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La crise japonaise
Un cabinet remanié, mais la
même dette publique et le même déficit budgétaire
Article du 2 octobre 2012, ajouté à 14:16
La démission de Premier ministre Yukio
Hatoyama en
juin 2010 aurait pu amener du sang neuf dans la politique japonaise, mais le
Parti démocrate japonais (PDJ) n'en a pas saisi l'occasion.
Le premier ministre actuel,
Yoshihiko Noda (*1957), au
pouvoir seulement depuis septembre 2011, a déjà remanié son gouvernement
trois fois en une année. Le dernier date du 30 septembre 2012. Bien qu'il
ait choisi 10 nouveau ministres, Yoshihiko Noda a pour l'essentiel choisit
de vieilles têtes bien connues sans idées fraîches.
Le nouveau Ministre des finances du Japon s'appelle Koriki Jojima. Il est
un ancien chef de la Chambre
basse du parlement. Ce député a été récompensé pour
son rôle clef dans les négociations avec l'opposition qui ont permis
l'adoption d'une loi sur l'augmentation de la taxe sur la consommation (TVA)
pour assainir les finances publiques. Malheureusement, Monsieur Jojima ne
s'est pas distingué jusqu'à présent comme spécialiste des finances. En plus,
il n'a aucune expérience dans un poste exécutif.
Pourtant, Jojima sera utile dans les tractations avec le Parti
libéral-démocrate (PLD) pour trouver un accord au sujet du nouveau budget à
adopter. Le PLD avait accepté l'augmentation de la TVA sous condition
d'élections anticipées. Le PDJ n'en veut plus. Noda a laissé le Secrétaire
général de son parti, Azuma Koshiishi, en place, qui est opposé aux
élections anticipées. Le nouveau secrétaire général du PLD par contre,
Shigeru Ishiba, a annoncé que le parti principal de l'opposition n'a aucune
intention de laissé le PDJ au pouvoir pour faire adopter un projet de
budget. Un air de conflit à la manière des Etats-Unis se profile.
Quant au cabinet, le prédécesseur de Koriki Jojima, Jun Azumi, prend le
poste de secrétaire général du PDJ. C'est exemplaire pour tout le
remaniement. Des personnages clés du parti ou au parlement entrent au
gouvernement et des ministres prennent des fonctions dans l'appareil du PDJ
ou dans le parlement. Ainsi l'ancien secrétaire général du PDJ, Shinji
Tarutoko, devient Ministre des affaires intérieures, l'ancien ministre de
l'environnement, Goshi Hosono, devient chef de la stratégie politique du PDJ.
En plus, l'ancienne Ministre des affaires étrangères, Makiko Tanaka, entre
au gouvernement comme Ministre de l'éducation. Elle est la fille de l'ancien
homme fort de la politique japonaise, Kakuei Tanaka, le
“shadow shogun”. Kakuei a été impliqué dans de nombreux scandals et
avait notamment reçu un pot de vin de $2 millions de la part
du constructeur américain Lockheed.
Les Ministres du commerce et de l'industrie, Yukio Edano, des affaires
étrangères, Koichiro Gemba, de la défense, Satoshi Morimoto, ainsi que le
Secrétaire général du cabinet, Osamu Fujimura, restent tous en place.
Yoshihiko Noda a privilégié l'unité du Parti démocrate. Le maintien du
pouvoir semble plus important que la solution des problèmes du Japon. Le PDJ
a déjà perdu une partie de ses parlementaires. S'il y a quelques défections
en plus, Noda risque de perdre sa majorité dans la Chambre basse du
parlement, avec comme conséquence des élections anticipées.
Tout le monde parle de la
Grèce, mais le cas du Japon, la troisième
puissance économique mondiale, est infiniment plus dangereux. En avril 2012,
le parlement japonais avait adopté le budget 2012-13, financé à moitié par
l'émission de nouveaux bons du trésor. Quelques €410
milliards du budget ont été financé à crédit, ce qui fait pâlir le problème
grec. Malgré les taux d'intérêts bas, le service de la dette publique coûte
le Japon autour d'un quart du budget.
Cela fait deux décennies que le Japon n'arrive pas à surmonter sa crise
économique et financière. La dette publique dépasse les 200% du produit
intérieur brut (PIB). Le déficit reste hors de contrôle. Le Japon est un
géant qui pourrait s'écrouler à n'importe quel moment avec des conséquences
graves pour l'économie mondiale. Aussi longtemps que les Japonais, qui
détiennent plus de 90% de la dette publique de leur pays, restent confiants
dans la capacité de leur gouvernement de rembourser les emprunts, les taux
d'intérêts restent bas et le jeux de la vie à crédit peu continuer. Le jour
que le doute s'installera sérieusement, les taux d'intérêts exploseront, et
le Japon s'effondra.
L'ironie c'est que le yen s'est apprécié durant la crise financière mondiale
déclenchée en 2007, avec des conséquences graves pour les entreprises
exportatrices qui font marcher le pays. Comme l'euro, le yen s'avère plus
fort que le dollar. Mais en fait, nous nous trouvons en face d'une crise
globale avec trois monnaies faibles.
Au moins depuis la Guerre du Vietnam, les Etats-Unis ont
“résolus” en partie leurs problèmes économiques et financiers avec une politique
du dollar faible. Au Japon, les milieux exportateurs comme beaucoup d'hommes
politiques demandent la même chose, un yen faible.
La Chine et le Japon se trouvent en plein conflit au sujet de quelques îles
revendiquées par les deux pays. Pour le moment, il s'agit d'un conflit
diplomatique. Mais dans une crise sans issue, un bouc émissaire pourrait
tout à coup être bien venu. Le Premier ministre
Yoshihiko Noda
a confié le Ministère de la stratégie
nationale à Seiji Maehara, un homme connu pour ses positions intransigeantes
en politique étrangère. Nous n'en sommes pas encore là, mais si l'horizon
économique et financier s'assombrissent encore plus et les nationalistes se
réveillent, les pires cauchemars pourraient un jour devenir réalité.
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