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David Hiler et la dette publique de
Genève
Un entretien exclusif avec le
conseiller d'Etat à Genève responsable des finances
Article du 19 octobre 2010
- Comment le canton de
Genève a-t-il réussi à diminuer sa dette de 2 milliards au cours des
dernières années?
- La dette cantonale, qui était encore de 13,2 milliards dans à la fin de
l’année 2006, devrait se situer aux alentours de 10,5 milliards à la fin de
l’année 2010. La diminution résulte d’abord des très bonnes années fiscales
réalisées en 2006, 2007 et 2008. L’économie genevoise est extraordinairement
dynamique et compétitive, et cela se traduit fortement au niveau des impôts
en période de haute conjoncture. Il y a aussi d’autres raisons, comme la
professionnalisation de la gestion de notre trésorerie, et l’amélioration de
l’efficacité de la perception des impôts. Et puis, durant toute cette
période de très haute conjoncture, notre gouvernement s’est montré prudent
en maintenant une grande discipline au niveau des dépenses, ce qui nous a
même permis de constituer une réserve conjoncturelle de presque un milliard
de francs. Ce sont tous ces éléments qui ont permis de faire diminuer la
dette.
- Pourquoi la Ville de Genève obtient-elle de meilleurs résultats que le
canton?
- Elle n’obtient pas de meilleurs résultats. La dette de la Ville se monte à
1,4 milliard pour un total de revenus annuel d’un peu plus de un milliard.
La proportion est donc sensiblement la même que pour le canton. De surcroît,
la Ville n’a pas eu à assumer le coût d’environ 2 milliards de francs dû au
sauvetage de notre banque cantonale après les excès de la spéculation
immobilière dans les années 1990. Le niveau d’endettement de la Ville a
diminué parallèlement à celui du canton, ce qui est assez normal puisque les
revenus fiscaux des dernières années pour le canton se sont répercutés sur
ceux qui reviennent aux communes. Plus généralement, on peut signaler que
l’agence Standard & Poors vient de corriger la notation du canton de Genève
dans le cadre d’une révision de sa méthodologie. La note du canton passe de
A+ à AA-, soit exactement la même note que celle que Standard & Poors
attribue à la Ville de Genève.
- Quelles sont les prévisions pour les années à venir et les moyens de
réduire encore la dette?
- Selon notre plan financier quadriennal, le niveau de la dette devrait
remonter légèrement au cours de ces prochaines années pour atteindre un peu
plus de 12 milliards de francs à fin 2014. C’est une évolution raisonnable
qui traduit la stratégie volontairement anticyclique de notre gouvernement à
la lumière de la crise économique et financière de 2008 : il s’agit de
privilégier clairement le soutien à l’économie locale et à l’emploi,
notamment par des investissements publics très élevés, tout en maintenant
une bonne discipline au niveau des dépenses afin que le niveau de la dette
n’augmente pas de manière excessive. En-dehors de ce contexte conjoncturel,
la maîtrise puis la réduction de la dette est une entreprise de longue
haleine. Elle s’appuie principalement sur une discipline durable en matière
de dépenses publiques. D’autre part, nous avons encore la possibilité de
vendre certains actifs au cas par cas durant les années à venir.
- A quel niveau situez-vous le niveau d’endettement acceptable pour Genève?
- Il y a un certain consensus des experts pour estimer qu’un niveau
d’endettement convenable pour une collectivité publique correspond à peu
près au niveau de la totalité de ses revenus courants annuels. Pour le
canton de Genève, cela représente en l’occurrence un montant proche de 8
milliards de francs. Il y a donc du chemin à faire, mais il s’agit-là d’un
objectif à long terme. La réduction de la dette ne doit pas être menée
aveuglément, au risque d’étouffer des pans de l’économie locale et de créer
du chômage. Il faut tenir compte des cycles conjoncturels et des besoins de
l’économie et de la société. Cela étant, tout est relatif : si l’on
utilisait les critères de Maastricht, soit le rapport entre la dette et le
produit intérieur brut d’un pays, le canton de Genève se situerait
aujourd’hui très largement en dessous du plafond de 60% fixé par les
autorités européennes. Notre dette représente en réalité environ un quart du
PIB cantonal.
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