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Président Medvedev
L'homme de Vladimir Poutine
Article du 3 mars 2008
Les électeurs russes ont largement confirmé le
choix du président actuel Vladimir Poutine: Dmitri Medvedev sera son successeur. Le favori de Poutine (cf. l'article
Russia's authoritarian regime de janvier 2006) n'a pas
eu de concurrent sérieux. Le contraste avec les élections américaines ne
pourrait être plus grand.
Selon la commission électorale, avec une participation de 69,7% des électeurs et
après le dépouillement de 99,45% des bulletins, le futur président Medvedev a
remporté 70,2% des voix. Le candidat du parti communiste, Guennadi Ziouganov,
n'a gagné que 17,8% des électeurs. L'ultranationaliste Vladimir Jirinovski a
récolté 9,4%. Le candidat pro-européen Andreï Bogdanov n'a fini qu'avec 1, 3%
des voix.
Même si l'on considère que les élections ont été loin d'être
“justes” et
“libres”, Dmitri Medvedev a clairement été le choix du peuple russe. Ce qui nous
amène à deux questions: est-ce que les Russes sont dupes et pourquoi est-ce que
Poutine et ses proches ont-ils tenté de manipuler une élection dont ils pouvaient
être certains de l'emporter?
Les Russes sont toujours imprégnés par le système communiste ainsi que par le manque d'une tradition démocratique
de longue durée. A côté de “l'homo sovieticus”, c'est même l'héritage des Tsars
qui nous salue
encore.
Poutine et son cercle de siloviki semblent vouloir tout contrôler et
manipuler. Le futur premier ministre démontre sa déformation professionnelle de
tchékiste. Il a le KGB et le FSB dans ses gènes.
Selon certains observateurs, Andreï Bogdanov (*1970), le chef du Parti démocratique
de Russie, est un homme choisi par le Kremlin pour donner les apparences de la
possibilité d'un vote libéral lors des élections présidentielles. C'est un
mystère de savoir comment cet homme peu connu a pu récolter les deux millions de
signatures nécessaires selon la loi électorale pour se présenter à l'élection
présidentielle. Le soupçon est qu'il a été
“aidé” par le pouvoir en place car il n'avait remporté que 0,13% ou 90,000 des
voix lors des
élections législatives de fin 2007.
L'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov et l'ancien premier ministre
Mikhaïl Kassianov ne pouvaient pas compter sur la même clémence du Kremlin.
Vladimir Poutine “respecte” la constitution russe en quittant le poste de
président après deux mandats, pour resurgir en tant que premier ministre sous le
président Medvedev. Poutine compte peser sur le système dans sa nouvelle
fonction. Il reste à savoir comment les deux hommes forts de la Russie s'arrangeront.
Au bout de quelques années, l'homme de Poutine pourrait s'émanciper.
Dmitri Medvedev (*1965) n'est pas un siloviki. Il n'est pas issu des services secrets
ou du secteur militaire. Il a étudié le droit à Leningrad. De 1990 à 1999, il a
enseigné le droit à l''Université d'Etat de Saint-Petersbourg. Parallèlement, de
1990 à 1995, il a été un conseiller du Président du Conseil municipal de sa
ville natale, Anatoli Sobtchak. En 1993, il était un des fondateurs du géant
forestier russe “Fincell”. En 1998, il entre au conseil de direction du combinat
forestier “Bratsk”, contrôlé par Fincell. L'année suivante, il devient directeur
adjoint de l'administration présidentielle, puis premier directeur adjoint en
2000 et chef de l'administration du Kremlin en 2003. Depuis novembre 2005, il
est vice-Premier ministre. En décembre 2007, Poutine l'a présenté comme son
candidat à l'élection présidentielle 2008, soutenu par quatre partis: Russie
unie, Russie juste, le Parti agraire et Force civile, les partis de la coalition
gouvernementale actuelle.
Président Vladimir Poutine a profité de la flambée des prix dans le secteur de
l'énergie pour stabiliser la Russie, mais il n'a pas renforcé l'Etat de droit.
Il a renforcé le contrôle de l'Etat sur les mass-médias et il a partiellement
renationalisé le secteur de l'énergie. La justice n'est pas indépendante, la
corruption est omniprésente, et les hommes russes meurent en moyenne toujours à
l'âge de 55 ans, un chiffre digne d'un Etat du tiers-monde.
Président Medvedev promet de se battre pour l'Etat de droit. Poutine avait dit
la même chose, puis il a détruit Yukos et installé son favori Medvedev comme
nouveau patron du géant énergétique Gazprom. Mais nous sommes toujours prêts à
nous laisser surprendre. La Russie n'est ni une dictature de type soviétique ni
une démocratie, mais un Etat autoritaire avec une économie de marché et une
démocratie très imparfaits, pour utiliser un euphémisme.
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