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«Le Jazz Virtuel» ou les méandres des collages musicaux jazzistiques
Article du 1er janiver 2008 par
“Beethoven” Jean-Michel Reisser

En 2007, les maisons de disques et certains artistes ont fêté plus ou moins dignement les nonante ans d’Ella Fitzgerald (1917-1996). On y voit beaucoup de publicité concernant pas mal d’albums que l’on n’avait plus vus depuis un longtemps, ce qui est une bonne chose car notre chanteuse enregistra une pléthore de séances indispensables dans le genre.

Dans toute cette grande production, un album fait d’ores et déjà date, même si peu de critiques ne s’y sont aucunement penchés, ni chroniqués. Et pourtant …

Il y a une année, au début décembre 2006, au cours d’un dîner, le batteur Jeff Hamilton me parla déjà de ce qui était entrain de se passer dans les studios à Hollywood.

Le résultat ne se fit pas trop attendre: Ella Fitzgerald «Love Letters From Ella» (1). Il s’agit d’un album entièrement d’inédits. Sur la pochette, rien ne l’indique. Etonnant. La couverture est bien triste, le tout augmenté d’un manque de goût certain: un fond noir envahissant avec une photo d’Ella de 1965, alors que les faces présentées datent de 1976 à 1983, sa dernière période pour «Pablo» Records. Un détail vous me direz. Mais alors pourquoi ne pas avoir mis une photo correspondant à ces années-là?

«Concord» Records a-t-il voulu prolonger volontairement l’esprit «esthétique» plutôt sinistre, il faut bien l’avouer, des pochettes de chez «Pablo» d’antan? La police d’écriture n’est pas des plus adéquates, ni les couleurs non plus: on mélange du violet clair avec du jaune clair. Tout ceci n’est donc pas du meilleur goût et rend, du coup, la lecture de la pochette plutôt confuse.

Le livret intérieur, en noir et blanc, contient quelques photos, un texte de deux pages écrit en tout petit ainsi que les détails de chaque morceau quasi illisibles. Les seuls textes facilement lisibles sont quelques citations d’Ella, les noms des producteurs ainsi que les remerciements à leurs collègues qui participèrent à la réalisation du CD.

En clair, une telle présentation ne va pas marquer l’acheteur ni le pousser à acheter cette plaque;d’autres albums sont bien plus porteurs en matière de marketing et d’achats.

Donc, sur cet aspect-ci, déjà, c’est plutôt raté et magistralement, surtout lorsqu'on désire fêter dignement l’anniversaire d’une des icônes incontournables et irremplaçables du «Jazz». Je dirais même plus: ce n’est pas très bon, pour utiliser un euphémisme. Votre serviteur a un tel IMMENSE respect pour cette artiste -à qui il ne sait donner l’adjectif qui lui sied le mieux - qu’il trouve le résultat global … assez nul. Des amateurs de mon quartier auraient fait ça dix-mille fois mieux que ces chers supers professionnels de cette multinationale!

Au verso de ladite pochette, on y lit les dix titres proposés avec les noms des musiciens principaux. Deux thèmes sont tirés de la séance «A Classy Pair» avec Count Basie et son orchestre sur des arrangements de Benny Carter en 1979;un autre en trio avec André Prévin et NHOP en 1983 et un dernier de 1976, en duo avec Joe Pass à la guitare acoustique. Rien à dire quand à la qualité de la musique: elle sonne superbement!

Il reste donc six morceaux et ce sont bien ces derniers qui posent problème, à mes yeux et pour beaucoup d’autres personnes de tous bords …

Ella Fitzgerald avec le «London Symphony Orchestra», Scott Hamilton, avec le «Gregg Field Trio» et d’autres souffleurs? Non, ne soyez pas dupes, on vous «fait croire au père Noël»!

En effet, le non moins magnifique batteur, leader et producteur Gregg Field (ex-Count Basie de 1980 à 1983, remplacé ensuite par Dennis Mackrel) joua bien à quelques reprises avec Ella en compagnie du Count à cette époque mais aucun enregistrement «officiel» n’est paru à ce jour. On peut supposer qu’il n’en existe pas car sinon, il en aurait inséré quelques bribes dans ce recueil. Son ego ne l’aurait pas épargné.

Il s’agit en fait de son idée: isoler la voix d’Ella et la guitare de Joe Pass et les faire jouer avec des musiciens actuels dont lui-même à la batterie et avec son trio, le tout enregistré en studio en fin 2006 et début 2007.

Tous ces éléments deviennent très clairs à mes yeux. Ce CD marque une nouvelle ère phonographique dans le monde de la musique que nous aimons tant, celle que je nommerai le  «Jazz virtuel».

Le but est de «marier» et de faire jouer, avec l’aide des ordinateurs, des musiciens qui n’ont jamais enregistré ensemble. Mais qu’a vu et entendu l’amateur?Rien! … Il faut dire que la réalisation technique (et musicale) restent époustouflantes. On croirait qu’il s’agit bel et bien de séances enregistrées à l’époque. Pourtant, il n’en est rien. Ce ne sont que des illusions …,  de véritables illusions …

Pourquoi alors proposer de telles fictions?

Remontons le temps et faisons un peu d’histoire.

L’un des tout premiers à produire un album dans le genre aux Etats Unis s’appelle Clint Eastwood pour son film «Bird» en 1988. Le but: faire entendre – le vrai – Charlie Parker dans un film retraçant sa carrière musicale et sa vie privée. Mais après sélections de titres et solos incontournables du «Bird», force est de constater que les rythmiques souffrent d’une mauvaise qualité d’enregistrement et, de surcroît, ne «passent» vraiment pas sur les haut-parleurs «hi-fi» des cinémas de l’époque.

On envisage d’autres essais dont un: demander à Charles McPherson de rejouer notes pour notes les solos sélectionnés de Parker. Mais cela ne colle pas du tout et Charles refuse d’aller plus loin dans le projet. Après maintes suggestions, une autre idée surgit: garder et isoler les solos du «Bird» mais en y superposant des rythmiques actuelles. La réflexion tient la route.

Ces dernières y jouent dans le plus pur style «Bop». Clint demande alors à des musiciens qui jouèrent avec «Bird» à l’époque de venir en studio pour «rejouer» certains thèmes «avec lui».

Si le - tout de même - bon résultat musical n’est certainement pas aussi exceptionnel qu’on l’espérait au départ, il faut souligner que l’exploit technique reste un véritable tour de force et un sans précédent dans l’histoire de la musique. Il marque tous les esprits, que cela soient ceux des amateurs, des musiciens et autres ingénieurs du son. Les mixages en tous genres prennent de nombreuses semaines avant d’arriver aux objectifs enfin escomptés;je passe sur les détails techniques compliqués.

A l’écoute de ces faces, on peut entendre aisément qu’il y a «décalages» entre les solos de Charlie Parker et ses accompagnateurs de 1988: dans le son mais aussi dans la façon de jouer. «C’était voulu. Nous étions très clairs là-dessus» m’avoue tout récemment Clint Eastwood au téléphone. «Nous en avions fait une grande publicité et une attraction incontournable du film. Ce qui semblait bizarre et presque inconcevable devint un des atouts majeurs du film. Tout était dit sans ambigüité et écrit dans le générique du film, ainsi que sur la pochette du CD (2). Je me rappelle que Ray Brown me donna son aval qu’à cette condition: expliquer ce que nous avions fait avec le son et la musique pour ne pas tromper notre public.»

Décidemment, Clint reste un vrai, un pur et dur homme de respect et de loyauté. Chapeau!

On peut donc légitimement comprendre cette démarche qui s’avéra très spéciale et surtout unique dans le genre.

Trois années plus tard, la chanteuse Natalie Cole décide de concrétiser son rêve de toujours: «Depuis que mon père disparu, je chantais souvent «avec lui», sur ses disques. Et un jour, je me suis dit: «pourquoi ne ferais-tu pas une chanson en duo «avec lui», tout en gardant impérativement le même esprit musical et sonore?».

«J’en parlai à ma maison de disques, Elektra (Warner Music) à Hollywood, qui fut immédiatement très enthousiaste. Je savais que cela nécessiterait beaucoup de temps et d’argent dans ce projet, juste pour un «single». Après écoute d’une de mes chansons favorites, l’original de chez Capitol, «Unforgettable», même si la qualité de l’enregistrement sonnait très bien pour 1950, je me disais que l’on pourrait améliorer encore le tout en reprenant tout l’arrangement et les parties orchestrales. Il fallait donc isoler sa voix, puis effectuer tous les nombreux montages  pour y arriver. Le choix des musiciens et de l’arrangeur furent cruciaux.

Pour se faire, j’appelai Ray Brown. Il était non seulement un ami de la famille depuis si longtemps mais il  joua aussi très souvent avec mon père. Il connaissait tous les studios ici à Hollywood, tous les mecs y travaillant et les musiciens qui pouvaient «coller» au mieux à mes attentes. De plus, il avait déjà une expérience similaire quand il participa à la bande son du film «Bird.» de Clint Eastwood».



Beaucoup de gens dans le milieu pensent alors qu’elle est inconsciente et que ce projet ne marchera jamais. «J’étais connue en tant que chanteuse «Pop», «Disco» et «R’n’B» mais surtout pas comme chanteuse de Jazz! Mais c’est Ray qui eut l’idée et qui me souffla: «Tout ça pour un «single»? Pourquoi n’enregistrerais-tu pas un album entier consacré à ton père?Tu es la mieux placée pour le faire. On engage les meilleurs musiciens et arrangeurs d’Hollywood et je suis certain de ta réussite!»

«C’est vrai que je n’y avais pas pensé. D’un coup, le trac m’envahit. Je doutais de tout: de ma voix et de toutes mes capacités. Je savais pourtant que toute cette production ne serait pas une mince affaire. Mais j’avais ma maison de disques et Ray avec moi, donc les personnes principales pour pouvoir réaliser ce rêve d’enfant incroyable.» (3).

L
es rêves peuvent se transformer parfois en cadeau empoisonné ...

La voix de Nat King Cole,  prise directement du « master » original de chez « Capitol », est isolée et retravaillée. Les nouveaux  arrangements réalisés, tout le monde est prêt pour l’enregistrement. A la séance, on se rend  compte que la tonalité de l’original n’est pas celle entendue et relevée par les copistes. Il faut tout refaire, annuler les séances, reporter les dates, certains musiciens ne peuvent plus se libérer aux nouvelles dates fixées etc. Un vrai casse-tête.

« Nous avons passé des nuits entières pour que tout colle parfaitement avec la voix de Nat Cole, un vrai travail de chirurgien et de chercheurs » m’avoue Ray Brown.

« A moment donné » rajoute Natalie Cole, « je pensais que tout le monde allait abandonner, surtout ma maison de disques car les jours de studios s’accumulaient ; les montants des factures gonflaient à vue d’œil ! J’étais complètement paniquée et très angoissée ».

Mais le résultat atteint des sommets dans le genre. Musicalement, le montage du duo reste, encore aujourd’hui, parfait et un exemple dans le genre. Les arrangements sonnent  superbes, les musiciens choisis parmi les meilleurs. Monsieur Pete Christlieb signe le magnifique solo de ténor. Le public plébiscite alors Natalie et l’album dans son entier. Elle entame un tour du monde en interprétant les titres du cd en compagnie de divers très bons big bands. On l’invite également sur quasi tous les plateaux de TV du monde pour interpréter le fameux duo avec son père. L’idée « géniale » de montrer, sur écran géant, son père, filmé à l’époque, chantant ses parties de voix, apporte un net plus à la présentation de l’ensemble. Cela « en jette » comme on dit.

Natalie : « Nous ne savions pas comment allait réagir le public car c’était osé. La personnalité de mon père et la magie de cette chanson ont complètement fait craquer le monde entier. C’était fabuleux ! Cela a relancé ma carrière internationale de chanteuse. Au début, je ne pouvais y croire».

L’album fait désormais partie des meilleures ventes de « Jazz », plus de six millions d’albums vendus jusqu’à ce jour ! On peut le qualifier de « classique ».

Ray me confie : « Avec ce genre de production, cela passe ou cela casse. Mais si cela passe, c’est seulement une fois. Arriver à tout mettre ensemble, avoir toutes les permissions des éditeurs, les droits de chez « Capitol » alors que Natalie est chez « Elektra », que Johnny Mandel, un homme très demandé et vraiment pas facile à convaincre, accepte de refaire un arrangement déjà existant et de surcroît d’un autre arrangeur, tout ceci ne peut se répéter plusieurs fois. Ce qui se présente comme un véritable événement devient alors une recette de facilité et « filon à succès ». Le public ne vous laisse que très rarement refaire ce pour lequel il vous a reconnu et donné le succès. Il désire toujours quelque chose de nouveau, de frais. C’est normal et légitime. Et puis, dans ce projet, il y a également  tout le côté argent, droits, royalties etc. J’ai dit à Natalie : « OK, maintenant, passe à autre chose. Nous avons réussi à jouer avec le feu sans nous brûler ? Formidable ! Mais ne répète pas l’expérience ».

Malgré les très bons albums de « Jazz » qui suivent celui-ci, ainsi que leurs excellentes ventes, Natalie n’entend pas les conseils du patriarche et de l’homme d’expériences qu’est Ray Brown.

En effet, en 1996, elle enregistre un deuxième duo avec son père sur le thème de « When I Fall In Love ». Ce nouveau projet coûte plus cher que le premier. Johnny Mandel refuse de réitérer l’aventure. Ray Brown n’est pas contacté, et pour causes …

Quelques jours avant sa sortie, stupeur : l’album ne peut paraître. La mère de Natalie poursuit sa fille en justice !!! Elle affirme que sa fille ne lui a pas demandé son accord. « De ce fait, elle salit l’image de son père en ne respectant ni sa famille, ni ses parents, ni les héritiers directs du père. »  On apprend que notre chanteuse et « Elektra », sa maison de disques, doivent verser une grosse somme d’argent à sa mère et sa famille pour que l’album « Stardust » puisse sortir enfin légalement. (4). La pochette principale -recto- a été remaniée. Selon le nouveau contrat, elle ne doit, en aucun cas, indiquer le nom de son père. D’ailleurs, même dans la pochette intérieure, le nom de Nat King Cole se trouve inscrit en tout petit. Il faut prendre une loupe pour le lire. Ce deuxième duo est moins captivant que le premier. Les ventes n’atteignent -et de très loin- pas celles de «Unforgettable ». Les relations entre Natalie et « Elektra » deviennent alors tendues. Le label ne lui renouvelle pas son contrat. Notre chanteuse signe chez Verve-Universal en 2002.

En cette même année 1996, Tony Bennett tente lui aussi la même expérience. Sa maison de disques n’est pas très enthousiaste, vu la douloureuse expérience de Natalie. Son rêve : chanter avec son amie et idole de toujours Billie Holiday. Il lui rend hommage sur tout un album et le dernier titre (tiens, tout comme celui de Natalie), « God Bless The Child », fait entendre le duo avec l’immense chanteuse (5). Le résultat musical sonne certes bon mais il ne possède ni la profondeur ni la grande classe de Natalie en compagnie de son papa dans  « Unforgettable ».

Essai beaucoup moins convainquant, celui du « merveilleux » (6) et « fantastique » (7) altiste … Kenny « G », de son vrai nom Kenny Gorelick, pour ceux qui l’ignorerait ! Oui, vous avez bien lu ce nom, vous ne vous trompez pas ! Kenny frappe très fort : il décide d’enregistrer, pour RCA, un album entier consacré à des standards de Jazz dont un de ceux-ci, « What A Wonderful World », (8) en duo avec Louis Armstrong lui-même! La version de Louis choisie est celle gravée en 1970 pour …RCA/Flying Dutchman justement (9) ! Vive le marketing : moins de problèmes de droits et d’argent, ni de toutes sortes … Pour la critique de ce titre, je préfère me taire et « jouer les silences » comme dirait mon ami
Lalo Schifrin!

En 2005, un des nouveaux patrons du label « Concord », John Burk, découvre, en rachetant tout le label californien « Fantasy », une bande avec les annotations de Norman Granz : « Ray Charles & Count Basie Orchestra ». Aucune autre information n’est  mentionnée. Après écoute, il constate, avec grande déception, que ce qu’il croyait être une rencontre fabuleuse et inédite n’existe malheureusement pas. Sur cette même bande se trouvent un concert de Ray Charles et son orchestre plus les « Raelettes » ainsi qu’un autre concert de Count Basie et ses hommes, mais jamais les deux ensembles. La qualité sonore n’est pas bonne. A part la voix de Ray qui reste bien captée, le son de l’orchestre, ainsi que celui de Basie dans l’autre partie, sonnent quasi inaudibles. Impossible de sortir quoi que ce soit de cette bande. Et pourtant … John réécoute sans cesse le concert de
Ray Charles. Ce soir-là, Ray tient bel et bien une forme impériale des plus grands jours.

Il convoque le batteur-producteur Gregg Field, qui joua avec Ray et Le Count. Il lui fait entendre cette bande. « J’ai une idée folle » s’exclame alors John, « crois-tu que l’on peut isoler sa voix et la « poser » sur le Count Basie Orchestra actuel ? Je sais que c’est complètement fou mais je suis certain que le résultat serait fameux !»



La voix retravaillée, isolée et remasterisée, on écrit de nouveaux arrangements collant à celle-ci, le tout sonnant dans le style « Count Basien ». Cette concrétisation voit le jour en octobre 2006. De la publicité aux heures de grandes écoutes sur toutes les chaînes de TV du monde est diffusée. Le cd se vend à plus de trois millions d’exemplaires. C’est un énorme succès. Si l’idée et les résultats de la production sont de grande classe (vu la forme incroyable de Ray Charles et la superbe performance de l’orchestre actuel de Basie), on peut douter de l’honnêteté dite « marketing » de cette réalisation. On nous la présente comme une véritable rencontre : « Ray Sings, Basie Swings, Ray Charles + Count Basie Orchestra = Genius ² » (10).

Non seulement cette rencontre n’a jamais eu lieu mais pour beaucoup, le titre reste flou. Le Count Basie Orchestra : est-ce avec le Count lui-même ou pas ? Je connais bon nombre de personnes qui se sont précipitées sur cet album, croyant ce qu’on leur présentait. Elles se sont senties « abusées » après avoir pris connaissance de la réalité, en lisant, chez elles, les textes de pochettes. Car, après vérifications, on constate que sur certains vieux albums, le « Count Basie Orchestra » comporte bel et bien, en chair et en os, son chef au piano.

Ce qui me surprend également, c’est la photo -pas très belle- de la couverture recto du cd. Ray Charles y sied seul. Où se trouve donc l’orchestre actuel de Count Basie ? Oublié ou négligé ? Ou, plus probablement, pour des raisons d’ego légendaires du « Genius » et de ses héritiers intraitables?

Détail certes, mais je trouve ceci pas très glorieux ni respectueux de la part de « Concord »  vis-à-vis de tous les musiciens et arrangeurs qui ont œuvré à ce brillant projet!

Après écoute de cette session, on comprend aisément le raisonnement et la démarche fort louable des producteurs car la musique proposée sonne vraiment hors du commun, il faut bien l’avouer!

La prochaine artiste à être « utilisée » de la sorte s’appelle Ella Fitzgerald  (voir début de la première partie de cet article). Même si la musique est bonne, elle sonne beaucoup très  « léchée », plus vraie que nature ; trop même. Ces « inédits » n’apportent  rien de neuf ni d’exceptionnel dans  sa -déjà- très longue carrière discographique. Pour fans inconditionnels seulement.

D
u côté productions françaises, mon ami saxophoniste et clarinettiste Michel Weber me signale qu’en 1968, le groupe français « The Guitars Unlimited » gravent un album où ils effacent alors la rythmique de certains enregistrements de Django Reinhardt (séances de 1947 et 1953) pour harmoniser les solos du guitariste à la façon du groupe de saxophones de Los Angeles « SuperSax » (qui eux n'ont pas encore enregistré à l’époque). Selon Michel, « je dois dire qu'ils avaient fait un super travail pour l'époque ». Croyiez-le ou non : cette galette vient tout juste d’être rééditée (édition limitée) en novembre dernier ! (11)  Les critiques de l’époque se montrent très durs à l’égard de ce disque, le qualifiant de « production morbide, irrespectueuse et complètement déplacée!»

D
ans le même ordre d’idée, le « crooner » français Jean Sablon réalise également, en 1975, un titre en duo avec Django Reinhardt (décédé en 1953), « Dinner For One, Please, James », qui reste une jolie réussite. Signalons que Jean et Django collaborent ensemble -pour de vrai- dès 1935.

D
ans le genre complètement  raté mais à écouter si vous en avons l’occasion : le label français « Musidisc » réédite, au milieu des années septante, un album intitulé « Nat King Cole - Lester Young  Quintet : « The Historic All Jazz Session ». La qualité du  report de ces faces de 1939 et ou 1942 sonne moins bonne que celles parues à l’époque. De plus, on y ajoute un horrible batteur, mal enregistré lui aussi (les originaux n’ont  pas de batteur). Cerises sur le gâteau : tous les solos de Nat et Lester sont doublés dans chaque titre ! Les originaux avoisinent les trois minutes (et un peu plus) chacun. Dans ce 33 t-ci, ces mêmes titres dépassent les six minutes ! Incroyable mais vrai ! A acquérir ou à garder absolument pour ceux qui l’auraient encore comme exemple de production scandaleuse et surréaliste!

M
ais qu’en pensent les musiciens ? Je désirais absolument avoir leur avis sur le sujet.

Après quelques semaines d’enquête, en voici les résultats, réalisés auprès de musiciens de tous les continents, de 20 à 90 ans. Quasi tous s’opposent à ce genre de « nouvelles » productions. Ils pensent qu’il s’agit uniquement de « marketing », d’essayer de vendre à tout prix et sans aucune étique des CDs dans un marché musical à l’agonie.

Phil Woods, entre autres, ne mâche pas ses mots : « Encore un moyen pour plumer, une fois de plus, les loyaux acheteurs ! De qui se moque-t-on ?! C’est honteux!»

Quincy Jones semble voir les choses un peu différemment. «Avec ces nouvelles technologies,  on pourra redécouvrir des artistes sous un autre angle, dans des facettes inconnues, dans des genres musicaux également inédits. Et pourquoi pas ? Ne réagissons pas  comme de vieux conservateurs et gardiens de temples bientôt disparus. Je ne renie surtout pas le passé car mon nom en fait partie depuis bien longtemps maintenant. Nous devons regarder devant nous et pas toujours en arrière. Mais ce nouveau genre musical doit être dans les mains de grands spécialistes en la matière».

Le sera-t-il ? J’en doute … Quincy a toujours été un grand optimiste et un utopiste vis-à-vis des réelles choses de la vie.

« Il ne faut pas oublier que dès le début des années soixante, beaucoup de séances d’enregistrements furent réalisées d’une façon que les gens ne savent pas toujours. Presque tous les chanteurs et chanteuses enregistrent leur voix seule, dans un studio, sans aucun musicien. Toutes les parties musicales sont déjà préenregistrées. On enregistre l’orchestre en premier ; cela prend deux jours et le tout est dans « la boîte ». Ensuite, on enregistre la voix. Il n’y a alors plus aucune contrainte. Elle peut refaire, si nécessaire, toutes les prises sans avoir aucun autre problème de quoi que ce soit à s’occuper. Avec ce procédé, on réduit les coûts au maximum. Travailler « en direct » avec un big band reste périlleux et très difficile, surtout aujourd’hui. En rajoutant le tout de cette façon successive, tout devient plus facile en termes de réalisations et de coûts ! La chose qui peut, par contre, surprendre, est qu’il se passe des semaines voire des mois sans que personne ne se rencontre ni même ne se connaisse!»

Mais on perd souvent le feeling entre les participants. Je lui donne l’exemple de l’album de Bing Crosby avec Count Basie. Ils ne se sont jamais rencontrés pour cet album. L’orchestre fut enregistré à Los Angeles et la voix de Bing à Londres, huit mois plus tard. La séance «ne décolle» à aucun moment. C’est la déception, vu l’affiche alléchante proposée. (12)



«Oui, tu as raison, cela peut se sentir et s’entendre, surtout en Jazz, qui reste une musique importante de partage entre les musiciens. Je me souviens tout particulièrement de la séance que j’ai produite pour Peggy Lee chez « Capitol » en 1961. C’est un bon disque mais si tout le monde avait été dans le même studio en même temps, cela aurait été très certainement son meilleur album de Jazz!» (Malgré les réticences de Quincy, je pense que ce disque reste un des tout meilleurs que Peggy n’ait jamais réalisé.) (13)

Un des seuls à pouvoir exiger que tous soient dans le même studio en même temps s’appelait …  Frank Sinatra. «Exact. Et comme par hasard, la magie opérait  J’en veux pour preuves ses albums avec Basie, Duke ou celui que j’ai produit avec ce fabuleux all stars big band. L’album se nomme « L.A. Is My Lady ». Ce fut une des meilleures séances à laquelle j’ai participée de toute ma carrière!» (14)

Paradoxalement, ce disque ne se vend pas et reste encore, aujourd’hui, fort méconnu du public. Sinatra d’ailleurs ne digère pas ce flop, certainement le pire de sa carrière discographique. Son absence des studios d’enregistrements durera alors 9 ans …

Les remarques de Quincy sont certes très intéressantes et témoignent d’une ouverture d’esprit qui doit nous faire réfléchir. Mais elles concernent, à chaque fois, des séances en compagnie de musiciens vivants à ces époques, même s’ils se trouvent à dix mille kilomètres les uns des autres.

Or, dans mes exemples, il s’agit, à chaque fois, de nouvelles productions musicales avec des artistes tous décédés. Alors, qu’en pensent-ils ? Donneraient-ils réellement leur accord ? Personne ne peut répondre à leur place … en tous les cas pas nous, les vivants.

Concernant l’album d’Ella, « Love Letters From Ella », je constate que le principal intéressé et seul héritier, son adoptif, Ray Jr., ne se trouve à aucun endroit mentionné sur la pochette. Bien étrange.

Alors que nous réserve l’année 2008 ? Pour l’instant, je ne peux rien écrire de concret mais à entendre certaines informations, « de nouveaux projets musicaux » concernant Count Basie, Frank Sinatra, Bill Evans, Miles Davis et Louis Armstrong sont en discussions. Certains producteurs affirment  que cela relancerait l’intérêt pour le Jazz qui dégringole à vu d’œil. On ne peut nier l’évidence certes mais ne faut-il pas réfléchir à ce problème en tant qu’Art, longévité et fidélité ? Et d’essayer de trouver d’abord d’autres solutions?

Nos musiciens de Jazz, de quels styles, âges ou provenances que ce soient nous ont toujours été fidèles. Nous devons absolument garder cette confiance. Faire n’importe quoi avec n’importe qui affaiblira encore plus l’Art musical et ses défenseurs.

A quand, alors, la réunion au sommet : « Ornette Coleman meets the Original Dixieland Jass Band » ? Mais je peux vous proposer encore dix fois mieux : je viens d’apprendre que Britney Spears adore les trompettistes. Donc, je suggère immédiatement : «Britney Sings, « Sweets » Edison Swings»! (quel admirable titre, n’est-il pas ?).

Non, ne nous laissons pas abuser par ces nouveaux managers et producteurs « picsous» de la nouvelle génération. Ils vont essayer, à tout prix, de nous faire prendre des vécies pour des lanternes! Mieux encore : de nous les faire écouter puis acheter! Ne soyons donc pas dupes!

Je vous souhaite le bonjour! Nous vivons une époque moderne. (15)

Notes

(1) Ella Fitzgerald «Love Letters From Ella», (1976-1983 + 2006, 2007), Concord-Universal 8807230213. Commandez ce CD chez Amazon.fr ou Amazon.co.uk.

(2) «Bird», musique du film, (1988), Sony-Jazz 44299. Commandez ce CD chez Amazon.fr ou Amazon.co.uk.

(3) Natalie Cole «Unforgettable: With Love», (1991), Elektra 61049 (Warner Music). Commandez ce CD chez Amazon.fr.

(4) Natalie Cole « Stardust », Elektra/Asylum 7559619902 (1996). Commandez ce CD chez Amazon.com.

(5) Tony Bennett  « On Holiday », Sony-Columbia 67774 (1996). Commandez ce CD chez Aamazon.com.

(6) + (7) penser leurs antonymes svp! Merci beaucoup!

(8) Kenny « G » « Classics In The Key Of « G », RCA 07822190852 (1999). Commandez ce CD chez Amazon.com.

(9) Louis Armstrong « And His Friends », RCA Bluebird 9026639612 (1970). Commandez ce CD chez Amazon.com.

(10) « Ray Charles Sings, Count Basie Swings », Concord 088072 30026 (2006). Commandez ce CD chez Amazon.fr, Amazon.co.uk ou Amazon.com.

(11) « Django Reinhardt joue avec les Guitars Unlimited », Barclay-Universal 5302162 (1968). Commandez ce CD chez Amazon.fr.

(12) Bing Crosby & Count Basie « Bing ‘n’Basie », DayBreak/Emarcy 8247052 (1972).

(13) Peggy Lee & Quincy Jones Orchestra « Blues Cross The Country », Capitol 20088(1961). Commandez ce CD chez Amazon.fr ou Amazon.com.

(14) Frank Sinatra & Quincy Jones Orchestra  « L.A. Is My Lady », Qwest 7599251452(1984). Commandez ce CD chez Amazon.fr ou Amazon.com.

(15) Citation célèbre - que je trouve fort à-propos d’insérer ici - du journaliste, écrivain, homme de radio et de TV français Philippe Meyer.

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