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Les minarets en Suisse
Article du 1er décembre 2009; dernière mise à jour le 3 décembre 2009
Ajouté le 3 décembre 2009
Le ministre turque des Affaires
européennes, Egemen Bagis, appelle les musulmans à retirer leur argent des
banques suisses en rétorsion à la décision des électeurs suisses d'interdire
la construction de minarets. Bagis est un homme de confiance du Premier
ministre Recep Erdogan.
Article du 1er décembre 2009
Le 29 décembre 2009, 53,4% des électeurs suisses se sont
rendus aux urnes. Avec 57,5% contre 42,5%, ils ont clairement adopté
l'initiative populaire
“Contre la construction de minarets.” Dix-sept cantons et cinq demi-cantons
se sont prononcés pour, seulement trois cantons et un demi-canton contre.
La constitution suisse sera donc modifiée comme suit (art. 72, al. 3
nouveau):
“La construction de minarets est interdite.” Donc des mosquées et
autres lieux de prière peuvent toujours être construits. Il ne s'agit pas
d'une interdiction de l'Islam.
Il n'y d'ailleurs actuellement que quatre minarets en Suisse, mais quelques
160 mosquées.
L'interdiction de construire des minarets n'a aucun sens. Il ne s'agit pas
d'une mesure contre l'extrémisme, l'intégrisme ou le terrorisme islamiste.
C'est une mesure qui, au contraire, échaudera quelques esprits.
Il s'agit d'une mesure populiste qui ne résout rien et ne contribue certainement
pas à l'intégration des musulmans dans la société.
Déposée le 8 juillet 2008 par le
“Comité d'Egerkingen” sous l'impulsion d'Ulrich Schlüer (parlementaire de
l'UDC du canton de Zurich) et signée par 114'895 Suisses, cette initiative
populaire avait uniquement été soutenue par le parti de l'Union Démocratique
du Centre (UDC) et le petit parti de l'Union démocratique fédérale (UDF).
Elle a été rejetée par tous les autres partis ainsi que par le gouvernement et toutes les organisations et
associations helvétiques, à l'exception de l'Union suisse des paysans qui,
elle, s'est décidée pour la liberté de vote, le résultat de 57,5% en faveur
de l'interdiction de la construction de minarets surprend.
Le soutien de l'initiative par le premier parti de suisse, l'UDC, qui a
remporté 29% des votes lors des
élections d'octobre 2007, ne garantissait pas du tout le succès de cette
mesure. Un sondage réalisé du 9 au 14 novembre laissait encore
croire à une défaite claire et nette de l'initiative anti-minarets (non:
53%; oui: 37%; indécis: 10%).
Qui a voté contre l'initiative? Avant tout les cinq plus grandes villes de
Suisse. Zurich: 63,7%; Bâle: 51,6%, Genève: 63%; Berne: 56,4%.;
Lausanne: 62,2%. Ce sont les petites villes et villages qui ont voté pour
cette 'initiative. L'analyse dans ses détails manque encore.
On ne peut que spéculer sur la motivations des personnes qui se sont rendues
aux urnes. Depuis 9/11, l'Islam et les musulmans sont très régulièrement
accusés de beaucoup de maux qui surgissent dans les actualités. Les attentats de New York, Londres, Madrid
et ailleurs font peur.; non seulement les terroristes d'Al-Qaida, mais
également les actions et les régimes des Talibans, du Hamas, du Hezbollah.
De plus, les
élections en Iran ainsi que la prise d'otage
du dictateur libyen Kadhafi de deux Suisses en représailles contre
l'incarcération temporaire de son deuxième fils Hannibal à Genève pour
mauvais traitement de domestiques inquiètent et fâchent énormément de
Suisses.
L'Islam et les musulmans sont perçus comme une menace pour notre société.
Une certaine islamophobie ne tient pas compte du fait que les musulmans
vivant en Suisse ne sont pas des extrémistes mais relativement bien intégrés
comparés à d'autres pays. Mais cela n'a tout de même pas convaincu une
majorité des électeurs (57,5%). Vue la crise économique avec 7,6% de
chômeurs étrangers comparés à 2,9% de chômeurs suisses en octobre 2009, la
xénophobie, bien évidemment, augmente. De plus, la Suisse se trouve,
temporairement, sur le banc des accusés pour cause de paradis fiscal. Elle
offre un refuge à l'argent au noir (Schwarzgeld), non déclaré au fisc.
Qu'est-ce que tout cela a affaire avec les minarets? Pas grande
chose, vous en conviendrez. Les initiateurs de l'initiative contre la construction de minarets
ont simplement bien exploité un malaise très vague contre l'Islam en faisant
croire que les minarets seraient des tours d'alertes et de
surveillance qui exprimeraient la volonté
d'imposer un pouvoir politico-religieux qui
exclut la tolérance. Le comité d'initiative contre la construction de
minarets invoque l'article 72 de la constitution fédérale qui stipule la
paix religieuse et la tolérance pour justement lui faire dire le contraire
et de porter atteinte à
une religion. Tous les maux de l'Islam qu'ils invoquent n'ont rien à voire
avec les minarets et peuvent être facilement combattus par l'application de la
législation déjà existante. La Charia, par exemple, ne s'applique pas en Suisse.
Les femmes ne peuvent pas être discriminées;
l'excision de jeunes filles reste interdite.
Ces mêmes initiateurs connaissaient très bien les implications juridiques de leur proposition de changement de la
constitution. Réalisant qu'ils ne pouvaient pas interdire la construction de
mosquées, ils ont décidé de s'attaquer
“seulement” aux minarets.
Mais même avec cette limitation, l'initiative semble bien violer la
Constitution suisse dont l'article 15 protège la liberté de conscience et de
croyance, tandis que l'article 72 garantit la liberté religieuse. La Suisse a, en plus,
signé la Convention européenne des droits de l'homme (art. 9 et 14) ainsi
que le Pacte de l'ONU relatif aux droits civils et politiques. Donc elle
souscrit à la protection de la liberté religieuse et l'interdiction de
toute discrimination.
La Suisse risque bien se trouver dans une situation embarrassante car elle vient de
prendre la présidence du Conseil de l'Europe. La Cour européenne des droits
de l'homme de Strasbourg pourrait être saisie à l'encontre de la Suisse pendant la
période durant laquelle notre pays veille justement aux respects des droits de l'homme. En fait, les Verts étudient actuellement la possibilité d'un
recours (qui ne peut pas émaner d'un parti politique). Le Tribunal fédéral pourrait également se prononcer sur la
conformité d'initiatives futures avec le droit international. Mais rien n'est
joué d'avance, car la Cour a jugé acceptable l'interdiction du port du
foulard islamique par des étudiantes en France. Cette même cour s'est
prononcée contre la croix dans les écoles italiennes. La situation est donc
plus complexe qu'il n'en paraît. Ces deux décisions ne semblent pas être des
plus judicieuses ni des plus sages. Le droit
reflète un consensus qui évolue au fil des temps. Un peu de tolérance, de
bon sens et de flexibilité feraient le plus grand bien dans tous les camps.
L'homme fort de l'UDC, Christophe Blocher, avait dit avant la votation qu'il
trouvait l'initiative mauvaise. Mais, après coup, sur les ondes de
“Radio 1” de Zurich le 30 novembre, il mentionna la possibilité de réaliser
plusieurs initiatives pour l'interdictions de la burqa, de
l'excision de jeunes filles et des mariages forcés. Il évoqua qu'il faudrait
examiner la possibilité d'exiger, des musulmans qui veulent obtenir la
nationalité suisse, de se distancer par écrit des passages du Coran violant
les droits de l'homme.
L'ironie veut que les musulmans en Suisse, quelques 5% de la population
(environ 400'000 personnes), surtout des ressortissants turques et
ex-yougoslaves, sont loin d'être des intégristes ou extrémistes qui sont en
faveur d'un islam militant et politique. Etant donné les chiffres, la Suisse
reste loin de l'islamisation. L'introduction de la Charia chez nous n'est pas
à l'ordre du jour. La paix religieuse semblait assurée mais c'est
désormais cette interdiction de construction de minarets qui la menace.
Dans la Suisse multiculturelle et multiethnique vivent quelques 7,7 millions
d'habitants, dont 22% d'étrangers. Ce chiffre est relativement élevé mais
s'explique partiellement par le fait que les conditions pour obtenir le
passeport suisse sont relativement élevées, donc beaucoup d'étrangers de
deuxième voire troisième génération, bien intégrés, vivent en Suisse.
L'UDC zurichoise, avec Ulrich Schlüer, avait probablement seulement besoin
d'un stimulant pour mobiliser ses électeurs, car le 29 novembre 2009, à
Zurich, il y avait une élection complémentaire. Rita Fuhrer (UDC) quittait
son poste dans le gouvernement du canton de Zurich. Le parti devait tout
faire pour défendre son deuxième siège dans le gouvernement cantonal. Avec
le parlementaire Ernst Stocker (UDC), le parti de droite a réussi son coup.
Stocker avait cependant le soutien du PLR, du PDC et du PEV bourgeois et chrétiens.
Cela n'avait rien a voir avec l'initiative anti-minarets. Les partis
bourgeois voulaient simplement défendre leur majorité dans le gouvernement
zurichois. Stocker ne s'est d'ailleurs pas prononcé en faveur de
l'initiative. Mais l'UDC a régulièrement recours à des initiatives
xénophobes pour mobiliser ses électeurs dans toute la Suisse.
Selon le quotidien NZZ, le 28 août 2008, le Conseil fédéral (le gouvernement suisse) a
inclus son message au sujet de l'initiative avec les
mots:
“Les minarets ont autant à faire avec des fanatiques religieux que les mâts
d'éclairage dans les stades de football avec des hooligans prêts à recourir
à la violence.”
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L'affiche allemande du comité d'initiative, jugé une violation du droit
international par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations-Unies.
L'affiche montre une femme revêtue d'une burqa à côté d'une forêt de minarets

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