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Peter
Schmidlin
« Monsieur Take Care Of Business »
du Montreux Jazz Label
Article du 30 avril 2008
Entretien de
“Beethoven” Jean-Michel Reisser avec Peter Schmidlin
Peter
Schmidlin, à l’aise et décontracté, m’accueille avec un large sourire:
« Alors, tu viens me voir parce que je fête mes soixante ans et que je deviens
vieux? » me lance-t-il d’un air narquois avec un gros éclat de rire!
En
effet, Peter vient de fêter ses soixante ans le 28 décembre 2007 et, de
surcroît, son label, « TCB : The Montreux Jazz Label », souffle ses quinze
bougies.
Deux
beaux palmarès non?
Bourré d’humour, ajoutez à cela une facilité d’expression exemplaire, notre
homme engage la conversation avec un allant avec lequel seul son jeu de batterie
peut rivaliser. Peter conclut presque chaque phrase par un grand rire. Je ne le
rappellerai qu'occasionnellement. Vous n'avez qu’à imaginer vous-mêmes…
La
batterie, c’est toute ton enfance et ta vie …
« Oui
absolument. Depuis tout jeune, cet instrument m’attirait. Etant de Bâle, le
carnaval fait partie intégrante de notre culture donc les tambours, les fifres
et les piccolos, on en parle tous les jours ! La percussion m’a toujours
fasciné. Quand j’avais sept ou huit ans, à la maison, je tapais sur des bouts de
carton. Je m’essayais déjà ! »
Ton
papa jouait du piccolo dans un groupe et il aimait le Jazz.
« Exact. Depuis tout gamin j’ai grandi avec cette musique. De par son métier,
mon père allait, dans les années 50, régulièrement aux USA. C’est là-bas qu’il
découvrit le Jazz car à l’époque, c’était la musique que l’on entendait partout.
Il revenait avec des LP’s et on les écoutait tout temps. Je me rappelle entre
autres Count Basie, Duke Ellington, Erroll Garner, Lionel Hampton … Que de la
bonne musique comme tu peux t’en rendre compte.»
Ton
père te poussait-il à prendre des cours de batterie ?
« Oh
non, surtout pas! Un jour, il me dit : « OK, je suis d’accord que tu fasses de
la musique à condition que tu joues du piccolo ! » (éclats de rire)
Alors, dans de telles conditions, pour moi, c’était clair : je devais oublier la
musique ».
Mais
pourtant, cette dernière décide de ne pas te lâcher. On affirme souvent que dans
la vie, il n’y a pas de hasard. Je pense sincèrement que c’est ton cas.
« J’aime ta vision des choses car c’est bien ce qui se passa quelques années
plus tard.
A
l’âge de treize ans, je me trouvai être dans une classe où j’arrivais parfois
avec deux minutes de retard. Le professeur me mettait en fond de la classe pour
bien montrer mon incapacité d’arriver à l’heure exacte. Et un jour, un autre
type arrive en retard lui aussi et se retrouve assis à mes côtés. On a
sympathisé et quelques minutes plus tard, il me dit : « Tu joues de la
musique ? ». Je lui rétorquai : « Non mais cela m’intéresse vivement ». Il
m’invita chez lui et me donna une paire de ballets. Je me suis mis à taper sur
la table. »

Incroyable ton histoire. Mais qui était donc ce type ?
« Tu
ne voudras pas le croire : Andy Scherrer ! (éclats de rires). Il était déjà fou
à l’époque. C’est lui qui m’a tout montré et qui m’a mis le pied à l’étrier.
Nous sommes devenus amis tout de suite. Il m’a fait rencontrer plein de
musiciens. C’est de cette manière que je débutai très sérieusement la musique et
la batterie en particulier. »
Il
t’enseignait des choses ?
« Oui
et il me faisait beaucoup écouter des disques de Jazz, des gens comme Miles
Davis, Charlie Parker, John Coltrane, Oscar Peterson etc. Il me donna le virus
de beaucoup écouter de disques ! A l’époque, ce n’était pas comme à présent,
les LP’s n’arrivaient pas tous les jours dans les bacs des disquaires. Nous
devions souvent patienter longtemps. Nous allions écouter et acheter des disques
dans un magasin à Bâle, dont le patron était aussi un fan de Jazz. Il nous
faisait découvrir beaucoup de choses et nous disait, parfois, trois mois à
l’avance, les nouveautés qui allaient arriver. Alors, toutes les semaines, nous
passions au magasin et lui demandions : « Les disques sont-ils arrivés ? »
Nous
étions tellement impatients ! Comment ne pas être happé par tout ça ?!
Impossible ! »
On me
souffla que tu es autodidacte ?
« Totalement. Je me suis mis à la batterie dès ma première rencontre avec Andy.
Je travaillais dur mon instrument, tout le temps ! Je voulais arriver à un haut
niveau ou, en tous les cas, au meilleur niveau possible ! »
Tu
rencontras beaucoup de musiciens alors ?
« Bien
sûr. Cela fonctionnait en cercles musicaux. Tu rencontrais un tel et ce dernier
en parlait à d’autres et cela faisait boule de neige. Il n’y avait pas encore ce
phénomène de voyager pour aller étudier ailleurs à l’époque. Je dois dire que
cela fonctionne encore comme cela aujourd’hui. Un musicien dit à un autre « tu
connais ce type ? Non ? Alors fonce l’écouter, il joue vraiment bien. »
Tu
progressas de manière fulgurante !
« On
peut l’affirmer ainsi. En 1963, on me nomma « meilleur batteur » de l’année au
festival de Jazz de Zürich qui était, à l’époque, le festival de référence. Un
jury de professionnels élisait, chaque année, le meilleur musicien suisse,
chacun dans sa catégorie d’instrument. De plus, j’étais le musicien le plus
jeune classé du festival. Tu parles, à quinze ans, il n’y en avait pas ! Je sais
que Daniel Humair reçut le même prix deux ans auparavant je crois ; mais il
n’avait pas quinze ans à l’époque, il était plus âgé. A la même époque, j’obtins
le « Prix Mövenpick », récompense aussi importante à l’époque. Tout ceci me fit
une sacrée publicité !»
C’est
à cette époque que tu rencontras un tout vieil ami avec lequel tu joues toujours
aujourd’hui : le grand bassiste mais également tromboniste et vibraphoniste
bâlois Isla Eckinger.
« Il s’agit d’une rencontre capitale pour moi. Il jouait déjà fantastiquement
bien, surtout du trombone à l’époque. Entre nous deux, cela « colla »
immédiatement. » (large sourire)
Durant toutes ces premières années, tu acquis une solide expérience car il y
avait beaucoup d’endroits où tu pouvais jouer.
« Ah
oui ! Il y avait surtout le fameux bar-club l’ « Atlantis ». On pouvait y
entendre de la musique « live » tous les jours, de 11 heures à minuit ! Tous les
jours, rends-toi compte ?! Toutes sortes de musiques. Aujourd’hui, quand tu dis
ça à des jeunes musiciens, ils ont peine à te croire ! C’est impensable pour
eux. Mais, je l’ai bien vécu!»
Cela
a duré combien de temps ?
« Je
dirais entre 1963 à 1967. A l’ « Atlantis », il y avait tous les jours du Jazz
entre 13h et 14h. A l’époque, les pauses de midi étaient longues. Après avoir
mangé, les gens venaient prendre un verre avant de repartir pour leur travail
pour 14h. C’est Andy qui me fit rentrer.
Très
rapidement, on joua un mois tous les jours ! Cela se passait donc pendant notre
pause de l’école ! Alors à 13h58, tout s’arrêtait et nous partions en courant
pour nos cours de l’après-midi. Une époque incroyable car ce club devint le
rendez-vous de beaucoup de gens. Il y a avait toujours une bonne ambiance et on
était sûr d’y écouter de l’excellente musique. Et puis, tous les musiciens,
locaux ou internationaux, de passage à Bâle, venaient y faire un tour ! Il s’y
passait toujours quelque chose. On pouvait y écouter le grand pianiste de « stride »
Joe Turner ou le pianiste et chanteur de « Blues » « Champion » Jack Dupree par
exemple.
Il
nous arrivait de jouer trois ou quatre mois par année. C’est comme ça que j’ai
pu jouer avec le trompettiste Oscar Klein mais aussi avec Franco Ambrosetti,
tout jeune trompettiste à l’époque. Et puis, nous partions en tournées dans
toute la Suisse, pendant 3 ou 4 mois. J’en ai beaucoup fait, surtout avec Isla (Eckinger)
justement. (1)
Il
faut bien se souvenir qu’il n’y avait pas d’écoles de Jazz à l’époque. L’école,
c’était les « gigs » et les jam-sessions. Le seul d’entre nous qui réussit à
partir à la « Berkeley School » aux USA en 1965 fut Hans Kennel. Rien que le
billet d’avion pour y aller lui coûta une vraie fortune ! Il y resta six mois je
crois. »
Tu
devins très vite une figure importante du Jazz chez toi à Bâle mais aussi
ailleurs en Suisse. Pouvais-tu vivre de ta musique?
« J’ai essayé de devenir professionnel entre 1966 et 1967. C’est comme ça que
j’ai pu jouer avec les « Tremble Kids » (2) puis, pendant un mois, avec Buck
Clayton et Sir Charles Thompson. Ce fut fantastique ! J’accompagnai aussi Don
Byas, Helen Humes et beaucoup d’autres. Je me rappelle avoir joué avec le sextet
de Pepe Lienhart, encore musicien amateur à l’époque. Un jour, je lui
dis : « décide-toi mais je ne vais pas t’attendre pendant des années » . Nous
jouions aussi de la musique Funk et Soul, des styles de musiques sur lesquels
on pouvait danser. C’était important. Nous touchions un large public.
Je
suis parti six mois en tournée en jouant de la musique commerciale. Puis,
enchaînant avec le sextet de Pepe, nous avons écumé tous les dancings de
Suisse et certains d’Autriche. Une période faste ! On gagnait pas mal mais cela
ne me suffisait pas. Dès 1967, je décidai de devenir semi-professionnel :
travailler à 50 % dans une branche et 50 % dans la musique ».
Tu as
bien fait car tu t’es marié juste un peu plus tard non?
« Oui, à l’âge de 22 ans. Entretenir une famille en tant que musicien, à ce
stade, je ne pouvais pas le considérer. J’ai fondé une société : installer des
terrains de sport à travers le monde. Je voyageais pas mal et ai acquis une
solide expérience dans le domaine des affaires. Avec l’argent gagné dans ce
métier, je pouvais me faire plaisir dans l’autre, la musique restant toujours
mon principal attrait. J’ai voyagé partout dans toute l’Europe avec plein de
musiciens européens et américains.
En
1971, la radio à Zürich décide d’enregistrer, en direct, des musiciens de Jazz
de passage chez nous. Pour cela, il leur fallait un trio « maison », qui
« assure » comme on dit. Ils m’ont demandé de devenir le batteur régulier du
groupe, « The Jazz Live Trio ». C’est comme cela que j’ai pu jouer avec des tas
de musiciens tels qu’Albert Mangelsdorf mais aussi Dexter Gordon, Johnny
Griffin, Slide Hampton, Lee Konitz, Enrico Rava, Art Farmer, Kai Winding, Benny
Bailey, Clifford Jordan, Horace Parlan, Volker Kriegel, Gianni, Basso, Franco
Ambrosetti, Gunter Schüller … Il y en a eu tellement ! Cela a duré jusqu’en
1983. Nous avons réalisé environ 150 shows avec tous ces musiciens.
Parallèlement, entre 1972-1977, j’ai fait partie du groupe « Magog ». (3) Nous
avons voyagé partout en Europe et joué dans beaucoup de grands festivals tels
que Châteauvallon en France, Ljubljana, Prerov, Willisau, Bologne … »
Je
sais que tu « tournas » aussi régulièrement avec plein de musiciens américains.
« Depuis la fin des années septante jusqu’à la fin des années quatre-vingt, j’ai
tourné avec les trios d’Horace Parlan, de Tete Montoliu, un des plus grands
pianistes que l’Europe ait jamais eu et trop oublié aujourd’hui, le trio de
Jimmy Woode, Benny Bailey, Dee Dee Bridgewater, Curtis Fuller, Clark Terry,
Dexter Gordon, Johnny Griffin … Il y en eut beaucoup. »
Tes
activités jazzistiques te prenant tout ton temps, tu décidas de devenir musicien
professionnel à temps complet.
« Les
choses se précipitèrent pas mal à la fin des années quatre-vingt. Beaucoup
d’amis musiciens me demandaient, depuis un certain temps, de sortir des
enregistrements de toutes ces années passées à la radio à Zürich. J’ai alors
décidé de fonder mon propre petit label, « TCB ». Trois LP’s sortirent en 1988.
Ce furent des sélections parmi les meilleurs moments de « Jazz Live Trio » (4)
On en a parlé un peu partout en Suisse.
Claude Nobs me demanda d’organiser une soirée « TCB » dans le nouveau club du
festival de Jazz de Montreux de l’époque appelé « Q’s ».
En
1990, mon ex-femme, mère de mes enfants, hérita d’une maison à Villeneuve. Nous
avons décidé de nous y installer. J’habitais Sempach pendant 22 ans. Maintenant,
je devenais réellement suisse romand!
A
l’époque, il y avait une excellente émission de la TV suisse alémanique qui
s’appelait « Jazz In’ ». Ils m’ont demandé d’y participer. Quand je suis arrivé
au studio, il y avait Cedar Walton, Gary Burton, Marc Johnson et Andy
(Scherrer) ! Tu vois un peu l’équipe ! Ce fut une très belle émission. Elle
n’existe plus depuis longtemps … Je ressens ça comme un grand manque … »
(sérieux)
Un
peu plus tard, tu vas partir faire le tour du monde avec ton ami George Robert …
« Ah
oui, cette tournée fut vraiment exceptionnelle ! Pour fêter le 700ème
anniversaire de la Confédération Helvétique, un super groupe naquit : le George
Robert Quartet avec George bien sûr à l’alto, Dado Moroni au piano, Isla (Eckinger)
à la basse et moi-même à la batterie. En collaboration avec les services
culturels, la Confédération et les diverses ambassades, nous sommes partis
quatre mois dans le monde entier. Nous avons donné 65 concerts dans 45 pays en
120 jours ! Ca, ce sont de vrais voyages ! De plus, Clark Terry se joignit à
nous pour une partie de la tournée, un mois aux USA. Puis, nous sommes partis
pour le Canada, l’Indonésie, les Philippines, l’Inde, la Malaisie, … Quels
souvenirs mon cher! »
Le
quintet avec George et Clark fut un grand succès. Vous avez souvent rejoué
ensemble par la suite.
« L’année d’après, en 1992 et en 1993 je crois, nous sommes repartis en tournée.
Clark adorait notre petit groupe. La musique sonnait vraiment superbement et, de
plus, nous aimions bien vivre, c’est-à-dire rire, manger dans de bons
restaurants, boire de bons vins. Ces choses lient les gens. Il n’y a pas que la
musique. Partager tous les soirs la scène avec ce géant du Jazz qu’est Clark,
reste inoubliable pour nous tous. Un album parut suite à cela, pendant une de
nos tournées à l’époque et tout particulièrement en Suisse ». (5)
Il
faut souligner que la renommée internationale de George Robert reste due, en
très grande partie, au label TCB et à Peter Schmidlin ! George grava quelques
fort beaux albums en compagnie de grands pianistes tels que Dado Moroni ou Kenny
Barron, le superbe trompettiste Bobby Shew, le non moins grand bassiste Rufus
Reid ou le maître batteur Kenny Washington. (6) Même si Georges fait partie
aujourd’hui du prestigieux label « Blue Note » (que Peter accompagne toujours
d’ailleurs), on peut regretter que son dernier album paru à ce jour (qui
correspond à son premier pour le « label bleu », paru en 2006) ne se situe pas
au même niveau que tous ceux enregistrés sur « TCB ». En effet, les albums
produits par Peter restent, sans exception aucune, de haut de gamme. Tous ces
CDs s’achètent les yeux fermés, tant par la très haute qualité sonore que par la
superbe musique qui s’y trouve!
En
1993, Peter fonda TCB. Il s’y consacre alors pleinement.
Y
pensais-tu depuis longtemps?
« Il
faut dire que depuis déjà pas mal de temps, beaucoup de musiciens me disaient:
«Pourquoi ne fonderais-tu pas ton label ? Non seulement tu es musicien mais tu
connais également tout le côté des affaires que nous autres ne maitrisons pas
beaucoup».
Et
puis certains me disaient que si j’avais un label, ils pourraient enregistrer et
faire paraître leurs propres bandes car aucune marque ne s’intéressait à eux.
J’ai alors bien réfléchi. Avec tous mes contacts effectivement, je me suis
décidé à défier ce pari. »
Donc,
si je comprends bien, tu l’as fait un peu par hasard?
« Totalement, pour les raisons que je viens de te raconter. Aujourd’hui, mon
catalogue compte plus de 260 titres, distribué dans le monde entier avec des
styles et des artistes totalement différents mais toujours du Jazz. » (sourires)
Et
ton travail de vendeur de terrains de sport?
«Je
l’ai arrêté quand j’ai fondé TCB. J’ai décidé de me consacrer qu’à ça
maintenant : jouer et produire la musique que j’aime : Le Jazz. Je pouvais me le
permettre donc je n’ai plus hésité un seul instant!»
En
fait, depuis cette tournée mondiale, tu n’arrêtes plus ni de produire des albums
ni de jouer.
«Ce
métier me demande beaucoup de travail. Entre s’occuper du label et des concerts,
mon temps de libre se compte, maintenant. Après le quartet avec Georges en 1991,
j’ai tourné avec plein de gens, Benny Bailey, Steve Grossman, le grand
trompettiste Dusko Goykovitch, Bobby Shew, Buddy DeFranco, Jon Faddis, Benny
Golson … et puis avec des musiciens suisses aussi bien sûr, tels que Hans Kennel,
Franco Ambrosetti, toujours avec Andy et aussi notre groupe « CoJazz » avec Andy
au piano et Eric Peter à la basse. Ce groupe a participé à de nombreux
festivals ; nous avons parfois des invités. Ca continue toujours aujourd’hui. Je
travaille très régulièrement avec Thierry Lang depuis six ans. (7) Nous donnons
des concerts un peu partout en Suisse, Autriche et France surtout, dans beaucoup
de configurations différentes, que cela soit en trio, quartet, quintet, sextet,
et aussi avec une instrumentation originale quelquefois. Avec Thierry, tout
reste ouvert musicalement.»
Ce
qui me surprend, c’est que notre homme ne montre pas tout ni n’étale au grand
jour son savoir, ni toutes ses grandes qualités artistiques. On peut affirmer
que Peter reste une personne discrète mais hyper efficace ! J’en veux pour
preuve ceci : qui dans le monde des amateurs et des journalistes le connaissent
vraiment bien ? Beaucoup savent qu’il est un des meilleurs batteurs de sa
génération en Europe mais en dehors de cela, que pense-t-il des choses de la
vie, de son métier ? Même sur internet, on ne trouve pas grand chose le
concernant.
Il
possède un tempérament de fonceur mais avec discrétion et tact.
Côté
musique, on peut qualifier son jeu de batterie d’élégant, fin, solide comme un
roc, doté d’un swing intemporel, flanqué de « deux immenses oreilles »
(musicalité), plus un son de batterie comme seuls les grands en possèdent.
Sa
conception de la batterie me fait souvent penser à Kenny Clarke : peu de solos
mais quand il en prend, il nous raconte de fort belles choses. Quoiqu’il arrive,
il est toujours présent, à l’affût de tout ce qui peut se passer musicalement
dans le groupe, relançant à chaque instant le soliste, par une frappe « sèche »
de batterie. Sûr, beaucoup de jeunes batteurs aujourd’hui possèdent une immense
technique de la batterie. Par contre, très peu d’entre eux parlent, nous livrent
un vrai discours, intéressant et cohérent. Ce genre de musiciens, je les nomme
« les bavards ». Peter lui, c’est la précision et la musicalité dans tous
contextes et à toutes épreuves, avec, en plus, une qualité fort rare également :
l’humour ! Très important dans le Jazz. « Peter Schmidlin = la toute grande
classe!»
Quels
sont les batteurs qui t’ont influencé le plus?
«Philly
Joe Jones bien sûr mais aussi Vernel Fournier, un tout grand maître et un de mes
préférés sans aucun doute possible. Puis, je dois avouer que dans les plus
anciens, Jo Jones a eu une très grande influence sur mon jeu de batterie
également. Impossible d’y échapper!»
Son
côté « homme d’affaires » ne se résume pas si facilement que ça. Mais je peux
dire qu’il est un des rare à porter les deux casquettes.
«C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de musiciens qui s’occupent en même temps
de leur musique et des leurs affaires très sérieusement. Ce côté-ci des choses
m’a toujours intéressé. A mes débuts et encore bien après d’ailleurs, je me
trouvais être le benjamin des groupes dans lesquels je jouais. Je voyais des
choses, j’entendais les musiciens aussi parler de certains problèmes. Je me
disais qu’il fallait essayer de les résoudre ou, en tous les cas, de les rendre
moins difficiles et moins compliqués.»
Certains veulent mais ne peuvent pas. Pourquoi selon toi?
« Je
pense tout simplement que c’est en toi ou pas.»
Pour
fonder son propre label, seul comme tu l’as entrepris, il faut avoir beaucoup de
courage et d’audace!
«Tu
dois d’abord y croire profondément. De cette manière, tu as gagné plus du 50 %!
Jamais ce projet ne m’avait effleuré la tête auparavant. Du coup, bon nombre de
musiciens arrivèrent avec des bandes. Les débuts ne furent pas faciles car je me
devais de trouver beaucoup de solutions à grand nombre de questions et de
problèmes.
En
matière de distribution : trouver des distributeurs partout dans le monde si je
voulais que mes disques soient vus et entendus. Démarcher des distributeurs
signifie voyager, aller les trouver, leur montrer le label, les convaincre qu’il
est bel et bien de grande qualité. Le « Midem » à Cannes était un bon tremplin
mais aujourd’hui, les choses ont bien changé. Tu dois tisser des liens avec tes
distributeurs pour qu’ils continuent sans cesse à penser à toi et à essayer de
vendre tes disques. Mais ce n’est pas tout. Tu dois posséder ton logo, le bon,
puis choisir un graphiste qui te comprenne, faire de la publicité dans les
bonnes revues, bien cibler le tout. La publicité, c’est ce qui te coûte le plus
cher. Il y a aussi la façon de la concevoir pour que le lecteur la lise, la
retienne et ait envie d’aller acheter ton CD. Il y a mille et une choses
auxquelles il faut penser et, surtout, trouver la solution à chacun de tes
problèmes.»
Tu
commenças d’abord à enregistrer des musiciens suisses.
«Oui, c’était le but en tout premier : aider les musiciens de Jazz suisses en
les faisant mieux connaître via mon label. Cela le reste d’ailleurs toujours, et
plus que jamais. Le premier album fut « CoJazz ». Il se vendit très bien chez
nous en Suisse puis partout à l’étranger. Il reste encore une de nos meilleures
ventes. J’en suis très heureux. (8)
L’idée de rajouter, à « TCB », la phrase « The Montreux Jazz Label » relève
particulièrement de l’ingéniosité!
« Tout au début, le siège de TCB se situait à Lausanne. Puis, en 1992, une
opportunité d’avoir des locaux à Montreux s’est offerte. Alors, j’ai déménagé.
Habitant Villeneuve, la vie s’en trouvait des plus faciles pour moi. Un jour,
quelqu’un arriva avec cette phrase et je l’ai trouvée géniale ! J’ai
immédiatement fait protéger cette appellation pour éviter tous problèmes, car tu
penses bien que j’ai failli en avoir … » (sourire mitigé)
Combien d’albums produis-tu par année?
« J’essaye d’en sortir une quinzaine par an. TCB est un label de Jazz
indépendant. J’insiste sur ce mot, indépendant, et je compte bien le rester. En
Suisse, il en existe aujourd’hui seulement huit ou neuf. Sans me vanter, je
pense que TCB reste le plus connu de tous. Parfois, c’est moi qui produis, dans
d’autres cas, ce sont les musiciens eux-mêmes qui cherchent un label pour
publier leur album. J’écoute la bande et si elle me plaît, alors je dis « oui »
et on la sort. C’est aussi simple que ça.» (sourire)
Je
pense que le monde du Jazz en général t’a reconnu et pris au sérieux
principalement grâce à ta série « Swiss Radio Days ».
« C’est normal car dans cette collection, je n’édite que des stars du Jazz. De
plus, ces concerts n’ont jamais vu le jour auparavant. Je ne sors que des
inédits. Grâce à elles, les stars, je peux ouvrir un nouveau marché pour les
autres musiciens beaucoup moins connus qui participent à l’évolution et qui font
une très grande part du label. De nombreux amateurs achetèrent d’abord les « Swiss
Radio Days » puis, petit-à-petit, s’intéressèrent au catalogue dans son entier.
Ils ont aimé et acheté nos artistes actuels. J’en suis fier et très heureux.
Le
label reste très apprécié partout dans le monde. Nos ventes, malgré un marché du
CD en perte de vitesse chaque année, marche plutôt bien. On aimerait réaliser
encore plus de ventes certes mais ce n’est déjà pas si mal, vu ce que représente
le tout petit marché du Jazz à travers le monde. Je dois t’avouer que ma
structure reste très légère. J’engage les gens dont j’ai besoin « au coup par
coup ». Donc, aucun salaire mensuel régulier ne vient s’ajouter aux déjà
nombreux frais et dépenses, même pas pour moi ! Car si je devais payer des gens
mensuellement, je ne « tournerais » certainement plus. Je peux tenir ma boîte
aujourd’hui car je propose plus de 260 titres. Tout se joue sur la quantité que
tu proposes. Cela paraît incroyable mais c'est vrai!»
Concernant cette remarquable série « Swiss Radio Days », tu frappas un grand
coup en éditant, pour le premier volume, un concert du désormais mythique
orchestre de Quincy Jones à Lausanne en 1960. (9) Comment as-tu réussi ce tour
de force ? Quincy est une super star donc pas facile ni à aborder ni à
convaincre?
«Comme tu le sais très bien, certaines super stars sont encore accessibles !
(éclats de rires). Au moment du projet, Quincy se chargeait de la programmation
musicale du festival de Montreux. Je suis allé le trouver. Il a été très gentil
et me donna son accord immédiatement. Par contre, ce qui me prit le plus de
temps et de travail (environ un an et demi !), ce sont ces longs échanges et
ces discussions orales et écrites avec ses deux avocats. Il y eut un très
nombreux courrier entre nous, toutes ces lettres qui partaient de Montreux pour
arriver à Los Angeles puis revenaient à la case départ … Ce fut presque un
romand feuilleton mais nous y sommes arrivés ! Ce gros et fastidieux travail en
valait vraiment la peine car il s’agit d’un concert incontournable pour tout
amateur de Jazz! (sourire)
As-tu
rencontré des difficultés pour d’autres productions de cette série ? « Oui et
non. Oui car il y a des concerts avec certains artistes que je voulais produire
mais qui se révélèrent impossibles. Pourquoi ? Trop de contraintes, trop
compliqué et surtout, les sommes demandées par ces artistes et leurs agents
étaient tellement ridicules que je ne pouvais même pas entrer en matière!
Par
contre, avec d’autres, ce fut simple ; je pense à Gerry Mulligan ou au Thad
Jones-Mel Lewis Big Band ou à Cannonball Adderley, via Nat que je connaissais
bien … Je peux te dire une chose bien réelle : les contrats il y a encore quinze
ans et plus étaient faciles à négocier car tout était assez simple. Or, depuis
une dizaine d’année, ils deviennent si compliqués que l’on ne peut plus rien
réaliser ! Nous avons tous les mains et poings liés ! Tu sais de quoi je parle.
Alors, aujourd’hui, j’ai trouvé une solution bien plus simple pour nous tous :
je sors des enregistrements de la radio suisse qui ont cinquante ans et plus. De
cette manière, plus de quiproquos : plus d’attentes de réponses de musiciens ou
de leurs agents qui n’arrivent toujours pas après des mois voire des années de
tractations, ni certaines sommes colossales demandées par des musiciens qu’aucun
producteur indépendant ne peut se payer ! Avec cette loi des cinquante ans,
toutes les parties la respectent. Je paie ce que je dois et tout le monde est
content. De cette façon, je peux sortir des enregistrements inédits et
fantastiques que personne ne connaît ni ne soupçonne même l’existence.»
Je
constate que TCB étiquète ses albums avec cinq couleurs différentes. Peux-tu
nous expliquer pourquoi?
«Pour m’y retrouver, chez moi, dans mon classement, j’avais décidé de coller,
sur chaque CD que je produisais, une couleur correspondant à un style musical.
Un ami m’a suggéré de le faire pour que les amateurs s’y retrouvent aussi : le
bleu représente le « Swing », le vert la série des « Swiss Radio Days », le
jaune le Jazz dit « Contemporain », le noir « World-Jazz » et le rouge le « Be-Bop »,
« Hard-Bop » et le « Post-Bop ». Cela a bien plu. J’ai donc gardé cette
formule.»
Ce
que peu de gens savent, c’est que Peter milite pour la défense des musiciens
suisses et, tout particulièrement, celle du Jazz.
Est-ce que tous ces sujets non musicaux, mais tous liés intimement à la musique
et aux musiciens, t’ont-ils toujours intéressé?
«Je
dirais un grand « oui » ! Dès mes débuts, je me suis trouvé à jouer avec des
musiciens plus âgés que moi, comme je l’ai raconté auparavant. J’entendais tous
ces problèmes. J’ai réalisé alors que je devais m’intéresser à tout cela pour
essayer déjà de les éviter moi-même!»
Peter
possède un vrai charisme naturel, ce qui l’aide, petit-à-petit, à défendre les
artistes et à parler pour eux car bon nombre n’en sont malheureusement pas
capables ou alors ne font tout bonnement pas réellement face à leurs problèmes,
donc les subissent.
«Oui, tu as raison car beaucoup de musiciens, avec les années, m’ont demandé
des conseils ou d’agir pour eux dans tous ces domaines. C’est comme ça que TCB
débuta, sur la demande de musiciens afin que je produise et ou édite leurs
propres disques qu’ils ne voulaient pas réaliser eux-mêmes. « Peter : tu connais
le business, fais-le pour nous s’il te plaît!»
Je
dois aussi insister sur le fait que George Gruntz fut un des premiers à
s’occuper et à défendre les droits et les conditions des musiciens suisses. Peu
de gens le savent mais il est un pionnier en la matière. Il milite toujours
d’ailleurs, et reste plus actif que jamais! Son cheval de bataille, depuis des
décennies, se résume à : « Tous les musiciens sont égaux en matière de Jazz,
Rock, Pop. Rap etc. » J’aime cette façon de penser et j’y adhère totalement!»
Tu
fais partie de beaucoup d’associations suisses. Comment es-tu rentré dans
celles-ci?
«Facile. Quand tu es patron d’un label, que tu discutes directement avec des
sponsors, patrons de festivals, de salles de concerts, tu es amené à connaître
des tas de personnes différentes dans de nombreux domaines. Si tu es actif et
engagé dans ce que tu fais, alors souvent les choses arrivent un jour ou
l’autre.
Aujourd’hui, je fais partie du conseil de fondation de la « Suisa » depuis 2002.
Quand Claude Nobs se retira, quelqu’un proposa mon nom pour le remplacer. La
Suisse, depuis quelques années, devient active dans ces domaines et cela me
réjouit.
Je
fais aussi partie de l’IFPI Suisse (société basée à Zürich pour la défense et la
promotion des droits et intérêts des producteurs/fabricants de phonogrammes et
vidéogrammes), de l’association suisse des éditeurs, du « SMS » (association
nationale des musiques et musiciens de Jazz ainsi que des musiques improvisées),
et également de l’association suisse des labels fondée il y a trois ans
seulement.»
Cela
fait beaucoup de participations pour un seul homme. Tu ne te perds pas un peu
dans toutes ces associations?
«Non, pas du tout car toutes vont dans le même sens. Faire parler de nous,
ouvrir les yeux à nos politiques, leur faire admettre enfin qu’il y a des grands
artistes chez nous en Suisse et qu’il serait vraiment temps de les aider, les
promouvoir et les soutenir de toutes les manières possibles ! Le fait que j’en
fasse partie me donne plus de poids pour essayer de convaincre nos autorités et
nos médias à se réveiller et à construire quelque chose de positif, tous
ensembles.
Une
de mes idées est d’aller trouver les TV suisses en les persuadant de redonner au
public plus de musique et d’art sur le petit écran. Aujourd’hui, on peut
affirmer qu’il n’y a quasi plus d’émissions de Jazz à la TV en Suisse. Ca, je ne
peux pas l’admettre ! Nous devons rééduquer les gens, particulièrement nos
jeunes et pour ça, nous devons tous y travailler.
La TV
reste le média le plus utilisé et celui qui a le plus d’impact sur les gens dans
notre vie quotidienne. Elles, les TV suisses, possèdent beaucoup d’archives
musicales qu’elles n’ont jamais diffusées ! Tout ce travail, cette énergie et
cet argent dépensés pour rien ?! C’est incroyable non ?! De plus, il y a de
nombreuses possibilités de collaboration avec elles, les idées qui ne me
manquent pas! Je suggère de s’asseoir autour d’une table et de discuter
calmement. J’espère y arriver, rien n’est impossible. Il y a un tel « boom » de
musiciens de Jazz suisses grâce, entre autres, à nos excellentes écoles que l’on
doit absolument faire bouger les choses.»
Crois-tu que ces jeunes et les gens en général vont regarder ces émissions TV
musicales?
«J’en suis persuadé. Bien sûr, le taux d’audience ne va pas exploser. Mais les
choses doivent se faire petit-à-petit. Je crois encore aux amis avertis, aux
parents, qui vont transmettre les infos de bouche à oreille. Je le sais, cette
façon de communiquer reste une des plus courues.
Si tu
regardes les TV allemandes, elles ont énormément de shows musicaux en tous
genres et pas mal de Jazz ! Ils soutiennent cette musique car ils filment et
diffusent une très grande partie de leurs archives. On y voit d’ailleurs
beaucoup de musiciens de Jazz allemands, ils savent très bien les promouvoir,
eux. En Suisse, avec les moyens que nous possédons, nous pouvons en faire
autant.»
Chose
vraiment incroyable : tu as tenu, pendant le Midem à Cannes, entre 2000 et 2005,
un club de Jazz Un véritable « tour de force » car le Jazz, là-bas, aujourd’hui,
plus personne ne s’en soucie …
«Le
club se situait au « Carlton Hôtel » en effet. Pendant 4 jours, j’y présentais
entre 50 à 60 musiciens suisses devant 600 personnes. Ce fut un succès car il y
avait beaucoup de monde qui venait nous écouter. Mais le marché du disque
s’effondre chaque année encore plus et, comme tu le souligne, le Jazz, à Cannes,
plus personne n’en tient réellement compte. Mais maintenant, nous avons notre
propre « Midem » appelé « Jazz Ahead » situé Brême, en Allemagne. Il devient de
plus en plus important chaque année. Au moins, on y parle le même langage, avec
les mêmes préoccupations et intérêts, allant tous dans le même sens. J’en suis
fort heureux.»
Concernant le défunt festival de Jazz d’Ollon, comment tout ceci débuta?
«Je
me rappelle qu’un soir, Thierry Lang, Yvan Ischer et moi-même parlions de
festivals de Jazz qui n’en étaient plus, que l’on avait perdu le vrai sens de
ces deux mots : « festival » et « Jazz ». Nous avons énuméré, à nos yeux, ce que
pouvait être un vrai festival de Jazz : convivial, sympa, chaleureux, pas trop
grand, surtout pas dans une salle de deux ou trois milles personnes où l’on
n’entend ni ne voit plus rien. De plus, le fait de boire un bon verre, de bien
manger ainsi que de partager cette passion de la musique entre fans nous tenait
particulièrement à cœur. Et, bien sûr, le principal : la programmation de bons
artistes de Jazz ! Le but surtout consistait à faire venir des musiciens que
l’on ne voyait pas systématiquement dans tous les autres festivals chaque année.
Nous ne voulions que de la qualité.» (sourire)
Pourquoi a-t-il disparu?
«Nous avons réalisé 5 éditions. Au bout de quelques années, ce devint très
lourd. Le festival se terminait par exemple le 7 septembre ? Et bien le 8 au
matin, il fallait courir à nouveau après les sponsors, l’argent, toujours et
encore le fric ! Les subventions et les promesses de dons n’arrivaient souvent
qu’à la dernière minute. Programmer des artistes assez longtemps à l’avance ne
pouvait donc pas se faire. Nous ne savions jamais si nous aurions les budgets.
Cela nous restreignait énormément quand à nos ambitions. Yvan et moi-même étions
en grande partie « les chevilles ouvrières » du festival. Travailler dans de
telles conditions pour seulement quatre jours de concerts par an devenait trop
pesant. Alors, nous décidâmes d’arrêter. Je dois ajouter que nous « avons jeté
l’éponge » alors le festival battait son record d’audience et qu’il était en
plein essor ! Nous sommes partis en pleine gloire!»
Quels
sont les trois albums sur lesquels tu joues et dont tu es le plus fier?
«L’album en trio de Thierry Lang « Reflections Volume 1» et celui en quintet « Reflections
Volume 2 ». Je les trouve particulièrement réussi. (7) Et puis, il y a le fameux
album avec Clark Terry, George Robert, Dado Moroni et Isla Eckinger. Ca, c’est
un tout grand moment. Quel album!» (5)
De
ton label, peux-tu me citer trois albums que tu adores?
«Ceux de Lynne
Arriale en trio. Ils sonnent superbement à mon sens.» (10)
«Les
deux albums du quartet d’Andy Scherrer au saxophone (11), ainsi que celui que
j’ai produit avec Phil Woods font partie de mes favoris également.» (12).
As-tu
des musiciens avec qui tu aurais aimé jouer mais dont l’occasion ne s'est pas
présentée?
«Mon
dieu, il y en a beaucoup ! Gerry Mulligan me demanda à plusieurs reprises de
venir jouer avec lui mais à chaque fois, j’étais pris ailleurs ... Ce fut la
même situation avec Chet Baker … Vraiment pas de chance …»
Et
d’autres dont tu rêverais?
«Et
bien je dois dire que ceux qui me viennent à l’esprit sont tous morts … Tommy
Flanagan, Oscar Peterson … Ah si, il y a bien évidemment Hank Jones. Tout le
monde rêve de jouer avec lui c’est clair. C’est le Pape de tous les pianistes!»
Quelle est le type de formation que tu affectionnes le plus?
«Le trio, sans contestation possible.»
Quels
sont, pour toi, les qualités que doit posséder un excellent batteur?
«Il
doit savoir écouter. La technique n’est pas la chose la plus importante,
l’écoute : oui ! Tu dois développer un feeling, ton propre feeling vis-à-vis des
autres musiciens avec lesquels tu joues, savoir t’intégrer immédiatement aux
autres. Et, le principal, cela reste le Swing. « It Don’t Mean A Thing If It
Ain’t Got That Swing ! » comme le disait Duke Ellington. Cette chose ne signifie
rien s’il n’y a pas de swing. C’est la base même de la musique de Jazz, toujours
en vigueur aujourd’hui, quoi qu’en disent certains.»
Quelles seront les prochaines parutions de TCB?
«Le
deuxième volume du concert de Lionel Hampton à Bâle en 1953 sort avec de
magnifiques photos inédites du concert. Cela sera le volume 18 de la série « Swiss
Radio Days ». (13) Je peux annoncer que pour le volume 25, nous allons éditer
un concert d’un groupe mythique de l’histoire du Jazz. Cette parution va faire
grand bruit car outre l’édition CD, il est en projet de sortir un livre allant
avec le CD pour fêter cet événement exceptionnel ! Je ne peux pas en dire plus
mais cela sera vraiment un événement dans le monde du Jazz, je te l’assure!»
Lorsqu’il me dévoila son secret, j’en restai effectivement sans voix!
Quand
je vous affirmais que Peter Schmidlin s’appelle bel et bien « Monsieur Take Care
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Peter Schmidlin. Photo Copyright Peter Schmidlin.

Casa Bar Zurich: Buck Clayton, Peter Schmidlin, Sir Charles Thompson jr.,
Isla Eckinger. Photo copyright: Peter Schmidlin.

Peter Schmidlin. Photo copyright: Peter Schmidlin.

CoJazz is: Andy Scherrer, Stephan Kurman, Peter Schmidlin, Willy Kotoun.
Photo Copyright Peter Schmidlin.
Notes
(1)
Isla Eckinger est né à Dornach (Bâle) le 6 mai 1939.
(2)
« Tremble Kids » : « A Tribute to Eddie Condon » TCB 43082. Avec Henri Chaix (p), Oscar Klein (tp), Walter Leibundgut (tb), Werner
Keller (cl), Peter Schmidli (gt), Isla Eckinger (basse), Charly Antolini (bat).
(3)
Le groupe de « Jazz Rock », « Magog » se composait d’Hans Kennel (tp+bugle),
Peter Schmidlin (bat), Paul Haag (tb), Andy Scherrer (ténor+soprano), Peter
Frei (basse), Klaus König (p, el.p).
(4)
« Americans in Europe » avec Benny Bailey, Slide Hampton, Johnny Griffin, Stuff Smith etc. with « The Jazz Live Trio » TCB 8710 (album plus obtenable). « Euro-American Fusions » avec Franco Ambrosetti, Eddie Daniels, Hugo
Heredia etc. with « The Jazz Live Trio » TCB 8720 (album plus obtenable) «European Trends» avec Karl Berger, Karin Krog, Albert Mangelsdorf,
Enrico Rava etc. with « The Jazz Live Trio » TCB 8730 (album plus obtenable).
(5)
George Robert 4tet featuring Clark Terry « Live at Q4 » TCB 90802
(commandez ce CD chez
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(6)
George Robert 4tet (Moroni, R.Johnson, Schmidlin) « Looking Ahead » TCB 22132. George Robert 4tet (Moroni, I.Eckinger, Schmidlin) « Voyage » TCB
92012. George Robert 4tet (K. Barron, R.Reid, K. Washington) « Inspiration »
TCB 20852.
(7) Thierry Lang et Peter Schmidlin sur Blue Note : 4 CDs réalisés entre 2003
et 2006: «Reflexions Volume 1 » en trio, Blue Note 5949012
(2003). «Reflexions Volume 2 » en 5tet, Blue Note 5986932 (2004). «Reflexions Volume 3 » en trio, 4tet et 5tet, Blue Note 5711872 (2004). «Dedicated To You » avec 2 trios différents, Blue Note 3828772 (2006).
(8) « CoJazz Volume 1» TCB 89102 (commandez ce CD chez
Amazon.fr). Andy Scherrer au piano !, Eric Peter (basse), Peter Schmidlin. Il existe
3 autres albums avec ce trio mais d’autres bassistes remplacent le regretté Eric Peter.
(9)
Quincy Jones Big Band Live in Lausanne 1960, TCB 02012 (commandez cd CD chez
Amazon.fr ou
Amazon.de).

(10)
Peter Schmidlin a produit 4 CDs pour Lynne
Arriale Trio: «Live At Montreux Jazz Festival 1999» TCB 20252 (commandez
ce CD chez
Amazon.com,
Amazon.co.uk,
Amazon.de,
Amazon.fr.), «Inspiration» TCB 22102, «A Long Home Road» TCB 97952, « Melody» TCB 99552.

(11) Andy Scherrer 4tet : «Remember Mal Waldron» TCB 24202 (commandez
ce CD chez
Amazon.fr ou
Amazon.de). « Second Step » TCB 20352. Les 2 albums sont avec William Evans (p), Isla Eckinger (basse), Dré
Pallemaerts (bat).
(12) Phil Woods 5tet «Plays The Music Of Jim McNeely» 95042 (commandez ce CD
chez
Amazon.com) + Brian Lynch (tp), J.McNeely (p), Steve Gilmore (basse), Bill Goodwin
(bat).

(13)
Lionel Hampton Orchestra, Mustermesse Basel Live 1953 Volume 1 TCB 02172, Volume 2 TCB 02182
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