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MPS
Histoire, anecdotes et les disques de la maison de jazz MPS
Article du 1 juin 2007 par
« Beethoven » Jean-Michel Reisser.
MPS : « Le Jazz
venait du fin fond la Forêt … Noire »
Une forêt qui swingue relève du
surréalisme, je dois bien vous l’admettre. Mais elle existe et je l’ai
rencontrée. En voici la preuve.
Quand on analyse un peu l’histoire de l’Homme et du Jazz en particulier (le
sujet qui nous intéresse ici), on remarque que très souvent, les grandes choses
réalisées avec bonheur, succès et qui marquent ont presque toujours débuté d’une
idée saugrenue, d’un « fou », émanant d’une personne, rêvant dans son coin.
Ensuite, tout débute -dans la grande majorité des cas- dans un garage ou un
vieux local perdu plein de poussière. Enfin, la vie personnelle du ou des
fondateurs y est très intimement liée.
Voilà, notre scénario est ainsi presque posé …
MPS et son fondateur, Hans Georg Brunner-Schwer, surnommé plus facilement par
ses amis HGBS ou également « Millionen-Schwer » (!), nous le démontrent plus que
parfaitement.
Né le 21 juillet 1927 à Villingen, (situé dans la Forêt Noire, en Allemagne,
près la frontière suisse, pas très loin de Basel), notre homme réalise un
parcours tout à fait normal au départ puis complètement atypique par la suite.
Son grand-père, Joseph Benedikt Schwer, fonde, en 1835, une fabrique d’horloges
et de montres. Puis, la petite entreprise se spécialise dans la fabrication
d’horloges « coucou » !
Elle prospère rapidement. Après la première guerre mondiale, en 1923, elle se
spécialise dans des composants très importants pour les radios et leurs
diffusions sur les ondes. La Suisse devient son premier client. Sa réputation
grandit rapidement dans le domaine. La firme s’appelle désormais « Schwarzwälder
Apparate Bau-Anstalt » ou plus simplement « SABA »; ce qui signifie, à peu
près, « Compagnie d’Appareils de Constructions de la Forêt Noire».
Dès 1926, elle se concentre totalement dans la construction de matériel de
radios. En 1935, elle achète 10 % de parts de la firme allemande « Telefunken »,
ce qui lui donne une immense ouverture sur le marché dans une Allemagne alors
florissante économiquement.
La deuxième guerre mondiale éclate. Le 19 avril 1945, l’entreprise est quasi
détruite par les bombes de l’ennemi adverse. Mais elle continue à fabriquer des
petits trains (jeux). Puis, dès 1946, elle invente les téléphones standards pour
la poste allemande et innove en concevant des appareils très modernes pour
l’époque. Dès 1947, elle recommence la fabrication de radios, interdite alors
juste après la guerre. Puis, elle se lance dans la réalisation de
réfrigérateurs. L’entreprise grandit toujours plus.
En 1957, les Brunner-Schwer décident de s’occuper uniquement du secteur des
composants pour radios, comme entre les deux guerres. Leur grande réputation se
répand très vite partout. En 1958, le fils, Hans Georg, passionné de Jazz,
d’électronique et de sons, se tourne vers la musique. Il enregistre, dans son
studio approprié par ses soins, des albums avec des musiciens de Jazz allemands
tels que le pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Horst Jankowski,
le tromboniste allemand Albert Mangelsdorff, le saxophoniste autrichien Hans
Koller ou encore le pianiste allemand Wolfgang Dauner, pour ne nommer que
ceux-ci.
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Au début des années soixante, une autre idée lui vient à l’esprit, ainsi qu’à
l’un de ses collaborateurs : pourquoi ne pas fabriquer des appareils audio pour
des voitures de luxe, en proposant de la musique enregistrée exprès pour ?
L’idée géniale se concrétise vite : la « SABAMOBIL » naît. C’est un immense et
instantané succès. Il s’attaque donc à la production dite audio. Pianiste et
accordéoniste à ses heures, il « hérite » également des oreilles musicales
infaillibles de son père, premier violon classique. Il investit alors beaucoup
de temps et d’argent dans ce qui sera, d’après ses amis musiciens et proches,
l’un des tout meilleurs studios d’enregistrements au monde jamais conçu pour et
par un privé à l’époque. Il se fait plaisir tout en oeuvrant pour la musique.
Très grande qualité non?
Complètement fou du trio d’Oscar Peterson, il persuade les 3 musiciens de venir
donner un récital privé dans sa villa, à Villingen, à environ 50 km de Zürich,
après leur concert officiel en 1964. Ils acceptent, tout en ne sachant pas très
bien qui est réellement cet homme …
« Il venait à tous nos concerts à Zürich et à Basel » me raconte Oscar Peterson.
« Toujours très enthousiaste et gentil, il me répétait sans cesse qu’il se
passionnait d’électronique et d’enregistrements, du captage des sons et des
mixages. A l’entendre, il en connaissait un sacré rayon sur toutes les sortes de
micros et de la prise de son. Mais tu sais, j’ai beaucoup rencontré de gens
comme lui. Avec certains, je leur ai fait confiance. Mais les résultats ne
furent jamais excellents. Alors, je me méfiais … » me rajoute Oscar.
Ray Brown : « Le problème, avec un ingénieur du son, c’est qu’il adore souvent
un son ou un instrument en particulier. Il l’enregistre très bien. Mais les
autres (instruments) sonnent plutôt médiocres, en tous les cas pas aussi bons
que celui qu’il aime. J’en connais beaucoup. Mais chez Hans Georg, ce qui
m’époustoufla le plus, c’est qu’il faisait sonner notre trio comme personne ne
l’avait réalisé auparavant. C’était bel et bien notre son, le vrai, tel que nous
trois l’entendions entre nous ! Vraiment étonnant ! En plus, l’équilibre entre
nos trois instruments sonnait parfaitement. Ed, Oscar et moi-même en étions sans
voix. Et plus de bruit de fond … ! « Cet homme est incroyable ! » dis-je à
Oscar.»
L’excellente relation avec le trio établie, la confiance peut alors régner.
Oscar accorde à Hans Georg les pleins pouvoirs quand à ses enregistrements. Un
bonheur n’arrivant jamais seul (!), Norman Granz décide de ne plus produire de
disques et d’aller vivre à Genève, en Suisse. Oscar se retrouve sans maison de
disques. Au même moment, notre producteur lance son label. C’est donc tout
naturellement que la collaboration HGBS/Oscar Peterson naît.
Hans Georg enregistre toutes sortes de styles très différents de Jazz pour
« ouvrir » le marché à un large publique. Rapidement, sa réputation se bâtie sur
la qualité inégalée du son de ses albums mais également comme le tout premier
producteur indépendant de musiques de Jazz de son pays.
1968 : période charnière pour notre jeune producteur : SABA perd d’énormes parts
de marché et l’entreprise périclite. Les banques bloquent les crédits. Les
autres grandes entreprises allemandes, telles que Grundig, Phillips et
Telefunken, lui font des offres de rachats pas très honnêtes. Il doit trouver de
l’argent frais pour qu’elle puisse encore survivre. Dans le plus grand secret,
SABA vend 85 % de ses parts (tout en gardant sa propre liberté) à l’américain
GTE. Bonne aubaine, ce dernier possède une représentation européenne en
Belgique, donc située pas très loin de Villingen. Coup de maître réussi de la
part de notre déterminé producteur.
Sur les premiers albums parus, le label portait tout naturellement le nom de
SABA.
Le début officiel de sa toute nouvelle production date du 1er avril
1968. Non, il ne s’agit pas d’un poisson ! Elle s’appellera désormais MPS, ce
qui signifie « Musik Produktion Schwarzwald ». Ce sigle, étrange, représente
très bien le dessin d’un arbre. Dès lors, MPS devient une des références de
disques de Jazz en Europe. HGBS s’associe au « Pape du Jazz Allemand »,
Joachim-Ernst Berendt (1922-2000), qui produit, pour le label, plus de 130
albums, dont la fameuse série de lp’s nommée « Jazz Meets The World ». Cette
dernière remporte alors un gros succès et devient pionnière dans le genre (on le
constatera à la fin de l’article).
Outre produisant des musiciens tels que Albert Mangelsdorff, le pianiste
allemand Joachim Kühn, le guitariste allemand Volker Kriegel, Wolfgang Dauner
et bien d’autres, Hans Georg se tourne également vers les Etats-Unis. Il a déjà
Oscar Peterson, une star mondialement connue. D’autres grandes légendes viennent
en renfort telles que Duke Ellington, Dizzy Gillespie, Count Basie, Ella
Fitzgerald, George Shearing, Bill Evans, Freddie Hubbard, Stéphane Grappelli,
Baden Powell, Milt Jackson etc. Le catalogue s’enrichit très rapidement. Mais il
s’occupe aussi de jeunes talents, alors inconnus mais très talentueux. Grâce à
lui, le monde entier les découvre. Ces nouveaux venus s’appellent George Duke et
Monty Alexander, pianistes, Jean-Luc Ponty, violoniste etc.
« Un jour » me raconte George Duke, « je reçois un téléphone d’Allemagne. Un
type avec un accent très prononcé allemand me demande si j’étais intéressé à
enregistrer sous mon nom. J’avoue que sa proposition m’étonnait énormément car
aucune compagnie ici aux USA, jusqu’à présent, ne m’avait approché de cette
manière et avec un tel état d’esprit. Je me disais que je ne risquais rien.
J’acceptai immédiatement ! Il me laissa libre choix dans ce que je désirais
réaliser. Chez nous, aux USA, cela ne se passe pas ainsi. Il est très rare que
tu aies « les mains libres » quand une grande compagnie s’intéresse vraiment à
toi.. Elle veut tout contrôler. Mais lui m’a totalement fait confiance.
Fantastique. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à Hans Georg : il m’a
donné mes premières chances, sorti mes premiers albums. Grâce à lui, j’ai acquis
la reconnaissance mondiale indélébile. Je lui dois beaucoup. »
Même constatation pour le pianiste jamaïcain Monty Alexander : « C’est Oscar
(Peterson) qui me recommanda à Hans Georg. Le public ne me connaissait pas
encore à l’époque. Il fit confiance à Oscar et me contacta pour produire mes
futurs albums. Au début, très peu d’amateurs possédaient les disques du label
aux USA. Mais dès que ceux d’Oscar arrivèrent, MPS fut tout de suite admis bien
sûr comme une marque importante et très originale. C’était un honneur tu penses
bien, ainsi que pour les autres jeunes musiciens. Et cela le reste encore
d’ailleurs, après toutes ces années car MPS signifie musique et son de toute
grande qualité. J’avais libre choix dans tout ce que je désirais enregistrer.
Qui pouvait me donner autant à l’époque ? Evidemment personne, surtout pas à un
petit jeune comme moi ! » (rires)
« Je me rappelle de ma toute première visite en Europe. Je suis allé à
Villingen. Quelle magnifique région. Elle m’inspire encore énormément : il y a
la forêt, la nature, le calme... J’ai alors de suite compris que Hans Georg ne
vivait que pour le Jazz et son vrai amour se dirigeait vers le piano en
particulier. Il invitait des amis à ses concerts privés. Une atmosphère
formidable y régnait. Les gens nous adoraient. Je me sentais comme à la maison.
Dans de telles conditions, la musique ne pouvait que sonner superbement. »
(larges sourires)
Pour information, l’album le plus vendu de Monty (et très certainement son
meilleur sous son nom encore aujourd’hui) s’intitule « Montreux Alexander »,
enregistré « live » au festival de Jazz de Montreux en 1976 avec le bassiste
John Clayton et le batteur Jeff Hamilton ; deux très jeunes musiciens, tout
droit sortis du collège et que nous découvrions avec stupéfaction ! Ce concert
reste un des grands moments magiques de l’histoire du festival. Ce disque figure
toujours au catalogue parmi les classiques incontournables du Jazz et un des
« best sellers » de MPS.
Le trompettiste Freddie Hubbard se souvient très bien de sa collaboration avec
notre producteur. Un grand respect émane pour ce que représente MPS. Il m’avoue
un détail très important dans ce métier :
« Pour nous musiciens américains, HGBS se révéla comme une espère
d’extra-terrestre dans tous les domaines. Je pourrais citer beaucoup d’exemples
mais en voici un qui en dit long sur le personnage. Normalement, pour les
séances d’enregistrements, au mieux, on nous paye à la fin de celles-ci, voire
parfois plus tard. Pour certaines séances, j’attends toujours mon argent ;
elles datent de plusieurs décennies ! (rires jaunes) Hans Georg, lui, me payait
à l’avance. En plus, il devinait, dans vos yeux, exactement ce que vous vouliez.
Ca, c’est la super classe Man ! Un grand homme ! Il aimait tellement le Jazz.
Waouwww !»
Une anecdote amusante vient de m’être contée tout récemment par le pianiste
Joachim Kühn.
« Le légendaire pianiste Cecil Taylor arrivait pour enregistrer au studio, à
Villingen. Cecil a la réputation d’un homme très capricieux, pas facile et
jamais content de ce qu’on lui offre. Ce jour-là, c’est le producteur
Joachim-Ernst Berendt qui s’en occupera personnellement. Il le connaissait très
bien et savait comment agir avec lui pour que tout fonctionne à merveille. Il
organisa pas mal de concerts pour lui à travers l’Allemagne. Malheureusement,
Joachim-Ernst, ce jour-là, n’arrive toujours pas. HGBS décida alors de prendre
les rennes en lui montrant le studio, le piano et en lui expliquant un peu sa
vision des choses. Cecil s’assit au piano et commença a jouer. Inspiré, il ne
s’arrêta que 3 heures plus tard. Hans Georg enregistra toute la séance bien
entendu. Cecil semblait très content du résultat. Arriva enfin Joachim. Il prit
HGBS très sérieusement par la main. Il lui expliqua la bonne stratégie pour ne
pas irriter, en aucun cas, Cecil. HGBS lui rétorqua : « Trop tard vieux, la
séance est déjà terminée ! »; ce qui laissa Joachim-Ernst totalement pantois. »
(longs rires)
« Il y avait une ambiance bien particulière à Villingen» m’avoue le pianiste
anglais George Shearing. « C’était très familial et convivial. En plus, ce
piano, un Steinway Grand Piano D, provenant d’Hambourg, très spécial, fait
main, est le meilleur sur lequel j’ai jamais joué. Le rêve absolu de tout
pianiste. Jamais on ne peut l’oublier ».
D’ailleurs, son album en piano solo, en 1974, « My Ship », enregistré sur ce
fameux piano, reste et de très loin ! son meilleur.
Il y a quelques années, Hans Georg me demande d’organiser un concert dans son
club privé. Malgré toutes ces années et l’âge avançant, il reste toujours aussi
vert, enthousiaste et fou de Jazz.
« Tu comprends » me dit-il, « le Jazz est ma grande passion, avant toute autre
chose. Je suis fou de son et d’évolutions techniques concernant les modes
d’enregistrements. Je veux toujours plus et mieux. C’est ce qui a toujours fait
avancer notre entreprise depuis des décennies. Pour moi, j’adore la nouveauté
mais il faut qu’elle ait un sens. Expérimenter pour rien, c’est nul ! Ce n’est
pas ça le progrès, la nouveauté, l’avance musicale ou la technologique. Le vrai
truc, c’est d’innover, apporter quelque chose de plus qui n’existait pas
auparavant. »
Je lui fais remarquer que Benny Carter me tenait exactement le même discours :
« Souvent, on croit que c’est nouveau. Si l’on analyse, on constate que seule la
forme a changé mais le fond lui, reste le même. »
« Je pense exactement la même chose que Benny !» me lance-t-il. « En
technologie, il est plus difficile de faire croire qu’il y a du neuf car c’est
du concret. Mais en musique, il y a beaucoup d’escrocs !» (rires)
HGBS ne parle jamais la langue de bois comme on dit aujourd’hui. Quand il veut
émettre son avis, il ne le cache en aucun cas, « même si cela déplaît parfois »
affirme-t-il.
Il faut noter qu’il est grand et imposant, bien en chair (quoi qu’il ait perdu
beaucoup de kilos durant ses dernières années) et surtout, reste un homme
déterminé.
Habiter cette petite ville de Villingen n’était pas toujours chose facile ...
« Au début, les gens n’avaient aucune idée de ce que nous faisions, ni de tous
ces grands musiciens qui débarquaient. (rires) Ils savaient qu’il existait un
studio d’enregistrements mais cela s’arrêtait là. Difficile d’être accepté. La
population voyait arriver des noirs et se demandait : « mais que viennent-ils
faire ici ceux-là?! » (rires). Tout au début, on ne pouvait pas les loger non
plus. Cela compliquait bien les choses. »
Lorsque l’on réécoute ses albums, on se rend compte de la qualité fantastique du
son.
« En fait, tous les albums que j’avais entendus auparavant, les lp’s français,
anglais, américains, suédois etc., tous sonnaient de manières « indirectes ». Je
voulais vraiment entendre les vrais sons qui sortaient directement des
instruments, comme si l’on se trouvait juste devant eux, à quelques
centimètres. »
C’est comme ça que tu as conquis Oscar (Peterson). (rires) Raconte-moi s’il te
plaît.
« Oh, je ne faisais pas le malin ce soir-là. J’avais très peur … Oscar, Ray
Brown et Ed Thigpen étaient déjà de grandes stars à l’époque. Quand le concert
débuta, de grosses gouttes de sueurs dégoulinaient sur mon front … La peur de ma
vie … J’enregistrai le trio pendant environ cinq minutes. Ils se sont ensuite
assis et écoutèrent … Oscar me dit : « Stop, rembobine en peu en arrière s’il te
plaît ». Je me disais que j’avais fait de grosses erreurs et que je pouvais
arrêter l’enregistrement. Mais silence … Je suais encore plus … Il insista :
« Encore un peu en arrière ». Il écouta à nouveau très attentivement, sans dire
un mot, sérieux et très concentré, tout comme Ray. Puis d’un coup, il se leva,
m’attrapa par mes deux épaules, me regarda en s’exclamant : « Je n’ai jamais
entendu un son pareil. Cela sonne comme si je me trouve devant le piano. C’est
absolument incroyable ! ». J’avais donc réussi. » me lâche-t-il fièrement.
(grands sourires).
« Oscar, Ray et Ed ont une oreille totalement infaillible ! Impossible de leur
raconter des âneries ! Pour eux, il y a La Musique et rien d’autre » me
clame-t-il haut et fort avec un très grand sourire.
HGBS s’entoure de gens de confiance et crée ainsi un climat très familial, comme
me le soulignait Georges Shearing plus haut.
Willie Fruth se charge de la direction artistique, Lisa Boulton est l’assistante
de Fruth, Rolf Donner et sa compagne sont les ingénieurs du son. Tous
connaissent leur travail à la perfection. Marlies Brunner-Schwer, sa femme,
s’occupe de l’intendance, c’est-à-dire de l’accueil des musiciens, des repas,
des boissons etc.
« Une maîtresse femme et une vraie mère » m’explique le légendaire altiste Lee
Konitz. « Régulièrement, les séances duraient plus longtemps que prévues et
elles se terminaient très tard dans la nuit. Elle arrivait alors avec des plats
magnifiques, tous concoctés par elle-même. On se sentait chez soi. Des moments
de bonheur. La musique devenait facile et les séances sonnaient très réussies.
C’était ça aussi la force de MPS.» (grand sourire)
Son premier studio se trouve dans son « living room ». C’est précisément dans
cette pièce qu’il enregistre les premiers albums d’Oscar Peterson Trio. Le piano
est le plus grand et le plus cher que l’on puisse posséder (un Steinway Grand D,
précisé déjà plus haut). La console et les tables de mixages se situent dans son
grenier. Pour établir une liaison directe avec les musiciens, situés donc en
bas, il place une caméra et deux micros spéciaux. De cette manière, il peut les
voir, leur parler et les entendre. Quel homme!
La musique y est alors omniprésente. S’il n’organise pas de concerts, les lp’s
jouent toute la journée partout dans sa grande villa. Ses voisins, qui ne se
trouvent pourtant pas trop près de celle-ci, entendent néanmoins avec précision
les sons qui s’y échappent.
George Duke : « Il était fou d’Oscar Peterson, tout comme moi encore
aujourd’hui. Il m’envoyait tous ses albums. La plupart des musiciens qu’il
enregistrait, je ne les connaissais évidemment pas à l’époque. Mais l’un d’entre
eux m’impressionna immédiatement : le violoniste français Jean-Luc Ponty. Je
devais absolument le rencontrer et enregistrer avec lui. J’aimais vraiment ce
type : sa musique me touchait et m’impressionnait tellement ! J’appelai Hans
Georg. Il me mit en contact direct avec Jean-Luc. Grâce à lui, nous avons
commencé notre collaboration et nos superbes enregistrements pour MPS. Nous
regrettons qu’à ce jour, nous ne les trouvons pas en cd’s car ils relatent une
fort belle complicité et la musique y sonne tout particulièrement remarquable. »
Toujours en 1968, année décisive décidément, HGBS trouve un local en haut d’un
vieil immeuble presque désaffecté. « C’était petit à l’intérieur » m’explique
Rolf Donner. « Lorsque le piano arriva, on dû le faire passer par la fenêtre
avec une grue ! Pour arriver au studio, on devait monter tous ces escaliers si
étroits … « (rires) « Mais dès que tu y arrivais et que tu y rentrais, c’était
un pur rêve. Hans Georg installa tout de lui-même. A l’époque, ce matériel
coûtait pas loin de deux millions de Deutsche Marks ! Et j’appris, bien après,
que SABA ne paya pas cette grosse facture mais bien lui, totalement de sa
poche ! Sa mère, qui tenait les finances de la société, ne portait pas beaucoup
en considération ce qu’entreprenait son fils. Son frère n’avait pas une bonne
opinion de lui non plus. Il se moquait sans cesse en disant que « Hans Georg est
un fou et un type vivant hors de la société et des réalités. »
Le grand bassiste allemand Eberhard Weber me conte : « Ce qui était très
touchant, c’était de voir Hans Georg imitant et mimant, sur une table, le
pianiste Milt Buckner, en entendant un de ses morceau. Un millionnaire faisant
ça, je n’en ai vu qu’un : lui. Cette musique l’habitait sans cesse, tout le
temps. On ne peut qu’aimer un type comme ça non ? » (grand sourire)
« Il enregistrait les musiciens qu’il aimait. Quand il ne le sentait pas, il
laissait faire Rolf Donner. Il s’occupait principalement de la partie « Swing »
car il adorait ce style. »
D’ailleurs, un jour, il me l’avoue personnellement : « « Beethoven », la vie,
c’est le Swing. Sans ça, je ne peux pas vivre ! » (rires)
Wolfgang Dauer me raconte une autre anecdote amusante : « Quand il écoutait un
de ses enregistrements qu’il n’aimait pas ou qu’il jugeait pas assez bon, pour
n’importe quelle bonne ou mauvaise raison, il appuyait sur le bouton « stop »
tout en s’exclamant « erreur de bande ! » (rires).
« Ce qui me surprenait aussi, c’est qu’il se moquait de savoir s’il allait bien
vendre ses productions ou pas » me rétorque l’exceptionnel clarinettiste
allemand Rolf Kühn, frère de Joachim. « On pouvait l’appeler et lui soumettre
notre idée. Un jour, je lui téléphonai : « Hans Georg, j’aimerais vraiment
enregistrer avec un big band » ». Il me demanda : « Combien cela va coûter tout
ça ? ». Je lui répondis « Je ne sais pas, je n’en ai aucune idée mais je désire
réaliser ce projet depuis si longtemps ». Sans hésiter, il me répondit :
« Alors vas-y, fonce, on le fait. » Vos rêves devenaient réalités. Il se
comportait comme ça : toujours très généreux avec les musiciens qu’ils
aimaient.»
« Est-ce vrai ça ? » demandais-je à HGBS.
« … Ce que je trouve bon, je le publie et zut si cela ne se vend pas. Je suis
millionnaire et je me fais plaisir, tout en essayant de le partager avec les
autres. Si j’y réussi, alors j’en suis très heureux. Sinon, et bien, il y en a
au moins un à qui cela profitera : moi !» (sourires)
Wolfgang Dauner : « Beaucoup de producteurs dépensent leur argent gagné dans des
bateaux ou des voitures ou dans des œuvres d’art par exemple. HGBS lui,
réinvestissait tout son argent dans son label et son studio, en soutenant la
musique et les musiciens, en réalisant leurs rêves. Une qualité très noble. Je
n’ai jamais rencontré d’homme comme lui ici. »
Mais il savait aussi stopper quand les choses allaient trop loin …
Rolf Donner : « Il prit contact avec Friedrich Gulda, le tout grand pianiste
viennois, à une époque où le musicien se cherchait un peu. Il jouait avec des
tas de gens différents, beaucoup de jeunes. Les résultats n’étaient pas toujours
excellents, certains même assez mauvais, j’ose l’affirmer aujourd’hui. Bref, il
accepta de venir chez SABA. Mais les problèmes arrivèrent aussi … Le
premier dont je me rappelle que trop bien : Gulda avait signé un contrat avec
les pianos « Bösendorfer ». Il ne devait jouer que sur ceux-ci, mis à
disposition par la firme exprès pour lui. Elle livra alors un de ses pianos
directement au studio. Stupéfaction générale : impossible de le faire rentrer
car il était trop grand : les escaliers posaient un gros problème. Le crois-tu
ou non ? Nous avons cassé tous les escaliers pour qu’il puisse y rentrer ! Tu ne
peux pas t’imaginer le chaos général, la poussière et les débris que cela causa
! Epouvantable ! Tout ça pour M. Gulda et son piano attitré! Quand j’y repense …
quelle folle aventure cette histoire ! » (rires)
« Gulda venait jouer quand il le désirait. Nous avons décidé de l’enregistrer en
tant que pianiste classique car à l’époque, on le connaissait surtout en tant
que tel et non pas comme Jazzman. Mais quelques superbes albums de Jazz virent
le jour également. Je pense à ceux en big bands et ceux en petites formations
aussi, tous magnifiques. Puis, un jour, Gulda arriva à Villingen. Il exigea de
Hans Georg la somme de 100'000 Deutsche Marks en liquide, le jour-même. HGBS le
regarda dans les yeux et lui dit, sans aucune hésitation : « Pas question. C’est
NON ! ».
Cela marqua la fin de leur collaboration.
Une autre histoire, racontée par notre producteur bien aimé :
« Gulda pouvait te surprendre à tous moments, là où tu ne t’en doutais pas un
seul instant ; un homme spécial et imprévisible … Après une des séances
d’enregistrements, je le payai, comme d’habitude. Il me demanda alors de lui
commander un taxi-limousine. A trois heures et demi du matin, il quitta le
studio. Quelques semaines plus tard, nous apprenions que le taxi le ramena
jusque chez lui, à Vienne, en Autriche ! Il dû le payer très cher. Son cachet,
du coup, ne devait plus être ce qu’il était, « Things Ain’t What They Used To
Be ! » (rires) (a)
J’entends beaucoup de gens et de critiques affirmer que MPS est le « Blue
Note européen ». Personnellement, je ne le comparerais pas à ce label américain.
S’il faillait absolument le faire, je pencherais plutôt pour « Impulse ! », tant
par la conception des pochettes que par la diversité artistique atteinte. Mais,
chaque label possède son emprunte et sa personnalité. Donc, dans ce sens-ci, je
n’aime pas du tout les comparaisons. « Blue Note » peaufina un son, un mixe, un
style de pochettes bien personnels certes mais su également s’entourer
d’artistes, d’un esprit et d’un style musical tellement bien ancrés et profonds
dans cette musique que les autres labels ne pouvaient rivaliser d’aucune façon.
Avec MSP, sa politique artistique résulte d’une tout autre conception. Quasi
tous les artistes se trouvaient sous contrat avec d’autres labels. Mais ce qui
faisait sa force, c’était l’approche très différente de son producteur. Les
musiciens qui enregistrèrent pour MPS montrèrent d’autres facettes peu voire
inconnues de leur personnalité, tant dans leur jeu que dans le choix de leur
répertoire, ainsi que les musiciens conviés aux séances. Ajouter à ceci, je ne
reviendrai pas sur le son exceptionnellement naturel que les autres compagnies
de disques ne réussirent presque jamais à capter. J’écris « presque » car le
seul autre auquel je pense se situer dans la même catégorie se nomme « Contemporary
Records », 1951-1984. Ce label indépendant californien appartenait à Monsieur
Lester Koenig (1918-1977), un autre « fou », passionné et très honnête vis-à-vis
des musiciens. Entre les deux, de nombreuses similitudes convergent sans l’ombre
d’un doute.
Un autre aspect vraiment unique de MPS : on y voit tous les styles de Jazz
possibles, du « Ragtime » au « Free », de Willie « The Lion » Smith à Cecil
Taylor, du Jazz dit « New Orleans » à la « Fusion » ou l’«Electronic », le « Psychedelic »
… J’ose affirmer que tout fan de Jazz possède, dans sa collection, des albums
MPS. Impossible de passer à travers.
On peut aisément parler des couvertures des albums tant elles sont devenues
quasi des objets d’art. Les photos du recto restent toujours aussi
impressionnantes (portrait du musicien ou alors un dessin ou une représentation
abstraite mais ô combien fort originale), ainsi que celles du verso qui montrent
une belle image de l’artiste en question.
Tous les albums de la période 1963-1980 se dotent d’une double page intérieure,
munie de pleins de magnifiques photos en noir et blanc. Les textes, fort
à-propos, parlent des artistes.
Concernant les productions, si HGBS s’occupe des albums que je qualifierais de
« Jazz Classique », Joachim-Ernst Berendt patronne le Jazz beaucoup plus moderne
et avant-gardiste, tel que le « Free » ou la « Fusion » par exemple.
Nos deux hommes se complètent plutôt bien, même s’il y a divergences d’opinions
entre eux parfois et « quelques prises de becs » à la clé. HGBS relativise
toujours :
« Tu sais, à chacun son approche et ses goûts. Parfois, je pensais effectivement
que Joachim faisait un peu n’importe quoi. (rires) Il enregistrait de drôles de
choses que je ne comprenais pas et dont j’avais la conviction que cela ne
méritait pas la sortie d’un disque. Mais j’avais entière confiance et je le
laissais faire. Je constate qu’après toutes ces années passées et un certain
flair, l’histoire me donna bien raison. »
Une autre anecdote, assez dure celle-ci.
Rolf Donner : « Je n’aimais pas enregistrer tous ces musiciens dits « Free » ou
« Psychedelic » comme l’organisait Joachim-Ernst. Je pensais que c’était de
l’escroquerie musicale pure. Un jour, alors que HGBS était parti pour Zürich,
une idée m’est venue à l’esprit : « nous allons faire une belle farce à
Joachim-Ernst ». Ce jour-là, à Villingen, se trouvaient ma femme, un jeune
ingénieur du son et deux autres amis. Personne d’entre nous ne faisait de
musique du tout. Rien. Je leur ai alors demandé de prendre des instruments et de
jouer. Cela sonnait vraiment n’importe quoi. Ils jouaient du « free » ! (rires)
Nous avons enregistré tout ça. Quelques jours plus tard arrive Joachim-Ernst. Je
lui dis : « cela tombe bien car j’ai reçu une bande d’un groupe incroyable
venant de Prague. Il faut absolument que tu l’écoutes, tu vas en rester sans
voix ! ». Le lendemain, le producteur artistique Willie Fruth reçoit un
télégramme de Joachim-Ernst, lui demandant expressément de signer aujourd’hui
encore ce groupe, tellement la musique est exceptionnelle ! » (très longs
rires). « Je sais qu’il m’en a toujours voulu après cette blague. Il ne me
pardonna jamais ».
Sans jugements aucun, on peut affirmer que Hans Georg eu beaucoup de chance de
pouvoir compter sur Joachim-Ernst, personnage alors très important du Jazz en
Allemagne. En fait, de nombreux événements passaient par lui. Il connaissait
bien les musiciens de tous styles du monde entier et possédait un carnet
d’adresses absolument considérable!
D’autres parts, il produisait des émissions radio à la SWF, était le directeur
musical d’un des plus importants festival de Jazz d’Europe, le festival de
Berlin. Il organisait également des concerts au « New Jazz Meeting » à
Baden-Baden et aussi pour le « Donaueschinger Musiktagen ». Donc, lorsque les
artistes se produisaient dans ces lieux, ils venaient aussi à Villingen pour y
donner soit un concert, soit y enregistrer un disque. Cela se passait ainsi dans
70 % des cas. Mais si, pour diverses autres raisons, cela ne pouvait se réaliser
de la sorte, les séances s’enregistraient à Berlin, ou à Baden-Baden ou à Donau ;
là où les musiciens venaient jouer. De cette manière, impossible de manquer qui
que ce soit.
Autre facette attachante du personnage HGBS.
Le pianiste, compositeur, arrangeur et leader suisse Georges Gruntz m’avoue :
« Jamais il demandait si un musicien pouvait bien jouer. Si je lui disais qu’il
était excellent, alors, sans poser de question, il le prenait sous son aile.
C’était facile de travailler avec lui, il vous faisait totalement confiance.
C’est très rare dans ce métier tu sais. »
« Un exemple ? J’avais eu l’idée d’enregistrer tous les percussionnistes et les
fifres du Carnaval de Bâle ! Quand j’y repense, c’était complètement insensé
pour l’époque, au milieu des années soixante ! Une idée totalement folle et
surtout pas très « Jazz » au départ. Alors : quoi enregistrer, comment et où ?
Je lui fis part de cette idée. Il la trouva immédiatement géniale ! Je
m’occupai de la musque et lui de tout le reste. Le résultat fut plus
qu’excellent : il s’agit d’un album totalement Jazz et cela « swingue à mort ».
L’immense succès de ce lp ne se démentit pas. Jamais personne d’autre n’aurait
endossé un pareil projet. Personne ! Mais lui, il a dit « oui » sans hésiter.
Quand j’en parlai aux musiciens, aucun ne me croyait. Ils pensaient que c’était
une grosse blague. Hans Georg était vraiment un type incroyable … Il nous manque
tellement.»
Pour des raisons encore inconnues à mes yeux, HGBS décide de vendre MPS à
Polygram fin 1983, après plus de 700 lp’s produit ! Gros catalogue pour un petit
indépendant non ? Son tout premier enregistrement, dans son studio privé, datait
du 11 février 1958 avec le grand Albert Mangelsdorff. Ironie du sort ou pas, la
toute dernière séance qu’il réalise se déroule en juin 1983 avec le duo Albert
Mangelsdorff-Lee Konitz. Intriguant non?
Il continue toutefois à enregistrer pour lui-même et certains de ses amis
musiciens. Il se fait plaisir en invitant toujours, mais plus irrégulièrement,
des musiciens qu’ils aiment dans son « Jazz Club Villingen ».
Côté albums, quelques excellentes rééditons en cd’s paraissent entre 1984 et
1988. Puis, en 1993, un programme dit « sérieux » de rééditions MPS s’active.
Plusieurs séries appelées « Masterpiece » (compilations), « Two Originals » et
« Three Originals » arrivent dans les bacs des disquaires mais elles s’arrêtent
au bout de peu de temps. A l’époque, HGBS n’a aucun droit de regard sur ces
parutions. Régulièrement, pour des raisons de « timing », certains morceaux sont
alors évincés de ces rééditons cd’s. Ces séances, donc incomplètes, les amateurs
les boudent, très déçus. De plus, les photos des pochettes originales n’y
figurent plus, laissant place à d’autres, nettement moins belles et beaucoup
plus fades. Bref, cette entreprise se solde par un échec.
Mais le label ne disparaît pas pour autant … Avec l’avènement, au début des
années nonante, de DJ’s très en vogue tels que Gilles Peterson, Rainer Trüby de
« Talkin’Jazz », Oliver Korthals de « Mojo Club », le jeune public du monde
entier redécouvre MPS. Une forte demande de rééditions se fait alors sentir.
Au même moment, dans le vent, on mélange des genres musicaux en donnant le nom
de « World Music ». Cette même jeune génération entend la fameuse série d’albums
MPS intitulée « Jazz Meets The World », enregistrée trente ans plus tôt et qui
mélangeait justement déjà, tous ces différents styles. Ces mêmes DJ’s oeuvrent à
réhabiliter ce mythique catalogue aux yeux du grand public, toutes générations
confondues. Du coup et en même temps, ils lui insufflent, avec brio, une
deuxième jeunesse, fort bien méritée. Ils remixent certains titres d’une
manière admirable et très musicale, sans les dénaturer. Il s’agit d’un
prolongement musical adapté aux bons goûts du jour. Mieux encore : ils
produisent des lp’s et des cd’s de leurs « remix ». Les ventes s’envolent. « Universal
Music Germany » (ex « Polygram ») et HGBS sont aux anges. Une nouvelle politique
de rééditons des albums originaux se met rapidement sur pied. HGBS, dès lors,
s’occupe du mixage, du montage et du choix des rééditions entreprises. Les
ventes deviennent excellentes, malgré un marché du cd en saturation dès le début
des années deux mille.
Hans Georg se passionne également pour les belles et grosses voitures, et ceci
depuis son plus jeune âge. Ironie du sort encore une fois ou du destin ? Alors
qu’il rentre d’un concert en voiture au soir du 12 octobre 2004, il manque le
dernier virage juste avant d’arriver chez lui, à quelques 200 mètres de sa
villa. L’accident lui est fatal.
Avec ce drame, l’histoire et la magie de SABA-MPS disparaît à jamais.
Apparemment, personne n’est pressenti pour assurer ni reprendre le flambeau. « Universal
Music Germany » gère désormais le catalogue, seule.
HGBS m’étonna et m’intrigua beaucoup, lorsqu’il me prit par le bras, très tard
une nuit, après un magnifique concert dans son désormais légendaire « living
room » avec Ray Brown, le pianiste français Jacky Terrasson et le guitariste
suédois Ulf Wakenius. Il m’emmena dehors prendre l’air et faire quelques pas.
Après un court instant, il s’arrêta, leva la tête et me fixa droit dans les
yeux. D’une voix basse, il me chuchota : « Quoi qu’il arrive, je sais que cette
forêt swinguera maintenant pour toujours … Impossible autrement.» (clin d’œil
avec sourire)
Sa surprenante confidence ne me quittera jamais. J’en ai d’ailleurs toujours été
convaincu, et ce depuis le début : pour MPS, feu Hans Georg Brunner-Schwer, « le
Jazz venait du fin fond de la Forêt … Noire ».
(a) Il s’agit d’un morceau très célèbre de Duke Ellington et qui signifie :
« les choses ne sont plus ce qu’elles étaient ».
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Hans Georg Brunner-Schwer.Photo ©
MPS Archiv.

Ray Brown, Oscar Peterson, Hans Georg Brunner-Schwer, Ed Thigpen ET.
Photo ©
MPS Archiv.

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