|
Milt Hinton
Milt Hinton
“Playing the Changes” (Hinton, Berger, Maxson). Editions Vanderbilt University
Press, ISBN 9780826 515742. Commandez ce livre chez
Amazon.com.
Biographie et critique de livre du 3 novembre 2008 par
« Beethoven »
Jean-Michel Reisser
Voici le
troisième livre du «prince de tous les bassistes », le fabuleux et unique Milt
Hinton, nommé par ses pairs et collègues «The Judge».
Deux autres livres parurent du vivant du bassiste: «Bass Line», Editions Temple
University Press en 1988 et «Over Time», Editions Pomegranate Art Books en 1991.
Les trois ouvrages sont de gros livres de photos surtout, tous dans un format
original et différent. Il ne s’agit en tous les cas pas de livres « comme les
autres ». Ce dernier ressemble assez au premier paru: il y a pas mal de texte à
lire (un total de 364 pages), accompagné de plus de 260 photos. Dans le premier,
il nous contait des anecdotes incroyables durant sa longue carrière, et ce dès
la fin des années … 1910 ! Oui chers Amis.
Dans ce nouveau livre posthume, il nous raconte sa vie, depuis sa naissance à
Vicksburg (près de Chicago) en 1910 jusqu’à quelques semaines avant son décès,
survenu en décembre 2000 ; ses derniers textes datant de juillet 2000. Nonante
ans de vie de ce musicien exceptionnel dont quatre-vingts de musique! Qui dit
mieux?
«The Judge» naît à Vicksburg en 1910 et grandit à Chicago. Il joue du violon
très jeune. Incontestablement, il aime la musique. Il entend surtout de la
musique classique et des « Marchin’ Bands » comme on dit. A cette époque, le
Jazz naissait et n’était pas encore connu. Il étudie donc le Classique. Etant
constamment entouré de musiciens (car la musique se trouvait partout à Chicago
à l’époque), il découvre et rencontre alors les pionniers du Jazz avec lesquels
il jouera par la suite tels que le violoniste Eddie South, les trompettistes
Freddie Keppard et Jabbo Smith et bien d'autres.
Dans ce livre, il nous explique très clairement comment le tuba, alors
instrument important de chaque orchestre car c’est lui qui jouait les basses,
fut remplacé par la contrebasse à cordes, comme elle se nommait alors à l’époque
(« string bass »). Ce changement reste capital dans l’histoire de la Musique!
Cela se passait dans les années 1923-1925. Il l’a non seulement vécu mais
entendu. Qui connaît mieux?
En lisant ces passionnantes années vingt, on apprend que beaucoup de musiciens
de l’époque devaient jouer de plusieurs instruments différents car on leur
demandait d’être versatiles, suivant les partitions et le genre de musique à
interpréter. Ce qui étonne énormément, c’est que ces musiciens apprenaient à en
jouer avec rapidité folle et déjà, pour l’époque, possédaient des techniques
d’instruments assez incroyables ! De plus, bien évidemment, tous ces musiciens
devaient savoir lire la musique. Mais quand j’écris le verbe savoir, c’est
vraiment tout déchiffrer et tout jouer avec aisance et sans faute!
Sincèrement, aujourd’hui, quand on pense à la musique d’il y a presque un
siècle, on pourrait croire que tous ces musiciens ne savaient pas grand-chose
par rapport à notre époque actuelle (2008). Or, on se trompe totalement car en
lisant l’histoire de Milt, on peut se rendre compte à quels points tous étaient
déjà des grands à cette époque.
|

|
The World's largest selection - Shop now! |
|
Milt débute en tant que « contrebassiste à cordes » dans l’orchestre du chef
d’orchestre, compositeur et arrangeur Tiny Parham (1900-1943) dès 1930, sur la
demande de ce dernier.
Il y enregistre également ses premières faces. Il devient alors vite très
populaire de part sa gentillesse certes surtout du fait de ses immenses
compétences en tant que contrebassiste. Mais notre homme veut en savoir
davantage, jouer encore mieux. Il prend des cours avec quelques professeurs qui
lui enseignent la méthode classique de l’instrument, la véritable base. Il adore
et progresse encore rapidement, trouvant en cet instrument « récent » d’énormes
possibilités. Tout le monde dit à l’époque qu’il est le meilleur sur son
instrument. Même si la contrebasse, pour l’époque, restait encore un instrument
assez ingrat, lui, l’imposa naturellement car ses collègues sentaient bien qu’il
l’aimait. Il trouvait toujours de nouvelles possibilités ainsi que des idées
pour progresser, développer le langage et la technique et surtout, faire
entendre son instrument. Milt Hinton, dès le début, possède ce qu’on appelle le
« gros son ».
A l’époque, pas de micro ni d’amplificateur ! L’un des seuls moyens pour arriver
à se faire entendre clairement était le style que l’on nomma « slap »,
c’est-à-dire pincer les cordes avec le pouce et plaquer toutes les cordes avec
la main entière droite tout en pressant les cordes de la main gauche en
alternance soit avec l’index, avec le majeur, l’annulaire ou l’auriculaire.
D’ailleurs, ce genre fut repris par les bassistes électriques dès la fin des
années 1960 avec Stanley Clarke puis Jaco Pastorius, Marcus Miller et tous les
autres qui suivirent. Milt Hinton, c’est aussi cette influence-là de la musique
qu’il faut également faire rappeler haut et fort.
Cab Calloway l’engage dès 1935. De suite, Cab sait que son bassiste est une
vedette.
On entend souvent notre héros chez Cab qui le met bien en valeur. En 1939, on
lui compose « Pluckin’ The Bass », concerto pour contrebasse et big band. C’est
un triomphe immédiat. La même année, un tout jeune bassiste au nom de Jimmy
Blanton révolutionne alors totalement l’instrument. En effet, il ne « slap »
plus mais pince les cordes en bas et près du chevalet avec son index et son
majeur. Le son devient moins dur, plus souple. On peut jouer beaucoup plus vite
et moins fort. plus de technique mais surtout plus mélodique. On l’entendant,
Milt lui emboîte immédiatement le pas. Il change radicalement sa technique et
devient, tout comme Blanton, un des pionniers de la contrebasse moderne telle
qu’on la joue encore en 2008.
Qui fait mieux?
Toujours en cette même très importante année 1939 entre dans l’orchestre de
Calloway un musicien qui deviendra capital dans le développement du Jazz dit
moderne : le trompettiste John Birks dit « Dizzy » Gillespie. Ce jeune homme a
des idées et des phrases musicales totalement folles et inédites pour l’époque.
Pour preuves, personne ne s’en occupe, ni n’en tient compte. Certains même se
moquent de lui et disent qu’il joue de la musique dite « chinoise », qui ne
signifie et ne vaut rien. Ayant non seulement une oreille infaillible mais aussi
une connaissance de la musique très poussée, Milt, lui, entend ces incroyables
nouveautés venant de ce jeune prodige. Pendant les pauses de l’orchestre de Cab,
nos deux potes montent sur le toit du fameux « The Cotton Club » pour y jouer
et répéter ces phrases et ces nouveaux accords, chacun apportant à l’autre sa
vision et façon de les jouer.
Un peu affirmer qu’une partie du mouvement nommé, dès 1945, « Be Bop », fut
inventée sur ce toit dont le « The Judge » en reste un des tout premiers
fondateurs. Qui fait mieux?
|

|
The World's largest selection - Shop now! |
|
Il quitte Cab Calloway en 1951. Louis Armstrong l’engage dans son All Stars pour
quelques tournées mais on lui offre un job en or: devenir musicien de studio
pour la chaîne CBS. En effet, le chef d’orchestre et trompettiste Jackie Gleason,
une immense star et fan de Milt, le demande pour une séance d’enregistrement.
Dès lors, il devient le bassiste maison et enregistre des centaines voire des
milliers de séances avec quasi tous les musiciens de Jazz, tous styles
confondus, ainsi qu’avec de nombreux musiciens, chanteurs-ses populaires. Il est
partout.
Il lui arrive de réaliser trois séances le même jour puis une ou deux séances de
Jazz le soir et la nuit avec ses amis Jazzmen ! Incroyable mais vrai. Milt
Hinton, c’est non seulement le gros de basse comme écrit plus haut mais
également une technique fantastique, un lecteur à vue incollable et un homme
d’une loyauté et d’une gentillesse inégalée. Tout le monde adore « The Judge »,
normal que tous le désirent pour enregistrer. A l’époque, la section rythmique
la plus demandée se compose du pianiste Hank Jones, du guitariste Barry
Galbraith, de notre homme et du batteur Osie Johnson. On la surnomme « The New
York Rythm Section ». Elle participe à toutes les séances de n’importe quel
style musical. Il faut dire que nos quatre hommes figuraient parmi les
meilleures au monde, chacun sur son instrument.
« Il nous arrivait de commencer notre journée à huit heures de la terminer à
trois heures le lendemain ! Nous travaillions sans arrêt. » me raconta souvent
Milt. Quand on explique cela aux jeunes musiciens d’aujourd’hui, ils ne peuvent
pas le croire.
Comme dans les années 1920, ces musiciens devaient être versatiles, ce qui est
bien moins le cas en ce début du troisième millénaire.
Dès le début des années 1970, il voyage à nouveau à travers le monde entier. On
l’entend alors dans tous les festivals, clubs, salles de concerts avec les
artistes les plus divers. Il devient un pilier d’un des plus fameux festivals de
Jazz en France, celui de « La Grande Parade du Jazz » à Nice, dans les superbes
arènes de Cimiez. Chez nous, en Suisse, il devient un habitué du non moins
fantastique festival de Jazz de Berne. Non seulement il y joue tout le temps
mais aussi devient le « Maître de Cérémonie ». Il continue également à beaucoup
enregistrer. En 1996, suite à des problèmes de santé, il décide de prendre sa
retraite. Il reste cependant très actif. Il donne des cours et des conférences.
Il se bat (et y réussit !) aussi pour que les maisons de Count Basie et de Louis
Armstrong entre autres, toutes deux à New York et se situant pas loin de celle
de Milt, ne soient démolies, tenant à garder tout ce patrimoine devenu immortel.
Il aide également les jeunes musiciens désirant devenir professionnel et les
guide. Milt reste un des trois musiciens le plus enregistré de l’histoire entre
1930 et 1996 : je dénombre environ 2'500 séances! Qui fait mieux?
Passionné de photos depuis son plus jeune âge, il m’avoua, un jour, posséder
plus de 60'000 négatifs! Là encore, qui dit mieux?
Ce fantastique livre joue sur deux tableaux:
1) sa vie, très bien écrite, facile à lire et à comprendre, même pour les gens
qui ne parlent pas couramment la langue de Shakespeare. C’est important de le
souligner et dire que notre homme fut très intelligent à tous les ponts de vue;
même ce coté-ci des choses.
2) deuxième attrait et non des moindres, ses fabuleuse et uniques photos. On y
découvre la vraie vie de nos idoles/amis musiciens de 1920 à 2000! Qui fait
mieux?
Quelques photos uniques (quoi qu’elles le sont toutes) : celle de Willie «The
Lion» Smith et Eubie Blake (deux pianistes de légendes) assis l’un à côté de
l’autre, celle réunissant ses confrères bassistes Christian McBride, notre héros
et Ray Brown, une autre avec le bugliste Art Farmer et le pianiste Bill Evans,
tous deux couchés par terre en studio, celle avec, ensemble, Ben Webster,
Coleman Hawkins, Earl Warren et Count Basie, Milt avec le Duke, celle avec les
deux bassistes Jimmy Blanton et Clyde Lucas, mais aussi celles avec Brandford
Marsalis, Jeff Watts, puis celles avec Russell Malone, Willie Nelson, Aretha
Franklin, Terence Blanchard et bien d'autres. Il y en a tellement.
Concernant sa vie, on y apprend des centaines d’anecdotes sur de très nombreux
musiciens, tels que de King Oliver à Terence Blanchard, de Freddie Keppard à
Russell Malone. Il nous donne également des détails plus que croustillants. Un
des meilleurs reste comment il se retrouve à travailler pour le gangster Al
Capone et ce à son insu ! Dès que l’on ouvre cet ouvrage, on ne peut plus le
refermer, tant ce que nous voyons et nous lisons reste des plus passionnants.
Non seulement «The Judge» nous raconte les tout débuts de l’histoire du Jazz aux
USA mais, de plus, il en fait totalement partie et ce plus que quiconque! Il
traverse quasi tout le vingtième siècle avec une telle aisance, une grande
classe insurpassable, une totale sobriété, une ouverture d’esprit inégalée et
d’une humilité comme peu en possède. Ce n’est qu’aujourd’hui, avec le recul, que
l’on commence à se rendre compte de l’importance de ce grand Monsieur de la
musique afro-américaine.
Le tirage du papier, l’iconographie, la présentation sont de grandes classes.
Cerise sur le gâteau: à la fin du livre se trouve un CD où l’on entend notre
légende nous raconter des histoires comme seul lui peut encore nous les conter,
via l’enregistrement. Des titres assez rares illustrent aussi ce programme
musical, toujours avec un son si reconnaissable entre dix-mille, un swing
d’enfer, une justesse et robustesse à toutes épreuves et jamais érodées malgré
ses 7 décennies de règne! Incroyable mais totalement VRAI!
Ce livre reste unique, incontournable et INDISPENSABLE. Il doit figurer chez
tous les fans de cette musique. On doit également souligner l’étroite et très
importante collaboration de deux personnes très chères à Milt : David G. Berger
(homme aux multiples casquettes dont sociologue en culture des arts, écrivain
sur des thèses de la musique populaire et de la société, producteur de Jazz
entre autres) et Holly Maxson (spécialiste en conservation d’art sur papiers
entre autres).
Nous ne devons surtout pas oublier non plus la très grande importance de sa
femme, la délicieuse et magnifique Mona, qui vient malheureusement de nous
quitter récemment (1919-2008). Lorsque vous voyiez Milt, Mona ne se trouvait
jamais bien loin ; un couple exemplaire à tous les niveaux (1939-2000). Qui dit
mieux?
Milt Hinton : une vie totalement hors du commun. Ce recueil en reste la preuve
la plus vivante.
PS. Un grand MERCI pour leur patience, leur aide indispensable et si précieuse à
David G. Berger, Producteur et Manager de Milt Hinton, New York, USA, Sue
Havlish, Sales & Marketing Manager aux Editions Vanderbilt à Nashville, USA, et
Catherine Lawn, Marketing Manager chez Eurospan à Londres. - Pour plus d'info:
MiltHinton.com.
Toutes les Bonnes Affaires chez Amazon.fr .
 |

Milt Hinton
“Playing the Changes” (Hinton, Berger, Maxson). Editions Vanderbilt
University Press, ISBN 9780826 515742. Commandez ce livre chez
Amazon.com ou
Amazon.ca.


Milt Hinton and David G. Berger: “Bass Line: The Stories and Photographs by
Milt Hinton”. Paperback,
Temple University Press, 1991, 328 p. Commandez ce livre chez
Amazon.com.
Milt Hinton: East Coast Jazz. Rhino /Wea, 2001. Original recording
remastered. Commandez ce CD chez
Amazon.com ou
Amazon.ca.

Hank Jones, Milt Hinton, etc.: The New York Rhythm Section. Fresh
Sounds of Spain, 2005. Commandez ce CD chez
Amazon.com.

Milt Hinton, Bob Rosengarden, Hank Jones: The Trio. Commandez ce CD
chez
Amazon.com ou
Amazon.ca.

Ajouté le 5 novembre 2008: Milt Hinton: Here Swings the Judge. 1964,
Progressive Records, reissued 2001. Commandez ce CD chez
Amazon.com.

Ajouté le 5 novembre 2008: Milt Hinton: The Judge at His Best.
Chiaroscuro Records 2001, original recording reissued. Commandez ce CD chez
Amazon.com.
|