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West Coast Jazz
Une petite histoire du jazz de la Côte Ouest des Etats-Unis
Article de
“Beethoven” Jean-Michel Reisser du 1er juin 2008
“Echoes From The West”
Le cours de
l’histoire de l’humanité a bien souvent tenu à peu de chose, voire à un fil
ténu. Parfois certaines choses se sont réalisées, d’autres pas. Le comble reste
que la plupart du temps on ne peut vraiment pas expliquer le comment du
pourquoi.
En matière de musique, c’est peut-être encore moins palpable car il s’agit de
quelque chose d’abstrait, que l’on ne peut ni toucher, ni guider.
L’Homme a toujours voulu concevoir du réel, du concret. Il inventa alors les
mathématiques pour prouver que tout reste explicable et maitrisable. Mais, au
bout du compte, on peut affirmer que ce n’est pas vraiment le cas, loin s’en
faut … Et c’est tant mieux.
La musique de Jazz jouée en Californie, venant donc de l’ouest, n’échappe pas à
ce phénomène. Faisons un peu d’histoire si vous le voulez bien.
Dès 1918, Jelly Roll Morton joue déjà dans une maison close sur « Central
Avenue », située plutôt au nord ouest de L.A. Dès 1920, des musiciens tels que
Kid Ory et Freddie Keppard s’installent à Los Angeles où ils deviennent très
populaires. Un des clubs les plus fameux s’appelle alors l’ «Apex Club».
En 1941, Duke Ellington triomphe dans sa revue hollywoodienne nommée «Jump For
Joy», Count Basie, Jimmy Lunceford et Lionel Hampton, entre autres, y jouent une
fois par mois. Pendant la seconde guerre mondiale, la Californie connaît un boom
économique considérable. Le Jazz en bénéficie. Tous les musiciens en tournées
passent par cet état et y restent souvent pendant plusieurs semaines.
Un des premiers de la génération dite « Swing » à s’installer et cela dès 1943
porte le nom de Benny Carter, multi-instrumentistes, compositeur, arrangeur et
chef d’orchestre. Malgré sa couleur de peau, il est sollicité par les studios
qui cherchent des gens capables, comme lui, de tout -bien et vite- faire car les
productions de films vont plus que bon train. On doit contenter l’Amérique et le
reste du monde.
De 1921 à 1956, « Central Avenue » devient la plaque tournante de la musique
afro-américaine à L.A. Cela reste toutefois un milieu fermé, une sorte de
« parcage » des noirs que l’on ne désire pas voir ailleurs. Mais l’avenue
prospère, elle attire même le tout Hollywood la nuit, en cachette (des blancs
célèbres allant écouter des nègres reste très mal vu). Dès 1946, de jeunes lions
participent à la nouvelle vague du Jazz dit « Be-Bop » tels que les grands
ténors Teddy Edwards et Dexter Gordon, le trompettiste Howard McGhee,
l’arrangeur Gerald Wilson (déjà un habitué dès 1943), mais aussi Teddy Wilson,
Nat King Cole, l’altiste Sonny Criss etc. Il faut avouer que Charlie Parker,
Dizzy Gillespie et ses hommes mettent un grand coup de pied dans la fourmilière
en venant jouer au « Billy’s Berg » en 1946. « Central Avenue » est l’équivalent
de la 52ème rue à New York. Hollywood, l’industrie du cinéma, les politiques, la
police, tous sont racistes (même Nat Cole sera une victime retentissante de ce
système en 1948 puis encore en 1956). Voir les noirs évoluer avec succès dans
leur élément, leur musique, faire de l’argent et de plus, croiser sans arrêt des
couples mixtes dérange énormément dans les hautes sphères. Comme me
l’affirmèrent Benny Carter et Gerald Wilson : «on s’arrangea alors, petit à
petit, à «détruire» la réputation de cette avenue en faisant croire qu’elle
devenait, à causes des jeunes noirs, un lieu mal famé. Le Ku Klux Klan régnait
sur la ville. On y infiltra de la drogue, fit venir des gens dangereux, poussa
des musiciens fragiles dans la drogue afin de pouvoir fermer tous ces
établissements et à éradiquer «Central Avenue». Quelque temps plus tard, comme
par hasard, tous ces cabarets et clubs furent rachetés pour une bouché de pain
par des gens de la «High Society» … » Sans commentaire!
Pendant ce temps, les orchestres de Woody Herman et de Stan Kenton se
démarquent de tous les autres bands de l’époque par leurs arrangements
sophistiqués et par le présence de jeunes musiciens qui vont apporter tous les
ingrédients d’un nouveau son de musique.
Chez Woody, c’est sa section de saxes qui marque particulièrement les gens :
Zoot Sims, Stan Getz, Herbie Steward et Serge Chaloff. Officiellement, pour le
grand public, on les baptise «The Four Brothers». En réalité, les musiciens les
ont nommés «The Four Mothers… (f*ckers)»!
Les arrangeurs de base se nomment Neal Hefti, Jimmy Giuffre et Ralph Burns.
Chez Kenton, on peut y entendre Shorty Rogers, Bud Shank, Bob Cooper, Art
Pepper, Shelly Manne, Laurindo Almeida, Howard Rumsey, Stan Levey, Frank
Rosolino, Lee Konitz, Zoot Sims (tiens donc !), Bill Perkins et les principaux
arrangeurs Bill Russo, Bill Holman, Gerry Mulligan, Shorty Rogers, Jimmy Giuffre.
On sait que Stan Kenton a des problèmes récurrents d’alcool, qu’il est instable
à bien des égards. Il congédie souvent ses musiciens pour les rappeler quelques
semaines plus tard à l’autre bout des USA pour entamer une nouvelle tournée ou
autres enregistrements. Le même scénario se répète sans cesse. Voilà que tous
ces musiciens se retrouvent par hasard à L.A. à la fin d’une tournée, sans le
sou. Où trouver du boulot ? Pourquoi repartir de l’autre côté : il fait beau, il
y a la mer. Pourquoi ne pas lier l’utile à l’agréable?
Au même moment, 1949-1950, le bassiste Howard Rumsey, ex kentonien, ouvre le
club «The Lighthouse», nouveau rendez-vous de tous les jeunes musiciens de Jazz
de l’époque. Il se situe au sud de Los Angeles, sur Hermosa Beach, Pier Avenue.
Les habitués s’appellent Shelly Manne, Shorty Rogers, Bud Shank, Jimmy Giuffre,
Frank Rosolino, Conte Candoli, Maynard Ferguson, Claude Williamson, Stan Levey,
Bob Cooper pour ne citer que ceux-là. Howard décide de fonder un groupe
permanent, «The Lighthouse All Stars » et dont le personnel ne changera que
très peu pendant plusieurs années. Parfois, on y ajoute des invités de passage,
tels que Miles Davis, Chet Baker ou Max Roach. Le club fait sa réputation toute
seule car les gens viennent boire des verres sur la plage tout en écoutant de la
musique. Originale idée qui remporte de suite un immense succès. Un des premiers
albums phare de l’époque porte le titre de « Modern Sounds », Shorty Rogers and
His Giants (Capitol). Puis, étonnement, deux groupes venant du côté est et qui
passe par L.A. deviennent très influents musicalement : le Gerry Mulligan/Chet
Baker quartet (sans piano) et le Dave Brubeck quartet avec Paul Desmond. Pour la
petite histoire, Gerry traversa, en auto stop, toute l’Amérique pour se
retrouver dans cette ville, un peu par hasard.
N’oublions pas que des noirs participent aussi à cet essor incroyable. On peut
citer Benny Carter, Teddy Edwards, Gerald Wilson, Curtis Counce, Hampton Hawes,
Frank Butler, Buddy Collette, Chico Hamilton, Leroy Vinnegar, Harold Land, Max
Roach etc.
On donne le nom de «West Coast Jazz» à un son et un style qui, finalement,
restreint tout ce mouvement de musiciens. Ses meilleurs représentants viennent
pratiquement tous de la côte est ! De plus, bon nombre d’entre eux ont des
origines européennes. Au début des années cinquante, un son particulier se
détache certes car il provient toujours d’une même poignée de musiciens. Quand
Shelly Manne organise une séance, il demande à ses potes Rogers, Cooper,
Rosolino ou Giuffre à y participer. Quand Shorty Rogers réalise la sienne, il
appelle les mêmes. Donc, l’esprit et le son restent souvent presque les mêmes.
Tous se connaissent tellement bien depuis des années que d’enregistrer, faire
des arrangements et composer est très facile. Mieux encore, ils innovent avec
succès et maestria! Ils font école très rapidement.
Ils sont non seulement de super lecteurs mais également de grands solistes,
amoureux des mélodies, des beaux arrangements et connaissent l’histoire de cette
musique sur le bout des doigts. Leurs idoles musicales se nomment Count
Basie/Lester Young, Charlie Parker/ Dizzy Gillespie et Ravel/Debussy.
Ils innovent en mariant des sons alors jamais entendus en Jazz tels que le
hautbois/flûte (Bud Shank/Bob Cooper), les duos de batterie/piano (Shelly
Manne/Russ Freeman, musique dite « Free » avant la lettre), les duos
guitare/alto-flûte (Laurindo Almeida/Bud Shank) ou alors le quintet avec
baryton, accordéon, flügelhorn, guitare, contrebasse et batterie (Jimmy Giuffre/Pete
Jolly/Shorty Rogers/Howard Roberts/Curtis Counce/Shelly Manne). Dans les big
bands, on y ajoute des tubas, des French Horns, des trombones-basse etc. De
nouveaux mariages musicaux très réussis, même s’ils semblent malheureusement
aujourd’hui bien oubliés. On doit l’avouer: à l’aube du troisième millénaire,
nous vivons une époque des plus conventionnelles en matière de nouveautés et
d’originalités qualitatives artistiques …
Les producteurs de films, de séries et shows TV, dès le milieu des années
cinquante, se rendent compte de toute cette magnifique pépinière de grands
talents. Ces musiciens deviennent alors les piliers des studios
d’enregistrements à Hollywood pendant plusieurs décennies. Un des premiers
arrangeurs et compositeurs à faire appel à eux porte le nom d’Henri Mancini.
S’il n’est pas réellement un pur Jazzman, il vient tout de même de cette
musique. C'est lui qui encourage de grands arrangeurs de Jazz tels que Quincy
Jones, Lalo Schifrin, Oliver Nelson, JJ Johnson, mais aussi Michel Legrand, à
venir s’installer dans cette ville.
De plus, leur paye est multipliée par deux ou trois par rapport à leurs
confrères de New York, ce qui leur vaut un mépris total de ces derniers et
d’une bonne partie de la critique (on peut aisément les comprendre). La jalousie
reste un vilain défaut! Certains d’entre eux tels que Stan Levey, Freddie
Hubbard, JJ Johnson, Blue Mitchell, Kenny Burrell ou Herbie Hancock, considérés
alors comme des purs et durs de la « Big Apple » partent pour L.A. mais ne
retourneront jamais dans la prétendue capitale du Jazz, New York.
Ce très court et bref historique pour vous parler de quatre magnifiques DVDS qui
viennent de paraître, tous en relation direct avec L.A et ce Jazz bien
particulier.
«Jazz On The West Coast : The Lighthouse» Roseking Production
Comme le dit notre producteur, l’histoire du Jazz reste étrange à bien des
égards (relire mon introduction). Quand on parle du Jazz et des fameux clubs
aux USA, on pense immédiatement à New York, au «Birdland», à l’ «Onyx», au
«Village Vanguard» et à tous les autres. Par contre, on ne parle quasi jamais de
la côte ouest et donc pas du fameux «Lighthouse Cafe». Le producteur de films
Ken Koenig (aucun lien avec le légendaire producteur du label «Contemporary
Records») rend enfin «à César ce qui revient…» en produisant ce DVD de 78
minutes réalisé en 2006. Il s’agit d’un documentaire où le personnage central
s’appelle Howard Rumsey, encore fringuant jeune homme de 84 ans au moment du
tournage. Il nous parle avec passion de son histoire, celle du bassiste de chez
Stan Kenton, débarquant à Los Angeles. Après quelques visites et rencontres, une
idée lui vient en tête : trouver un endroit pour au moins répéter avec des
musiciens de Jazz. Il arrive à Hermosa Beach et trouve ce café très attractif.
Il rencontre alors le patron des lieux qui ne connaît rien au Jazz, John Levine.
Ce dernier fait confiance à notre jeune homme enthousiaste. Howard lui propose
d’organiser des jam sessions tous les dimanches après-midis, idée complètement
folle et surréaliste pour l’époque, surtout à L.A. où les gens vont à la plage
tous les dimanches et ne font rien d’autre. C’est le succès immédiat. Les
concerts se prolongent le dimanche soir, puis d’autres ont lieu les samedis,
puis les vendredis. Howard décide de fonder un groupe régulier, «The Lighthouse
All Stars». Epoque héroïque et très riche. Il nous raconte cette histoire qui
reste en partie la sienne et qui est importante pour le développement de cette
musique. Ce documentaire est agrémenté de témoignages de Bud Shank, Bill Holman,
Milt Bernhard, Stan Levey, William Claxton, Max Bennett; tous nous contant
quelques belles anecdotes. De nombreuses photos apparaissent, ainsi que quelques
courts clips vidéo d’époque. Malgré toutes les recherches entreprises, on ne
trouve quasi pas d’archives filmées du club. Il faut donc se contenter -mais
c’est déjà incroyable- uniquement des témoignages de nos survivants de cette
époque glorieuse. Ce film nous montre cette passion et la conviction des
musiciens. De plus, la manière dont ces derniers sont filmés et interviewés nous
fait croire que nous sommes le journaliste et qu’ils s’adressent directement à
nous. Un seul hic : même si leur langage est clair, basique et très distinct,
il n’y a aucun sous-titre, en aucune langue. Dommage. Une discographie complète
fort bien venue nous est également proposée. PASSIONNANT!
Benny Carter : «Symphony in Riffs» Rhapsody Films
Réédition et «remasterisation» en DVD du même film paru en VHS en 1989. Ce
documentaire reçu le prix du meilleur film musical paru cette année-là. Je pense
sincèrement qu’il restera un des plus beaux. Filmé avec tact et goût, on est
avec « The King » à chaque instant du DVD. On le suit en tournée, en club à New
York avec le pianiste James Williams, au Japon, en studio, avec certains de ses
confrères, on remonte le temps pour vivre son histoire qui débute dans le Bronx
en 1907! Puis on avance dans les années vingt à Harlem, avec son séjour en
Europe, son retour chez lui aux USA, sa venue à Hollywood, ses musiques, sa
conception de la vie, de la société etc. Bref, en une heure, on apprend presque
tout de ce fabuleux musicien. Une fois de plus, ce film est réalisé avec amour
et respect, ne trahissant jamais l’artiste, ni son œuvre musicale, ni les autres
musiciens invités. L’émotion reste vive quand qu’il revient à l’ «Apollo
Theater», presque soixante ans après ses débuts sur cette même scène, retrouve
un des plus anciens responsables de cette mythique salle, également toujours en
activité. Ils nous racontent comment les choses se passaient, les changements
notoires, les programmations etc. Un moment fort également se situe sur le «Norway»
où, autour d’une table, une conversation des plus passionnantes se réalise entre
Benny et Dizzy Gillespie, parlant des années trente et de cette incroyable
époque. Fantastique! On l’entend aussi jouer, chanter! en duo avec Clark Terry;
on le surprend en train de composer chez lui, à Bervely Hills etc.
Ce qui me séduit le plus, c’est le rythme de ce film. En effet, son auteur,
Harrison Eagle, a su, avec bonheur, donner ce même allant au film que dans toute
la musique de notre légende du Jazz. C’est très rare pour le souligner en gras.
Pour terminer ce voyage de plus neuf décennies, le producteur et ami Ed Berger
eut l’idée de parcourir la vie du musicien avec des photos marquantes, beaucoup
d’entres elles inconnues jusqu'ici. Dix minutes.de bonheur. Super cerise sur le
gâteau : le fond sonore des dernières minutes n’est autre que le Maître lui même
enregistré sur son piano, à la maison, en 2001. Ces documents sont totalement
inédits et très émouvants. Toujours même hic: pas de traduction, tout est en
anglais mais facile à comprendre. INDISPENSABLE!
Stan Levey «The Original Original» StanArt
Productions
Le titre de ce documentaire, capital dans l’histoire du Jazz moderne, est le
surnom que Dizzy Gillespie donna au tout jeune batteur Stan Levey en 1942. Dizzy
en resta sans voix lorsqu’il entendit ce gamin de 16 ans jouer des figures
rythmiques inédites et qui deviendront, trois ans plus tard, celles du «Be-Bop».
Pas de doute, Stan est un des tout premiers créateurs de cette musique. Il faut
attendre plus de soixante ans pour (enfin!) rétablir la vérité et le mettre au
panthéon des inventeurs de cette musique. Produit par Stan lui-même, on y
apprend tout non seulement sur ce géant (au propre comme au figuré) mais aussi
du Jazz depuis le début des années quarante à New York (même si Stan reste
classé musicien de la «West Coast», il vient bien de l’est, Philadelphie, et fut
un des piliers de la 52ème rue à New York). Se trouvant à L.A. que pour quelques
heures seulement, il reçoit un téléphone de Max Roach lui demandant de le
remplacer au sein du «Lighthouse All Stars». Stan s’établit alors à L.A.!
Il nous parle de tous les musiciens qu’il a connus, raconte de très nombreuses
anecdotes les concernant, pas toujours très drôles d’ailleurs ni gentilles mais
«c’est la réalité» dit-il. Il fut plus que bien placé pour en parler car il joua
avec tout le monde! Très à l’aise devant la caméra et parlant un anglais de
manière très audible et facile à comprendre, on est littéralement captivé par ce
qu’il nous raconte. Quelques clips viennent agrémenter ce DVD ainsi que des
témoignages de Miles Davis, Hank Jones, Dizzy Gillespie, Lalo Schifrin, Bill
Holman, Bud Shank, Howard Rumsey et Quincy Jones. Passionné de boxe, tout comme
Miles Davis à la même époque, il failli tout arrêter pour se consacrer à ce
sport.
La vie a fait que toutes ses mémoires soient à jamais gravées sur support sonore
et vidéo «in extremis». En effet, Stan disparaissait quelques mois seulement
après ces enregistrements. Il n’a pas vu son DVD terminé. Une vie intemporelle
et exceptionnelle dans la musique, la photographie et la boxe. Une fois de plus,
on regrette l’absence de traduction mais les amateurs parlant l’anglais basique
comprendront sans problèmes ce que nous conte le fabuleux Stan Levey et ses
amis. CAPITAL!
Bud Shank «Against The Tide» JazzedMedia JM 9003
Le grand altiste n’a jamais été aussi actif que ces temps. Plusieurs CDS
paraissent en peu de temps dont ce coffret où figurent un DVD et un CD.
Le CD nous offre le tout dernier Shank en studio en 2007 avec une super
rythmique : Mike Wofford au piano, Bob Magnusson à la basse et Pat LaBarbera à
la batterie, plus un titre en duo avec le pianiste Bill Mays , un autre avec le
Bill Holman Big Band en 2005, un avec Duke Ellington en 1965! et un dernier
avec le « Lighthouse All Stars » de 1956! Inutile d’en rajouter: tout est top!
Dans ce DVD de cent quinze minutes, Bud nous raconte sa vie, celle du musicien
certes mais aussi de la société de toutes les époques qu’il traversa, avec
souvent beaucoup d’humour mais aussi avec du recul, en disant ce qu’il pense du
« show Biz » : de la musique, des musiciens et des producteurs avec lesquels il
joua et qu'il côtoya. Comme son ami Stan Levey, on ne peut pas dire qu’il y ait
pléthore d’images d’archives. L’Amérique reste lamentable dans le domaine. Il
existe, chez nous en Europe, beaucoup d’archives en la matière (pour preuves:
les DVDs « Jazz Icons » sont tous issus de concerts européens!).
Intéressant de savoir qu’il débute sa carrière avec la clarinette, puis le
ténor, que c’est presque par accident qu’il se met à l’alto, pour remplacer un
de ses collègues. Il se rend compte alors que c’est avec ce dernier qu’il se
sent le plus à l’aise et décide de le garder. A quoi la destinée tient parfois…
Les amateurs apprennent qu’il est l’un des trois ou quatre musiciens ayant
inspiré Tom Jobim dans l’élaboration de la «Bossa Nova», et ce dès 1953,
c’est-à-dire neuf ans avant que cette musique réellement éclate au grand jour
avec Joao Gilberto/Stan Getz/Charlie Byrd (1962). Bud emboîte le pas et
enregistre quelques très beaux albums mais peu connus. Il nous parle aussi de
son travail dans les studios d’enregistrements, de ses frustrations et décide de
revenir au Jazz au milieu des années septante avec le fameux groupe «The L.A.
4». Ce qui est également très étonnant, c’est sa relation avec la flûte,
instrument mal aimé du public, qu’il abandonne en 1985 mais avec lequel il
reste, pour beaucoup, un des plus grands. Il nous affirme que ce n’est pas un
instrument fait pour jouer du Jazz, lui qui s’est battu pendant plus de trente
ans justement pour la faire accepter. On peut le voir et l’entendre en studio en
mai 2007 enregistrant son nouveau CD. Bud Shank, une des toutes grandes figures
du Jazz et de la Bossa Nova. Comme pour les autres films chroniqués, il n’existe
aucune traduction. C’est fort dommage car l’anglais est parfois un peu
difficile à comprendre. Mais ce magnifique DVD nous fait (re)découvrir cette
légende vivante voyageant avec maestria sur six décennies!
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Bud Shank: Against the Tide. Jazzed Media, avril 2008. Commandez ce DVD chez
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Jazz on the West Coast: The Lighthouse. RoseKing productions,
septembre 2006. Commandez ce DVD chez
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Stan Levey: The Original Original. StanArt Productions, décembre
2004. Commandez ce DVD chez
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Benny Carter: Symphony in Riffs. Rhapsody Productions.
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