|
L'Italie de Berlusconi
Article du 1er avril 2010
Non, ce n'est pas un poisson d'avril, le gouvernement de
Silvio Berlusconi reste incontesté en Italie.
Les élections régionales en Italie du 28 et 29 mars 2010 ont permis à la
coalition gouvernementale du multimilliardaire
Berlusconi de regagner des régions importantes, notamment
la Calabre (Calabria) avec ses
2 millions d'habitants, la Campanie (Campania) avec
ses 6 millions d'habitants et la ville portuaire Naples, le
Latium (Lazio) avec ses quelques 5 millions d'habitants et la capitale Rome
ainsi que le Piémont (Piemonte) avec quelques 4,3 millions d'habitants et la
capitale régionale Turin. Au total, la coalition de Silvio Berlusconi
contrôle actuellement 11 régions italiennes sur 20, parmi lesquelles villes les
plus importantes de l'Italie.
Pourtant, le parti Popolo della Libertà de Silvio Berlusconi a laissé des
plumes. C'est avant tout son allié Umberto Bossi avec sa Lega Nord qui a
gagné du poids et permis à la droite de gagner du terrain. En temps de
crise, le
“senatur” avec son rêve de la
“Padania” et ses idées souvent populistes et xénophobes trouve un écho
accru, notamment dans la région de la Vénétie (Veneto) où la Lega Nord est
le premier parti avec quelques 35% des voix et où le candidat de la Lega
Nord à la présidence de la région, Luca Zaia, l'a emporté haut la main avec
60% des voix.
Le centre-gauche, avec en tête le Partito Democratico (PD), n'arrive
toujours pas à se positionner comme alternative crédible. Avec 26,07% et 176
sièges, le PD n'arrive cependant que peu derrière le Popolo della Libertà de
Berlusconi avec ses 26, 75% des voix, conservant 192 sièges dans les
régions. Mais tandis que Berlusconi gagnait 6 sièges en tout, la gauche du
PD en perdait 30. La Lega Nord arrive en troisième position avec 12,25% et
gagne 32 sièges, arrivant à un total de 58 sièges. L'Italia dei Valori de l'ex-juge
Antonio Di Pietro est la quatrième force dans les régions avec 6,97% des
voix et 46 sièges, 39 de plus par rapport aux dernières régionales.
L'Italie est un pays dans lequel peu de personnes lisent la presse et dans
lequel l'utilisation de l'Internet n'est pas aussi répandue que dans la
plupart du reste de l'Europe. La source d'information préférée des Italiens est
la télévision terrestre, celle de l'homme le plus riche du pays, Silvio
Berlusconi. Il a des conflits d'intérêts dans presque tout ce qu'il fait en
tant que premier ministre. En plus, il contrôle la télévision publique en
tant que premier ministre.
Son groupe Mediaset contrôle
trois chaînes sur un total de quatre canaux terrestres privés. L'information
en Italie est largement biaisée et indirectement contrôlée par le
gouvernement, une anomalie inadmissible dans l'Europe du 21ème siècle.
A nouveau en 2010, la droite
est intervenue dans le choix du personnel présentant des émissions
politiques à la télévision publique. Trois présentateurs ont laissé leur
peau, chassé par le directeur Augusto Minzolini, un homme qui diffuse la
propagande en faveur de Berlusconi.
Comme par le passé, notamment après son
élection en 2008, Silvio Berlusconi s'est empressé de faire passer des lois
ad personam pour protéger son empire économique et pour rester
intouchable par les juges.
Non seulement la gauche n'offre pas d'alternative au pouvoir établi, les
partis bourgeois ne font pas mieux et dépendent toujours du cheval de
bataille Berlusconi. En campagne électorale à Naples,
comme avant les élections 2008, en 2010 à
nouveau, logeant au
Grand Hotel Vesuvio, Silvio
Berlusconi a su exploiter le fait que la gauche a gouverné Naples et la Campania pendant des décennies avec des succès limités. Le problème
embarrassant des ordures et une combinaison entre incompétence, corruption et
collusion avec le crime organisé, la Camorra, ont largement contribué au
succès du Popolo della Libertà avec 31,66% en Campanie devant le Partito
Democratico avec 21,42%. Le changement dans la région de Campanie était
sûrement nécessaire. Si le centre-droite arrive à mieux gérer la région,
cela
reste à démontrer.
Dans toute l'Italie, seulement 26,2 millions sur 40,8 millions des
électeurs, soit quelques 64% des électeurs, se sont rendus aux urnes. La
faible participation des Italiens montre le mécontentement grandissant du
peuple à l'égard de l'élite politique du bel paese. L'abstention a
aidé la coalition de Berlusconi à se maintenir voire à gagner du pouvoir.
L'Union européenne (UE) n'aide en rien à améliorer cette situation intenable.
L'appartenance de l'Italie à l'UE aurait dû être suspendue il
y a bien longtemps. L'Europe institutionnelle se tait face aux conflits
d'intérêts flagrants dans l'Italie de Berlusconi. La situation indigne se
perpétue. Le renouvellement de la classe politique se fait attendre.
L'économie va mal. Le taux de chômage est au-dessus de 8%. Les ouvriers
italiens ont les salaires les plus bas d'Europe. Avec quelques 14,700 euros
par années, ils se situent même 19% derrières les Grecs. Des réformes
politiques, économiques et financières dans ce magnifique pays endetté
jusqu'au cou (115% du PIB en 2009) sont en souffrance.
Dans l'Italie de Berlusconi, le maintien du statu quo triomphe sur le
renouvellement du pays.
Toutes les Bonnes Affaires chez Amazon.fr .
|
|