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L'Iran après l'élection présidentielle de 2009
Le régime réprime les manifestants et toute contestation du vote

Article du 1er juillet 2009

“L'élection” présidentielle du 12 juin 2009 en Iran n'a ressemblé que de loin à un exercice démocratique. Le régime avait présélectionné quatre candidats. Lorsque, contre toute attente, le peuple s'y intéressa de près - la participation électorale atteignit officiellement autour de 85%, représentant plus de 39 millions d'électeurs - et que le candidat favorisé par les factions du régime, qui détiennent actuellement le pouvoir, notamment le Guide suprême Khamenei et le Président Ahmedinejad, sembla en danger de ne pas être réélu, ces factions n'ont pas hésité à recourir à la fraude massive, puis à la répression.

Les résultats officiels de l'élection présidentielle de 2009 désignent le président actuel Mahmoud Ahmedinejad vainqueur indiscutable avec 62,6% des voix, devançant son seul rival sérieux, l'ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi avec 33,7% des voix, avec une marge qui semblait indiscutable aux yeux du régime. Les deux autres candidats, l'ancien chef des Gardiens de la Révolution islamique et secrétaire général du Conseil de discernement Mohsen Rezaï avec 1,7% et le “réformateur”, l'ancien porte-parole du Parlement iranien, fondateur et président démissionaire de la Société des clercs militants Mehdi Karoubi (qui avait obtenu 17,2% en 2005) avec moins de 0,9% des voix étaient des quantités négligeables, si l'on croit les chiffres officiels.

Et là réside tout le problème. Ces chiffres ne sont pas crédibles. De multiples sondages avant l'élection ainsi que des informations au sujet d'une fraude massive laissent supposer que cette élection fut plus contestée, voire même décidée au fil du rasoir ou tout simplement volée. Le manque de transparence, l'absence d'une véritable opposition et d'une presse libre - le procureur général a interdit la publication de journaux réformateurs et de nombreux journalistes et critiques du régime ont fini derrière les barreaux - laissent libre cours à toutes sortes de rumeurs et d'accusations invérifiables. Seule une nouvelle élection sous surveillance internationale pourrait clarifiée la situation. Un tel scénario est évidemment exclu par le régime actuel.

L'Iran est une société relativement développée avec une population éduquée. On n'y peut se moquer des électeurs à long terme. L'insatisfaction à l'égard du régime est répandue. Elle tient moins au Président Ahmedinejad et à sa rhétorique anti-occidentale, belliqueuse et antisémite, qu'au désastre économique en Iran qui connait une inflation gallopante (autour de 30%) et un taux de chômage élevé (officiellement de 10%, en réalité estimé autour de 20%). Avec un présent aussi triste et un futur qui semble compromis, il n'est pas étonnant que notamment les étudiants se soient révoltés dans un pays pétrolier dans lequel la moitié de la population vit dans la pauvreté.

Le régime islamiste s'est probablement souvenu de la fin de l'Union soviétique sous Gorbatchev ainsi que de la réaction toute autre en Chine avec les événements sur la place Tian'anmen. Les factions du régime qui dominent actuellement ont choisi la répression à la chinoise. Officiellement, on compte actuellement une bonne vingtaine de morts, y inclus Neda Agha-Soltan, dont la mort captée par une vidéo amateur puis diffusée dans le monde entier à travers internet et la télévision a suscité une vague d'indignation internationale. Etant donné que le régime a tout fait pour contrôler l'information et les images, le chiffre réél des morts, victimes de la vague de répression, pourrait être nettement plus élevé.



La presse n'est plus libre, les téléphones portables et l'internet sont parfois coupés, toute manifestation est interdite, donc les rumeurs courent et personne ne sait avec certitude ce qui se passe actuellement en Iran.

L'élection truquée n'offrait qu'un choix entre différentes factions et représentants du régime islamiste. Mir Hossein Moussavi est un ancien premier ministre qui est considéré comme intègre et non-corrompue, donc une exception. Mais il a été à la tête d'un régime répressif qui a emprisonné des dizaines de milliers de personnes, torturé et tué de nombreux opposants pendant la guerre contre l'Irak de Saddam Hussein, à l'époque encore soutenu par l'Occident, notamment les Etats-Unis.

La véritable opposition en Iran n'a pas de voix. Selon l'écrivain et publiciste iranien Bahman Nirumand qui vit en exil en Allemagne, ni Mir Hossein Moussavi ni l'ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsandjani forment la vraie opposition qui, elle, n'a pas de voix en Iran. Elle est interdite et donc non-organisée. Des “réformateurs” tels que Moshen Mirdamadi du Front de participation islamique de l'Iran ont été emprisonnés. Pratiquement tous les dirigeants oppositionnels sont en prison ou à l'étranger.

Bahman Nirumand dit à juste titre dans un entretien que le terme “République islamiste” est une contradiction en soi. Soit on suit le Coran à la lettre dans une théocratie, soit on est une République qui organise des élections libres, qui a toutes les institutions d'une démocratie, qui est un Etat de droit qui respecte toutes les libertés de ses citoyens, la liberté de réunion, de presse, des droits de l'homme et ainsi de suite.

Les “réformateurs” au sein du régime ne sont pas tous populaires: Ainsi l'homme fort dans le camp de Moussavi est Ali Akbar Hachemi Rafsandjani. Il fut un soutien clef de l'ayatollah Khomeiny lors de la révolution islamiste, puis fut président de l'Iran de 1989 à 1997. Ce multimilliardaire est considéré l'homme le plus riche de l'Iran. En plus, contrairement au Leader suprême Khamenei qui n'a pas toutes les qualifications religieuses aux yeux de beaucoup de chefs du clergé, Rafsandjani est très écouté dans les cercles religieux. Arrivé le premier au premier tour, Rafsandjani a été battu par Mahmoud Ahmedinejad au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2005. Le conflit actuel semble donc avant tout à l'origine avoir été un conflit interne aux Islamistes. Mais Rafsandjani, le président du Conseil de discernement, n'a pas essayé ou dans tous les cas pas réussi à faire invalider l'élection de 2009, encore moins à destituer le Guide suprême Khamenei.

Le président Obama s'est retenu au début d'émettre des critiques trop importantes, bien qu'il aurait pu immédiatement et de manière générale, sans prendre position pour un candidat ou l'autre, faire remarquer que des élections libres sont à la base de la réputation de tout régime véritablement démocratique. Ahmadinejad et les siens ont joué la carte de l'ingérence de l'étranger dans les affaires iraniennes, ce qui raisonne bien avec une bonne partie du public étant donné que notamment les Britanniques et les Américains ont effectivement salis leurs mains en Iran dans le passé, mais évidemment pas en 2009. Notamment la jeunesse critique a bien compris que le régime ne cherche qu'un bouc émissaire, comme tous les régimes totalitaires le font régulièrement.

Avec ses actions, le régime actuel en Iran s'est définitivement discrédité non seulement au niveau international, mais surtout également dans une bonne partie de la population iranienne. Ce qui a commencé comme une critique du résultat des élections s'est transformé en contestation du régime. Khamenei et Ahmedinejad se sont imposés pour le moment. A long terme, la répression pourrait bien s'avérer une victoire à la Pyrrhus. Mais le chemin vers des réformes véritables semble bien long.
 
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