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Jazz Giants '58 - un
CD avec
Stan Getz, Gerry Mulligan, Harry Edison,
Louie Bellson et the Oscar Peterson Trio avec Oscar Peterson, Ray Brown et Herb Ellis
Article du 1er septembre 2008 - critique de disque par “Beethoven” Jean-Michel Reisser
On redécouvre
toujours et encore le génial producteur/catalyseur Norman Granz. J’en veux pour
preuve cet album, enregistré en 1958. Pourquoi ? Car cette séance passa
inaperçue à l’époque. Tous les amateurs de Jazz, même éclairés, ignoraient
l’existence de ce disque jusqu’à ce jour. Incroyable mais vrai.
Ce qui me semble le plus incompréhensible, c’est qu’il s’agit d’un des tout
meilleurs enregistrements de ce genre de groupe dans le genre. En effet, il
s’agit d’une rencontre totalement improvisée comme l’aimait le concocter Norman
à l’époque : un « Jazz At The Philarmonic » ou « JATP » mais en studio, sans
public.
On sait qu’après réécoutes de toute la collection enregistrée de ses groupes en
publique entre 1945 à 1961, cette musique a malheureusement mal vieillie car il
y a beaucoup de « show ». Comprenez par là que les musiciens jouaient énormément
sur leur grande technique, montrant aux autres qu’ils étaient les meilleurs,
prenaient de très longs solos, parfois allant jusqu’à une demi-heure!
Ce fut très excitant aux concerts de l’époque, en direct, mais avec le temps,
cette musique a vieilli et est devenue assez ennuyante il faut l’avouer, même si
ces groupes se composaient que de super vedettes.
Or ici, il s’agit du contraire. Norman savait ce qu’il faisait car pour cet
album, il décida de convier trois souffleurs totalement différents les uns des
autres mais tous à la fois identiques et complémentaires.
Nous savons, mieux encore possédons de nombreuses preuves que ni Stan Getz, ni
Gerry Mulligan et ni Harry « Sweets » Edison furent des musiciens qui
montrèrent, de manières abusives et insolentes, leur immense technique. Ils
n’ont jamais été ni des « show men » arrogants ni des bavards. Non ! Ils
détestaient les spectacles « faciles », de bas de gamme, ainsi que les
confrontations à n’en plus finir avec leurs confrères. Tout ceci, ils s’y sont
refusés, privilégiant la Musique, l’Inspiration, la Bonne Note au bon moment et
le discours.
Le style de chacun sonne différent mais leur manière de nous proposer leur
musique reste la même.
Pour les servir, une des meilleures sections rythmiques de tous les temps :
Oscar Peterson, Ray Brown, Herb Ellis et Louie Bellson. Non, vous ne rêvez pas;
mieux encore, vous pouvez l’écouter ! De nombreux amateurs et critiques -de très
mauvaise foi- critiquèrent souvent Oscar Peterson comme un pianiste qu’à
l’unique technique fulgurante. Je vous prie de l’écouter ici très attentivement
et ce tout au long de la séance. Il reste surtout accompagnateur et avec quelle
classe et maestria ! Il se met toujours au service des solistes. Il leur déroule
« le tapis rouge »..
La séance débute par un médium « Blues », « Chocolate Sundae », où Ray Brown
prend un solo très inspiré des plus « bluesy », et « groovy », excellemment
capté par l’ingénieur du son. Gerry Mulligan le suit, en verve et maître de son
instrument. Quel son. Puis c’est au tour de « Mr. Blues » en personne, le
fantastique guitariste Herb Ellis qui, comme à l’accoutumé, est tout bonnement
impérial. Oscar suit, mélangeant le Blues, le Swing et le Be-Bop, toujours à sa
manière.
Après quatre notes survolant le temps, Stan Getz nous rappelle qu’il sait jouer
le Blues avec impertinence, même s’il ne prend que quelques court chorus ici.
Puis arrive maître « Sweets » Edison avec sa trompette bouchée des plus sexys,
goguenarde et moelleuse à souhait, nous donnant une sacrée leçon de Jazz :
comment jouer la mélodie en peu de notes. La grande classe ! Et toute la suite
de la séance est à l’avenant. « When Your Loe Has Gone » est un up tempo,
introduit magistralement par Oscar, puis « Candy », un classique de l’époque où
tout le monde écoute ses pairs pour mieux se répondre.
Comment réussir à jouer une balade ? En voici la réponse avec ce « Ballade
Medley » où chacun brille de mille feux et nous montre ses qualités de
mélodistes et d’improvisateur. Nous débutons par « Lush Life », composé par
Billy Strayhorn, mélodie difficile à jouer, interprétée en duo avec Gerry et
Oscar. Notre pianiste introduit « Lullaby Of The Leaves », dévolu à « Sweets »,
toujours au top de sa forme. Ray Brown s’attaque à « Makin’ Whooppe », se jouant
avec incroyable facilité des harmonies, rythmes tout en y ajoutant des citations
osées. Quel homme. « It Never Entered My Mind » fut un cheval de bataille de
l’époque de Stan. Chacune de ses versions est un autre morceau, cette version-ci
n’échappe pas à cette évidence. La coda, entre Stan, Oscar et Ray est absolument
fabuleuse ! Fin de ce medley inoubliable.
Pour terminer en beauté, nos hommes s’attaquent à « Woody’n’You », composé par
Dizzy Gillespie. La rythmique swingue comme une enragée mais avec une
décontraction déconcertante, donnant toute la liberté et l’inspiration à nos
trois souffleurs pour s’exprimer au maximum de leurs capacités. A souligner le
superbe travail de Maestro Louie Bellson tout au long de cet album. Il ne prend
aucun solo mais quelle présence, précision, swing et surtout quel sens de
l’à-propos des tempi et des timbres. Inégalable.
Vous l’aurez compris, ce cd est une séance vraiment bien spéciale, à part de
toutes celles réalisées à cette époque par Norman Granz et ses « JATP ». On sent
très fortement que nos sept légendes du Jazz furent non seulement dans une forme
olympique mais surtout jouèrent de façon des plus décontractée, laissant toute
la place à la Musique, sans jamais jouer une mauvaise note ni briller
gratuitement ; chacun écoutant l’autre comme unique inspiration. Chef-d’œuvre
indispensable.
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Stan Getz,
Gerry Mulligan, Harry Edison, Oscar Peterson, Ray Brown, Herb Ellis, Louie
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