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La
chancelière Angela
Merkel
La première chancelière allemande
Article du 13 octobre 2005
[Le 22 novembre 2005: Aujourd'hui
Angela Merkel a été élue Chancelière, avec 397 voix sur les 611 validées. 202
parlementaires ont voté contre elle, 12 se sont abstenus, 1 vote a été déclaré
nul. Etant donné que la Grande Coalition contrôle 448 voix (226 CDU/CSU, 222
SPD), cela signifie que probablement 51 membres de cette coalition ont refusé de
donner leur voix à la Chancelière].
Dans les pays démocratiques, les
électeurs sont à long terme responsables de leurs dirigeants. Le 18
septembre 2005, les Allemands n'ont pas clairement voté pour un changement.
Sept années de chaos rouge-vert n'ont pas suffi. Est-ce que l'Allemagne va
toujours trop bien pour que ses citoyens réalisent enfin que des réformes
sérieuses sont inévitables? En tout cas, l'opposition formée des Unions
démocrates-chrétiennes (CDU-CSU) et des Libéraux (FDP) n'a pas eu de
majorité significative. Après un temps de discussion, les deux grands partis
du paysage politique allemand se sont mis d'accord les 9 et 10 octobre 2005
pour former une grande coalition sous l'égide d'Angela Merkel, la première
chancelière dans l'histoire de l'Allemagne. Sous deux réserves: les négociations
pour une grande coalition doivent encore définitivement aboutir et, ensuite, le
Bundestag, la chambre basse du parlement, doit approuver le nouveau
gouvernement.
Ce résultat n'était pas évident. Etant donné l'objectif de gagner une
majorité absolue ensemble avec les Libéraux par les urnes, le maigre
résultat de 35,2% des suffrages équivaut à une défaite pour la CDU/CSU. En
plus, c'est une gifle personnelle pour Merkel. La femme sérieuse mais terne
n'a pas convaincu les électeurs qui préfèrent toujours Schröder. The
Economist avait beau posé une semaine avant les élections de 1998 la
question rhétorique et toujours pertinente suivante: Achèteriez-vous une voiture
d'occasion à cet homme? (La réponse étant évidemment que non). Mais les
électeurs en décidèrent autrement, et depuis, ils n'ont toujours rien appris.
En effet, seulement 20% des femmes sur le territoire de ce qui fut la RDA
ont voté pour Merkel lors des élections du mois passé. En plus, dans les
sondages sur l'ensemble de l'Allemagne, les électeurs ont toujours exprimé
un avantage clair et net à Schröder sur Merkel en ce qui concerne le poste
de chancelier. Pour évincer un rival potentiel, Friedrich Merz, Merkel a
juste avant les élections été chercher le professeur Paul Kirchhof de
Heidelberg comme spécialiste des finances pour son équipe gouvernementale.
Kirchhof préconise un modèle flat tax, soit un taux d'imposition
unique. Il fut un peu maladroit durant la campagne électorale, car il savait
très bien que l'Union CDU-CSU avait adopté un modèle avec trois taux
d'imposition dans son programme électoral. Schröder, en habile démagogue,
comme d'habitude, a su en profiter pour peindre un futur noir pour le modèle
de l'Etat social allemand sous un gouvernement démocrate-chrétien. En plus,
l'unique débat télévisé entre les deux candidats pour le poste de chancelier
a été dominé parle thème de Kirchhof et de sa flat tax, un faux-pas
inexcusable des journalistes. Le parti qui est sorti des élections générales
avec un avantage de quatre sièges a su toutefois imposer sa candidate,
Angela Merkel, comme chancelière. Le prix en est lourd: huit ministères pour
le SPD dans la nouvelle grande coalition.
Qui est donc Angela Merkel, cette femme qui hérite d'une dette de l'Etat
colossale et d'un taux de chômage qui atteint 11.5% en juillet 2005? Pour la
plupart des Allemands et des observateurs étrangers, elle est restée une
énigme. Gerd Langguth, professeur de science politique à l'université de
Bonn a essayé de clarifier la question. Ce membre de la CDU est un initié,
car il fut longtemps député et membre du comité de direction du parti. Il
connaît Angela Merkel depuis l'époque où elle fut le second porte-parole du
dernier gouvernement (réformateur) de la RDA sous Lothar de Maizière, qui
négociait la réunification.
Le plus surprenant de cette biographie est que cet initié a su garder une
distance critique envers son chef de parti. Le résultat est le portrait
politique le plus pertinent d'Angela Merkel jusqu'à aujourd'hui. En plus,
Langguth nous décrit les rouages de la CDU.
La distance critique se manifeste notamment dans les pages dédiées aux
événements qui ont amené les chutes des protecteurs de Merkel, de Maizière
et Krause, dont elle a profité. Plus tard, elle a évincé Kohl, Schäuble,
Stoiber et Merz. Qui est donc cette femme au sang froid?
Angela Dorothea Kasner est né le 17 juillet 1954 à Hambourg. Elle est la
fille d'un pasteur protestant qui se transféra en RDA peu après sa
naissance. Tandis que la grande migration a lieu d'est en ouest de
l'Allemagne, la famille Kasner emprunte le chemin inverse, car le père veut
aider à combler le manque de pasteurs en RDA. Depuis 1952/53, l'Etat
athéiste a brutalement attaqué les oeuvres pour la jeunesse des deux églises
chrétiennes. Le jeune père accepte donc volontairement de fortes privatisations
pour sa famille.
Angela fut une écolière brillante, qui garda une certaine distance envers
le régime, sans pour autant le critiquer publiquement ou joindre les
dissidents. Après ses études de physique, elle travailla pendant une
douzaine d'années discrètement dans l'Institut der physikalische Chemie
der Akademie der Wissenschaften à Berlin-Est, sans jamais s'immiscer
dans la politique. Seulement après la chute du mur de Berlin en 1989, elle
décida de devenir active dans le parti Demokratischer Aufbruch, qui
joignait peu après la CDU. Second porte-parole dans le dernier gouvernement
de la RDA, Angela Merkel se fit remarquer par Helmut Kohl, sous lequel elle
fit une carrière rapide de ministre.
Dans la première biographie qui va au-delà de la simple lecture des
journaux en ce qui concerne la carrière politique de Merkel, Langguth
explique que la future chancelière, contrairement à Kohl, utilise la presse non
pas comme véhicule, mais comme allié. Selon le professeur, elle cherche
délibérément la proximité des journalistes pour se faire des amis et les gagner
à sa cause. Sa montée au pouvoir s'effectue non pas contre la presse comme Kohl,
mais avec le soutien de celle-ci. Cependant, elle sait fort bien qui prend des
positions critiques envers elle, mais sait entretenir des relations aimables
avec tout le monde, tandis que Kohl était attaché à une vision manichéenne faite
d'amis et d'ennemis.
Pourtant, de Helmut Kohl, elle a appris la volonté absolue du pouvoir.
Pendant que le reste du parti hésitait encore, elle lançait un article de
journal en 1999 pour se séparer de son ancien mentor, éliminant ainsi en
même temps, mais à moyen terme, son rival Schäuble, également impliqué dans
l'affaire des caisses noires du parti. Comme Kohl, dans toutes ses nouvelles
fonctions, elle a su gagner du respect en employant la manière forte et, si
nécessaire, en ignorant les instances du parti. Avec l'ancien chancelier,
elle partage en outre une méfiance extrême. Par contre, elle se distingue de
Kohl en ce qui concerne son style. L'ancien chancelier parlait de manière
"nébuleuse et imagée", tandis que la physicienne a coutume d'employer un
langage clair et net. Par contre, du temps vécu en RDA, elle a appris les
manoeuvres de diversion et de camouflage, explique Langguth.
Pendant longtemps, Angela Merkel a été perçue comme un franc-tireur sans
troupes d'appui dans la fraction parlementaire. Cet état de fait a changé.
Langguth décrit le réseau d'appui de la future chancelière sur de nombreuses
pages. Pour entretenir ses contacts, elle utilise le téléphone et les texto.
Dans le "système Merkel" figurent notamment les noms de Norbert Röttgen,
Peter Altmaier, Eckart von Klaeden, Ronald Pofalla, Peter Hintze, Wolfgang
Bosbach, Friedbert Pflüger, Volker Kauder, Ursula von der Leyen, Annete
Schavan, Hildegard Müller, Reinhard Göhner, Tanja Gönner, Katherina Reiche,
Annette Widmann-Mauz, Beate Baumann, Eva Christiansen et bien d'autres
encore.
Gerd Langguth résume son avis sur Angela Merkel en dix thèses:
Premièrement, elle posséderait la volonté absolue du pouvoir. Deuxièmement,
la généraliste et physicienne n'aurait pas d'a priori historique et ne
serait pas idéologiquement fixée. Langguth critique cette attitude
pragmatique qui la fait sous-estimer les expériences et attitudes transmises
échappant à la pensée rationnelle. Troisièmement, elle serait imprégnée par
la rigueur et la prétention de l'absolue de son père. Sa vie d'aujourd'hui
serait une émancipation politique de son père, profondément impliqué dans le
régime de la RDA. Quatrièmement, ses expériences en RDA l'auraient amenée à
être incapable de communiquer et de faire des connections émotionnelles.
Très tôt en RDA, elle aurait appris à séparer le monde officieux avec la
loyauté envers l'Etat et le monde de la pensée privée. Cinquièmement, les
convictions de Merkel seraient des contre-projets nés de l'expérience du
socialisme réellement existant et de son économie du manque ainsi que d'une
vie quotidienne idéologiquement surchargée aux allures de
marxisme-léninisme. La future chancelière penserait en termes de liberté
individuelle et de responsabilité, d'où son image positive des Etats-Unis.
Merkel ne serait pas ancrée dans le capitalisme rhénan avec son
élargissement de l'Etat providence. Elle serait au contraire convaincue que
seule une Allemagne profondément réformée pourrait survivre. Langguth
critique le fait que, dans ses projets de réformes, notamment dans la
politique de santé, elle se serait trop fixée dans le détail pour donner une
orientation claire. Ainsi elle aurait ouvert son flanc à ses adversaires.
Kohl aurait chargé des individus et des commissions pour élaborer les
détails, pour ne décider qu'à la fin, lorsque les majorités sont clairement
établies. Langguth oublie cependant, que c'est ce procédé qui est
partiellement responsable du manque de réformes en Allemagne, avec des
compromis qui ne font de mal à personne mais n'avancent à rien. Sixièmement,
Merkel serait sceptique en ce qui concerne la réglementation de la société.
Sa devise pourrait être: "En cas de doute, pour la liberté." Avec cette
position, elle serait souvent dans la minorité dans son propre parti sur des
questions de politique sociale. Septièmement, à côté des calculs
d'acquisition et de maintien du pouvoir inné à chaque homme politique, sa
mobilisation politique serait plutôt le résultat de raisonnements rationnels
que de convictions traditionnelles de la CDU. Huitièmement, sa perception
des femmes en politique serait impitoyable et marquée de réserve envers le
sexe faible. L'image du rôle de la femme pour Merkel, forgée en RDA,
l'aurait éloignée des femmes politiques d'Allemagne de l'Ouest. Dans ce
sens, on peut souligner le fait mentionné plus haut, à savoir que Merkel
n'aurait gagné que 20% du vote féminin sur le territoire de ce qui fut la
RDA. Neuvièmement, Merkel représenterait comme aucun homme politique avant
elle l'histoire de l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est. Dixièmement, elle
pourrait devenir la première chancelière allemande. Le 10 octobre 2005, SPD
et CDU-CSU ont confirmé ce dernier point. Il faut uniquement que les
négociations de coalition aboutissent et que le Bundestag élise par la suite
Merkel comme première chancelière dans l'histoire de l'Allemagne.
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Gerd Langguth: Angela Merkel.
Dtv, 2005, 399 S. Commandez ce livre chez
Amazon.de. C'est la meilleure biographie pour l'instant, écrite par un
homme de l'intérieur de la CDU. Gerd Langguth n'est pas seulement membre du
Parti démocrate-chrétien, mais il fut aussi longtemps un membre du cercle
dirigeant du parti conservateur. Il connaît Angela Merkel depuis l'époque où
elle fut le second porte-parole du dernier gouvernement (réformateur) de la
RDA sous Lothar de Maizière, qui négociait la réunification. Cette
biographie ne nous montre pas seulement le parcours de la première
chancelière allemande, mais explique en plus le fonctionnement du Parti
démocrate-chrétien.
Evelyn Roll: Das Mädchen und die Macht. Angela Merkel.
Rowohlt, 2001. Commandez cette biographie chez
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Wolfgang Stock: Angela Merkel, Olzog, 2000. Commandez cette
biographie chez
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Le résultat officiel des élections législatives anticipées en Allemagne
du 18 septembre 2005
CDU-CSU: 226 sièges; SPD: 222 sièges; Libéraux/FDP: 61 sièges; Parti de
gauche/Linkspartei (Lafontaine et Gysi): 54 sièges; Verts/Grüne: 51 sièges.
Les élections ont eu lieu le 18 septembre 2005. Un siège a été gagné par la
CDU dans une élection complémentaire du 2 octobre, reportée à cette date à
cause de la mort d'un candidat avant les élections du 18.
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