A d’autres moments, nous jouions les harmonies, parfois leurs contraires. Oscar demandait de pouvoir renverser les accords dans tous les tons et même au milieu de ceux-ci ! On devait avoir tout ça dans les doigts en permanence ! Le boulot le plus difficile de toute ma vie mais un pur bonheur à chaque seconde. C’était un sacré « challenge » mais tout en s’amusant. C’est de l’amour et non pas de la rivalité. Nous donnions le meilleur chaque soir.

Oscar était très exigeant. Mais, en premier, il l’était avec lui-même ! Il savait jusqu’où il pouvait vous pousser pour tirer le meilleur de vous-même et de vous surpasser à chaque instant. Il savait mes limites mais il arrivait à me faire jouer des trucs que je n’aurais jamais pensé pouvoir jouer de ma vie. Avec lui, je l’ai fait ! Il repoussait vos limites sans cesse ! En 6 ans, j’ose le dire, je n’ai jamais réussi à atteindre son niveau. Chaque fois que je pensais que j’y arrivais, il  trouvait autre chose que je ne pouvais jouer. Ce fut ma meilleure période pour développer et améliorer mon jeu. En fait, ces 6 années furent les plus grands moments de carrière! »

Je lui disais qu’Oscar m’avait confié, qu’avec ce trio, « nous jouions beaucoup de « Blues », Mon style pianistique était alors plus « bluesy et churchy ».

« C’est bien vrai ça ! » me rétorqua Herb. « Et notre façon de jouer était très rythmique. On accentuait surtout sur le Swing. » Je lui avouai qu’Oscar m’avait raconté que « c’était bien la faute à Herbie tout ça ! » (rires). « Il a dit ça ?? » avec grand étonnement. « Et bien dis donc, venant d’Oscar, c’est un sacré compliment ». (Herb se tait et reste très visiblement ému).

« Oscar et Ray sont des légendes vivantes. Oscar est le plus grand pianiste avec lequel j’ai jamais joué. Il en est de même pour Ray. J’ai joué avec tous les grands bassistes au monde mais Ray reste le top de la basse ! Certains jeunes peuvent peut-être jouer plus vite mais jamais mieux. »

Pouvais-tu apporter des idées ? « Oh oui. Ray faisait pas mal d’arrangements. Beaucoup de « voicings », les parties de guitare-basse étaient trouvées par Ray. Il a une sacrée oreille ! Il sait comment faire sonner le tout pour qu’Oscar se sente à l’aise et puisse s’y poser. Mais le temps que tu exposes ton idée sur une certaine partie du morceau, Oscar, lui, en est déjà à la suivante ! »

Et en même temps, faisant partie du « JATP » (« Jazz At The Philarmonic » de Norman Granz), il a pu jouer et enregistrer avec parmi les plus grands. « Une sacrée aubaine oui, tu penses : Coleman Hawkins, Ben Webster, Dizzy, Parker, Stan Getz, JJ Johnson, « Sweets », Sonny Stitt, Benny Carter, Roy Eldridge, Louis Armstrong, Kid Ory, Sidney Bechet, Stéphane Grappelli, Lionel Hampton, Milt Jackson  etc … »

Pourquoi avoir quitté le trio ? « On faisait souvent 63 concerts en 65 jours … ! C’était très fatiguant tu sais. Alors, Ella Fitzgerald m’a demandé de l’accompagner. Ce que j’ai fait pendant 2 ans, jusqu’en 1960. C’était formidable de pouvoir jouer avec elle, ainsi que toutes ces chansons magnifiques qu’elle interprétait avec maestria. Le pied géant ! »

Et puis, il décide de se poser. « J’en avais assez des tournées. J’étais marié dès 1958 et nous avions déjà un enfant. Un autre était en route. C’est alors que je me suis installé à Los Angelès pour une vie plus rangée et pouvoir élever mes enfants. »

Il grave sous son nom quelques fantastiques et très différents albums : « Ellis In Wonderland » (1956 avec « Sweets Edison, Charlie Mariano, Oscar, Ray Brown, Jimmy Giuffre), « Nothing But The Blues » (1957 avec Stan Getz, Roy Eldridge, Ray Brown) et « Herb Ellis meets Jimmy Giuffre » (1959 avec  Jim Hall, Art Pepper, Richie Kamuca etc.). (4)  « Je voulais vraiment que Jimmy Giuffre participe et il est venu sur 2 des 3 albums de l’époque. Je pensais qu’il écrirait des compositions et arrangements du style qu’il avait fait pour Woody Herman, Howard Rumsey ou Shorty Rogers … Mais non, il vient toujours avec quelque chose d’autre. C’est tout lui. Il est arrivé avec des arrangements assez fouillés et j’ai dû lire la musique. Je n’ai jamais aimé lire la musique et je ne suis pas très bon à ça … Mais les albums sont fort réussis. J’en suis très content. Un album que j’affectionne tout particulièrement est celui avec le violoniste Stuff Smith » (1963 avec Lou Lévy, Shelly Manne etc …) (5).

Raconte-moi ta vie dans les studios.  « Je peux dire que du côté argent, c’était facile et on gagnait très bien notre vie. Mais du côté musique, ce n’était pas ma tasse de thé, toutes ces musiques d’ascenseurs, jingles, musiques de films commerciales insipides et impersonnelles. J’ai travaillé pour le Steve Allen show, Merv Griffin show, Danny Kaye etc … Je devais lire la musique et être prêt à tout. Lire la musique me rendait nerveux tout le temps. Ils ne nous laissaient pas souvent jouer du Jazz … On vous demandait de jouer des solos selon des partitions dans un certain style et crois-moi, ce n’était pas bon … cela sonnait ringard, c’était mauvais, voire même faux parfois … mais il faillait le faire ! L’un des seuls avec lesquels j’ai adoré interpréter des musiques de studio était Lalo Schifrin. Lui, c’est spécial, à part, hors normes! Un tout grand musicien et un homme magnifique. Il dérange beaucoup car on ne peut lui mettre aucune étiquette. Classique, musique de films, jingles... Et le jazz, il connaît! J'adore Lalo.

J’ai toujours eu la possibilité de jouer du Jazz mes soirs « off » dans les clubs tels que le « Donte’s » ou le « Shelly Manne’s Hole ». Il y avait Jake Hanna à la batterie et le formidable pianiste Ross Tompkins au piano. Ray Brown venait souvent nous rejoindre. Alors on « s’éclatait ». Cela me donnait une petite compensation de satisfactions et une bouffée d’air. Mais, pendant cette période, j’ai pu enregistrer quelques autres albums de Jazz. »

Le Jazz a eu ses heures difficiles mais au début des années 70, tout semble changer. « Le public voulait à nouveau réécouter du Jazz. C’est comme ça qu’est né le label « Concord Jazz », presque en même tant que « Pablo » d’ailleurs. »

J’ai toujours été étonné que Norman Granz n’ait jamais fait appel à nouveau à Herb pour son label « Pablo ».

« En fait, c’est Carl Jefferson et Ray Brown qui ont fondé « Concord Jazz » en 1973. Je leur ai donné un coup de mains et me suis pas mal investi. C’est normal que j’y sois resté pendant toutes ces années. Joe Pass et moi-même avons réalisé les 2 premiers albums pour Concord,  avec Ray Brown et Jake Hanna (6). Mais Joe et moi-même, en duo, avons réalisé un album pour Pablo aussi à la même époque (7). Nous avions formé ce duo et nous nous entendions comme « larrons en foire » ! On m’a même dit que certains pensaient que nos solos étaient écrits ! Mais c’est faux bien sûr. Nous avions la même conception : nous nous écoutions beaucoup l’un l’autre. J’ai appris cela avec Oscar et Ella. »

Comment est né ta collaboration avec Charlie Byrd et Barney Kessel, « The Great Guitars »?

C’est un promoteur australien qui en a eu l’idée. Carl Jefferson nous as enregistré de suite et les « gigs » sont arrivés. Nous avons tourné dans le monde entier avec ce groupe plus de 10 ans, 3 à 4 mois par année, ce qui est beaucoup. Pour bien sonner, il a fallu que nous nous écoutions les uns les autres car 3 guitares ensembles, ce n’est pas facile à marier. J’ai aimé ce groupe. » (8)

Et puis, en 1990, Oscar t’a appelé pour reformer le trio avec Ray Brown.

« Oui et j’étais surpris. Mais c’était notre envie à tous les trois depuis longtemps. La différence majeure est que l’on y a ajouté un batteur. C’est devenu un quartet. »

Et pourquoi ça ? « Oscar avait son propre groupe, Ray était toujours en tournée ou dans les studios et moi j’avais mes activités. Nous avions tous des agendas bien chargés donc refaire ce qui avait été fait n’avait aucun sens. Vu sous cet angle, nous n’avions plus le temps de répéter autant. Nous avons eu un très grand succès. Alors, nous sommes repartis en tournées en 1991, 1992 et 1993. Puis, tout s’est arrêté car Oscar a eu ses très sérieux problèmes de santé. Nous nous sommes beaucoup amusés et avons vécus des moments magiques à nouveau ensemble. Inoubliable » (avec Bobby Durham à la batterie). (9)

Aimes-tu enseigner ? « Oui, j’adore et je me préoccupe de nos jeunes. Je n’ai pas enseigné comme je l’aurais voulu car je jouais tout le temps, mais je prends la peine de le faire un peu. Je suis retourné tout de même très régulièrement enseigner à la « South West Guitar Conservatory » à San Antonio, dans mon Texas natal.

Aujourd’hui, les jeunes, en matière de guitare en tous les cas, veulent tous briller par des solos hyper rapides, des accords en mode Dorien par exemple et une technique plus que redoutable. Mais que racontent-ils de bien réels ? Quand tu as enlevé toute cette poudre aux yeux, que reste-t-il ? Je n’y entends plus de musique. J’essaye de leur dire qu’il faut briller certes mais aussi écouter les autres musiciens du groupe afin de pouvoir s’y intégrer.

Je pense être un guitariste que l’on appelle « rapide ». Mais on ne doit jamais oublier de  raconter une histoire. C’est comme en dissertation : il y a une introduction, un développement et une fin. La musique n’échappe pas à cette règle à mon avis. »

Beaucoup de guitaristes prônent telle ou telle marque de guitares. Qu’en penses-tu?

« Une des erreurs que font les guitaristes, c’est de toujours courir après la guitare de leurs rêves alors que ce qu’ils cherchent en réalité, c’est une bonne façon d’en jouer. »

Penses-tu que la guitare « Rock » a apporté quelque chose de neuf à la guitare de Jazz ?
« Non, mais alors pas du tout ! La guitare est devenue certainement beaucoup plus populaire. Prends George Benson, il a eu une influence plus positive car il reste un sacré guitariste,  même quand il joue de la Pop » . 

Et Jimi Hendrick ? « Je suis allé l’écouter plusieurs fois en concert. Je n’ai rien tiré de ce que j’ai pu entendre de lui. »

Et dans les jeunes ? « Il y en a quelques uns de bons, crois-moi. Tu te rappèles d’Emily Remler ? C’était une guitariste fantastique ! Je l’ai beaucoup aidée quand elle a débuté. Elle avait ouvert un nouvel horizon fort prometteur mais elle est décédée … Une tragédie …» (le visage d’Herb s’assombrit et devient triste. Moment émouvant encore). 

Il y a Mike Stern, Pat Metheny : ils jouent le Blues, c’est sûr ! J’aime beaucoup Bruce Forman, de San Francisco, guitariste peu connu malheureusement. Dans les jeunes, il y en a deux que j’adore : Russell Malone et le « géant suèdois » comme je l’appelle, Ulf Wakenius. Celui-là ira très loin. Et bien tous ces types sont partis étudier les racines, les bases, avant de faire leur propre musique. C’est bien là le vrai secret. » 

Son disque favori sous son nom ? « J’adore l’album qui s’appelle « Hello Herbie » avec Oscar sur MPS, avec Sam Jones à la basse et Bobby Durham à la batterie. (1969) (10)

Une des choses qui lui ont fait le plus plaisir dans la musique ? « Le jour où j’ai quitté Oscar, il m’a juré qu’il ne prendrait plus d’autres guitaristes dans son trio. Cela ma bouleversé et en même temps fait très chaud au cœur. Et il a tenu sa parole. Il a bien pris Joe Pass mais pour des duos ou quartets. Les contextes étaient différents. C’était plus des « Jam Sessions » et non plus des arrangement comme nous avions. Avec Ulf, le genre change encore mais rien avoir avec notre trio original. »

Et ses pairs de sa génération ? « J’ai essayé d’imiter un peu Tal Farlow au début car il était fantastique. D’ailleurs Tal vient directement de Charlie Christian. Jim Hall est un des plus grands de tous les temps, Kenny Burrell bien sûr, Barney Kessel, Joe Pass. Un guitariste important fut Jimmy Raney! J’aimais beaucoup aussi Johnny Smith. Et Wes Montgomery, plus jeune que nous, m’a mis par terre dans tous les domaines. Je dois en oublier mais ceux-ci sont très importants à mes yeux quand aux développements de la guitare de mon époque. »  

Quand on parle rythmique pure, Herb s’ouvre : « C’est un art tout à fait à part, encore autre chose de très difficile et ingrat. Je l’ai beaucoup étudié et pratiqué. Peu de guitaristes aiment et savent le faire. Le plus grand, dans le domaine, c’était Freddie Green. J’ai eu beaucoup de chance de bien le connaître et de pouvoir bénéficier de ses conseils. Il n’en donnait presque jamais mais entre nous, il y avait une profonde et longue amitié. J’ai même fait un album avec lui. Quel honneur ! (avec Ray Brown, Ross Thompkins, Jake Hanna, 1977) (11)

Et puis, il y a John Collins bien sûr, grand guitariste et rythmicien du trio de Nat King Cole. »

En parlant de ce dernier, au début des années 80, Herb forme, avec Ray Brown et Monty Alexander, le groupe « Triple Treat ». « Nous avons voyagé pendant près de 10 ans avec ce trio. C’est Carl Jefferson, le patron de chez « Concord », qui a eu l’idée de nous enregistrer. L’album a bien marché et de suite, les japonais nous ont demandé de venir jouer chez eux pour 3 semaines. Nous nous sommes bien amusés car nous jouions la musique et les thèmes que nous aimions. Le public a adoré. Monty, que je connaissais depuis longtemps mais avec lequel je n’avais jamais joué, était en super forme. » (12)

Beaucoup de critiques y ont vu des relents du trio d’Oscar Peterson. Je ne le percevais pas du tout comme cela. Je pensais plutôt que l’influence majeure était belle et bien celle de Nat King Cole justement. « Tu as tout à fait raison. Notre inspiration venait de Nat Cole. D’ailleurs Oscar vient de là aussi, tout comme Monty. C’est la filiation originale. Je trouve que Nat King Cole n’a jamais été assez reconnu auprès du public en tant que pianiste: Ayant joué avec lui, je peux affirmer qu’il était l’un des plus grands !»

Ce qui m’étonne, c’est la sagesse avec laquelle Herb a annoncé, au début de l’an 2000, qu’il allait prendre sa retraire et arrêter définitivement de jouer. « Ecoute, cela peut paraître bizarre mais j’ai toujours pensé que beaucoup de mes pairs, que je respecte, n’ont pas su s’arrêter et partir quand ils possédaient  encore leurs moyens. Il y a trop d’exemples où leurs derniers enregistrements et concerts sont un désastre. Je voulais stopper avant. C’est ma conception. Et je suis très heureux d’avoir mis un point final à ma carrière en figurant sur l’album de Ray Brown « Some Of My Best Friends Are .. The Guitarists » (avec Bruce Forman, Kenny Burrell, Ulf Wakenius, John Pizzarelli, Russell Malone, 2000) (13). Je pense avoir terminé en très bonne compagnie, sans trop paraître « vieux croulant » et impotent ! »

« Quelle sagesse » lui dis-je. « Non, c’est ma vie ! » me rétorqua-t-il.

Aucun regret? « Non, pas du tout. Très heureux d’avoir tiré ma révérence de cette manière. Point final! »

Le dernier morceau interprété par Herb, en mai 2000, fut en compagnie de son vieux pote de toujours, Ray Brown, en duo, chez lui, devant plein d’amis. Qu’ont-ils joué ? Et bien, je vous le donne « en mille » : « Blues For Junior » : « Ca toujours été un de mes thèmes favoris,  composé par Ray Brown pour mon disque en 1957.(14) Comme tu le vois, il s’agit encore d’un Blues … » (avec un grand sourire et un petit air narquois).

Je vous l’ai toujours affirmé, et ceci dès le début : Herb Ellis =  « Nothing But The Blues ».


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Notes au sujet de Herb Ellis

a)   John Frigo est connu comme magnifique violoniste et a enregistré quelques beaux lbums depuis 1987. Il a réalisé d’ailleurs 2 disques avec Herb Ellis, Ray Brown et Monty Alexander pour Concord Jazz en 1988-1989 nommé:  « Triple Scoop » Concord CCD- 2122-2 (double cd).

1)   Lou Carter est décédé le 24 septembre 2005 à l’âge de 87 ans.

2)   « The Soft Winds » Chiaroscuro CR 342 (double cd). Aucun autre enregistrement existe de ce trio, que ce double cd.

2a) « Detour Ahead » : il existe, au bas mot, 200 versions enregistrées de cette magnifique balade ! A vous de faire vos recherches!

3)   Oscar Peterson/Ray Brown/HerbEllis:
- « Live At The Shakespeariean Festival » Verve  513752-2
- « Live At Zardi’s » Pablo 2620-118-2 (2 cd’s)
- « Tenderly » Just A Memory 9146
- « Vancouver 1958 » Just A Memory 9148
- « Live At Concertgebouw » Verve 521649-2

4)   « Ellis In Wonderland » Verve 593002, « Nothing But The Blues » Verve 521674-2, « Herb Ellis Meets Jimmy Giuffre » Verve 559826.

5)   « Together ! » Koch Jazz 7805.

6)   « Ellis/Pass/Brown/Hanna » Concord CCD2-2168-2 (double cd).

7)   « Two For The Road » Pablo OJCCD 726-2.

8)   « Great Guitars »  Concord CCD 4958-2 (double cd).

9)   « The Legendary Oscar Peterson Trio Live At The Blue Note », Telarc 83617 ( 4 cd box set).

10)   « Hello Herbie » MPS 539702.

11)   «Rhythm Willie » Concord CCD 6010.

12)   « Triple Treat : Straight Adead » Concord CCD 2167-2 (double cd).

13)   Ray Brown : « Some Of My Best Friends Are The Guitarists » Telarc 83499.

14)   De l’album « Nothing But The Blues » sur Verve.


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