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Holly
Hofmann
Biographie, CDs, photos de la flutiste de jazz
Article du 15 octobre 2005 par "Beethoven", Jean-Michel Reisser
L’histoire de
la flûte dans le Jazz n’est pas très longue. Cet instrument reste encore
marginal et on ne sait pas trop pourquoi. Il faut remonter à la fin des années
20 pour y trouver une trace avec Alberto Socarras chez le chef d’orchestre
Clarence Williams en 1927. Puis c’est Wayman Carver qui, au début des années 30,
en joue un peu (de façon magnifique d’ailleurs). Il enregistre en superbe solo
de flûte dans l’orchestre de Chick Webb en 1937 avec le titre « Sweet Sue, Just
You ». A l’exception du chorus de Harry Klee sur « Caravan » par l’orchestre de
Ray Linn en 1946, il faut attendre le début des années 50 pour voir réellement
apparaître la flûte. L’un des pionniers et responsable de cette « naissance »
est le fantastique saxe Frank Wess, que Count Basie recruta en 1952 pour former
son nouveau big band. Le Count, fasciné par cet instrument, demande alors à
Frank Wess d’en jouer. Mieux, encore, Count passe commande à ses arrangeurs pour
composer des thèmes exprès pour Frank le mettant en avant avec cet instrument.
Sans le savoir, ils innovent.
D’autres, grands musiciens aussi d’ailleurs, suivent mais ce ne sont toujours
que des saxes qui doublent à la flûte : Bud Shank, Jérôme Richardson, Buddy
Collette, James Moody, Leo Wright, Bobby Jaspar, Yusef Lateef, Paul Horn, Sam
Most, David Newman, Eric Dixon et Les Spann.
Dès le début des années 60, elle devient complètement intégrée avec des gens
tels que Herbie Mann. Eric Dolphy l’adopte avec maestria, ainsi que Charles
Lloyd, Joe Farrell, et quelques autres. Roland « Rahsaan » Kirk ouvre encore des
spectres tout nouveaux. Mais les flûtistes qui ne jouent que de cet instrument
ne sont pas très nombreux : Jeremy Steig, Hubert Laws, James Newton, Steve
Kujala et Michael Edelin en France entre autres.
Puis, à la fin des années 80, arrive, sur la pointe des pieds, UNE flûtiste et
non des moindre : j’ai nommée Madame Holly Hofmann. Elle est non seulement une
fantastique musicienne mais également tout à fait unique dans son genre! La
seule …
Elle étudie cet instrument dès l’âge de 5 ans. Son père était guitariste de Jazz
à Cleveland, Ohio et l’initie à la musique. En fait elle va écouter son père
dans tous les clubs et mémorise d’oreille tous les titres joués alors. Elle
« gratte » un peu la guitare de son père et apprends quelques accords de Jazz et
de Blues. Le Blues est très présent dans l’univers musical des Hofmann, ce qui
imprègne très profondément la toute jeune Holly. Dès l’âge de 7 ans, elle étudie
avec Walter Mayhall qui l’influence beaucoup au niveau du son. Puis elle
rencontre le grand Maurice Sharp, flûtiste dans l’orchestre Philarmonic de
Cleveland. Elle étudie très sérieusement et obtient le diplôme de l’université
de musique de Cleveland, très réputé et considéré comme un des meilleurs des
USA. Elle étudie la musique classique puis, bien plus tard, elle s’intéresse
plus particulièrement au Jazz. Mais au collège, c’est le choc quand on lui dit
qu’elle ne fera aucune carrière si elle ne joue pas du saxe pour avoir « deux
casquettes » : « la flûte ne te nourrira jamais » lui a-t-on dit alors. Mais
elle ne veut rien savoir et croit encore plus fort en toutes les qualités et
capacités de son instrument de prédilection. Elle essaye tout de même le ténor
mais elle remarque que quand elle joue du ténor et ensuite de la flûte, le son
et la justesse de la flûte en sont énormément altérés. Alors, elle décide de ne
jouer que de la flûte.
Elle écoute alors beaucoup des grands solistes de Jazz, ceux qui jouent le
Blues, tels que Ben Webster, « Sweets » Edison, Johnny Hodges. Puis elle fasciné
par le Oscar Peterson Trio avec Ray Brown et Ed Thigpen. Elle apprend alors par
cœur, les solos de basse de Ray Brown.
Elle joue ensuite avec des gens tels que le tromboniste-compositeur-arrangeur
Slide Hampton, ténor-flûtiste James Moody (un autre résidant de San Diego,
Californie), le guitariste Mundell Lowe etc … Elle habite, dès 1984, San Diego,
Californie. Elle enregistre son premier album pour le superbe label « Capri
Records » de Tom Burns en 1989, intitulé « Further Adventures ». Elle y est
accompagnée par le non moins magnifique pianiste Mike Wofford trio, pianiste
d’Ella Fitzgerald à l’époque. Vu le succès, elle enchaîne avec « Take Note »
l’année suivante toujours avec les même musiciens. C’est le début d’une longue
amitié-collaboration et enfin mariage en 2001 avec Mike Wofford. En 1992, elle
dirige un club de Jazz à San Diego et engage tous les groupes qui s’y
produisent. Elle travaille beaucoup avec un autre excellent pianiste de
Californie : Bill Cunliffe. En 1994, elle fait une rencontre qui va marquer sa
vie à jamais : celle de Ray Brown. Ils deviennent amis. Le Maître Ray Brown est
beaucoup impressionné par notre flûtiste. C’est le début d’une régulière
collaboration. Elle enchaîne les albums et les concerts puis les tournées aux
USA. Ray Brown décide de la prendre pour sa tournée de ses « 75 ans » en Europe
en 2001. En 2003, elle forme un groupe très original: « Flutology » avec un de
ses maîtres, le grand Frank Wess, et une autre magnifique flûtiste, Ali Ryerson.
Ils enregistrent, toujours pour le label de Denver « Capri Records », un premier
album, nommé tout simplement « Flutology ». Le succès est immédiat.
Son tout dernier opus, « Minor Miracle », est tout sauf un événement mineur !
Bien au contraire. Elle est accompagnée de manière remarquable par le Mike
Wofford trio : Mike au piano, Peter Washington à la basse et Victor Lewis à la
batterie. Une rythmique de rêve, sur des arrangements conçus exprès pour notre
héroïne, signés pour la plupart par Mike lui-même et par Ray Brown pour 2 autres
titres. La très belle mélodie peu connue de Cole Porter, « Every Thing I Love »,
débute cet album. Il s’agit d’une relecture qui, à la base, était une balade;
elle devient ici une bossa nova nonchalante. C’est un arrangement difficile,
surtout pour un souffleur (signé Ray Brown). Holly y improvise de façon
renversante et « crie » son solo avec beauté. Le grand Peter Washington nous
émeut et est particulièrement inspiré dans ses interventions entre les
musiciens. « C’est l’esprit et le son de Ray Brown qui m’ont aidé » m’a avoué
Peter.
Le Blues est la base du Jazz et Holly ne l’a jamais mis de côté. « CRS-Craft »,
signé et arrangé encore par Ray Brown, est un médium qui permet de se rendre
compte de toutes les grandes capacités de chacun. Holly « transpire » le Blues,
les 4/4 de Peter et Victor sont délectables. Mike est aussi un super bluesman
aussi. Il y a des influences flagrantes d’un autre grand en la matière, le
pianiste Gene Harris. « Yeah ! ».
Holly-Mike composent et arrangent « Minor Miracle » avec brio. Une mélodie
funky-bluesy, teintée de rock, pas facile à jouer, nous envoie sur une autre
planète mais toujours avec feeling, subtilité et raffinement. Le solo de Peter
est remarquable particulièrement. Holly se balade de l’aigu au grave avec
aisance renversante. Cela me fait penser à un autre inoubliable de l’instrument
qui était capable d’en faire de même : Bud Shank (dommage qu’il ait abandonné la
flûte il y a 20 ans déjà).
Un tout grand moment de cet album, un chef d’œuvre et je pèse mes mots : le duo
Holly-Mike dans le fameux « Samba Do Avao » de Tom Jobim. Il est difficile
d’écrire sur ce moment magique. Juste écoutez et vous entendrez ce moment
exceptionnel de Musique ! Et puis, j’attire votre attention sur les accords
finaux du piano de Mike (les 34 dernières secondes du morceau) : on n’entend
plus le son d‘un piano mais on croirait qu’il s’agit d’une guitare acoustique
« à la Laurindo Almeida ». Je n’avais jamais entendu ça auparavant. Fantastique.
Le brillant pianiste Ray Bryant est également un compositeur redoutable.
« Tonk » en est bien la preuve. Notre quartet s’envole et swingue comme des
enragés. On n’arrive plus à les arrêter. A nouveau, un arrangement absolument
superbe de Mike. On en redemande. Un grand « merci » à Tom Burns, le producteur
de la séance et patron de « Capri Records », d’avoir demandé à Holly de jouer ce
thème.
Les amateurs connaissent bien sûr Duke Ellngton, Billy Strayhorn et Johnny
Hodges. « Johnny Come Lately » est, à l’origine, un thème « up tempo ». Le voici
revisité en mode « afro cubaine ». Incroyable mais vrai et ça fonctionne à
merveille. On redécouvre ce morceau avec émerveillement. Le « pont » de la
mélodie est très intelligemment ré-harmonisé par Mike. Subtil à souhait. A
écouter avec soin si vous êtes musicien. Il y a quelque chose à prendre là
dedans. Holly est particulièrement incisive dans l’attaque de ses notes et ses
phrases. Le grand batteur Victor Lewis prend un solo de musicalité, de finesse
mais aussi de tonus et d’inventivité à la fois. Une véritable leçon de
batterie. Bravo.
La magnifique mélodie brésilienne « Minha », de Francis Hime, représente encore
une autre facette de la musique brésilienne. Arrangée en balade mi bossa, Holly
nous offre une autre palette de son immense talent, autant dans les teints des
tessitures de la mélodie que de la flûte. Un autre moment incontournable de cet
album.
Pour terminer cet enchantement, un vieux standard, « Will You Still Be Mine »
dont le pianiste Erroll Garner a, entre autres, marqué à jamais son emprunte
(séance en trio pour Columbia en 1953). Mike Wofford joue avec brio sur
différents accords de la mélodie -parfois inattendus- sans jamais se départir
d’un swingue à toute épreuve. Peter et Victor y sont pour quelque chose bien
entendu. Et puis Holly jubile et les 4/ 4 avec son mari sont d’une inspiration
admirable.
Vous l’avez compris: cet album est non seulement indispensable mais un des
meilleurs de l’année 2005. Si vous êtes amateurs, vous allez être sans voix et
aux anges. Si, en plus, vous êtes musiciens, cela sera tout bonnement 53’50 de
véritable leçons musicales. Holly, Mike, Peter et Victor : nous attendons la
suite.
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Holly Hofmann, flute. Ray Brown, bass. Photo © Azica Records.

Holly Hofmann Quartet: Minor Miracle. Septembre 2004. Commandez ce CD chez
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Flutology: First Date. Août 2003. Commandez ce disque chez
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Holly Hofmann et Ray Brown: Live at Birdland. Janvier 2000. Commandez
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Holly Hofmann: Flutopia. Avril 1999. Commandez ce disque chez
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Le groupe Flutology. Photo © Thomas Burns.
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