|
Les réformes de Monti
L'Italie a besoin d'une
décennie de réformes par des gens sérieux
Article du 2 novembre 2012 ajouté à 15:55 heure italienne
Depuis novembre 2011, l'ancien
commissaire européen
Mario Monti préside le gouvernement italien. Un nouveau
vent de sérieux souffle en Italie. Cependant, les problèmes de l'Italie
restent importants.
La réforme du marché de travail d'avril 2012 ne convainc pas. Les
parlementaires, syndicats et autres groupes de pression ont tout fait pour
saboter la réforme. En plus, le gouvernement a trop rapidement cherché un
compromis. Les changements n'ont que peu d'effet sur le taux du chômage qui,
en septembre 2012, se situait à 10,8%. Pire encore, celui des
jeunes se situe autour de 35%. Un jeune sur trois est sans emplois. Cela
n'est pas seulement une bombe sociale qui risque d'exploser. A long terme,
cela amenuise la compétitivité de l'Italie. Les jeunes, souvent bien formés,
ne peuvent pas mettre leur connaissances à l'œuvre. De plus, en chiffres
absolus, ce taux élevé coûte à l'Italie plus qu'à n'importe quel autre pays
européen, actuellement quelques
€32,6 milliards par année !
Comme en Espagne, en
Grèce et en
France, le marché de travail doit être
flexibilisé de manière radicale. Les gens n'accepterons pas la démocratie si elle
ne sera pas en mesure de leur permettre une vie décente. En
2012, le gouvernement italien attend une contraction de l'économie de 2,4%
du PIB. Pour sortir du marasme, les citoyens et les entreprises n'ont pas
besoin de plus, mais de moins de taxes. L'Etat doit cependant s'assurer que
tout le monde les paie.
En 2013, les Italiens éliront un nouveau parlement. Dans un grand
nombre de provinces, les politiciens sont teintés par des scandales. Surtout
le parti de l'ancien premier ministre Berlusconi est touché.
La Sicile a frôlé la faillite. Uniquement une infusion de €400 millions du
gouvernement central a permis à la région d'éviter le pire. La condition
posée par Mario Monti était de tenir de nouvelles élections, qui ont eu lieu
le 28 octobre 2012. Le résultat? En nombres absolus, les partis établis ont
perdu beaucoup de voix. Le Mouvement 5 Etoiles de l'humoriste Beppe Grillo a
réussi de devenir le plus grand parti en Sicile avec 285,000 de voix et
presque 15% du vote. La gauche du Parti démocrate a fini deuxième avec
257,000 voix, devant le PdL de Berlusconi avec 247,000 voix et l'UDC avec
208,000 voix. Cependant, le plus grand parti de Sicile est actuellement
celui des
abstentionnistes. Ce fait risque de se reproduire au niveau des élections
nationales en 2013.
En Lombardie, le chef de la région, Roberto Formigoni (PdL) ainsi que 13 sur
80 parlementaires régionales sont accusés de corruption ou d'autres
irrégularités. Domenico Zambetti (PdL), le commissaire régionale du logement
public, a été accusé d'avoir acheté pour €200,000 des
voix lors des dernières élections au profit de la
'Ndrangheta, l'organisation mafieuse de Calabre, qui contrôle le trafic
de la cocaïne en Europe et qui fait un chiffre d'affaires annuel estimé à €40
milliards.
Les scandales s'étalent sur quasi tout le territoire italien.
Dans la capitale, Rome, plusieurs parlementaires du PdL se sont
enrichis personnellement. Le clientélisme a fleurie en Italie. Avec
l'ascension au pouvoir de Mario Monti, les autorités semble prendre plus au
sérieux ce fléau qui coûte cher aux contribuables et qui mine la démocratie
italienne.
Il est cependant trop facile de blâmer seulement les hommes et femmes
politiques. L'évasion fiscale est un sport nationale, l'économie souterraine
fleurit, les cafés payés au noir existent bel et bien, les pensions encaissées
pour des parents décédés et le nombre de malades imaginaires profitant de
l'assurance invalidité sont bien réels. Le gouvernement Monti semble également
prendre plus au sérieux ces fléaux. La tâche du premier ministre reste
gigantesque. Les premières réformes ont été entamées, mais le plus gros
reste à faire. Il faudrait une décennie de gens sérieux comme Mario Monti au
pouvoir pour profondément réformer l'Italie.
Un retour de la tombe politique à fait du bruit à la fin d'octobre. Condamné
à quatre ans en prison pour fraude fiscale et interdit de tout office public
pour cinq ans, Silvio Berlusconi n'a pas attendu longtemps pour s'attaquer à
tout le monde. Il s'est pris à Mario Monti, qu'il avait pourtant juste
quelques jours avant porté au pinacle, puis il s'est pris à la Chancelière
allemande
Merkel et
à l'ancien Président français Sarkozy, qui avaient sous-miné sa crédibilité, pour en fin insinuer que les
banques allemandes auraient vendu des obligations de l'Etat italien pour le
faire tomber.
Le grand Silvio avait pourtant initié sa conférence de presse du 27 octobre
2012 avec des remarques raisonnables telles qu'il ne se présenterait pas
comme candidat au poste de premier ministre pour son parti lors des
élections de 2013 ou que le centre-droit, notamment le Démocrate-chrétien
Pier Fernando Casini et le chef de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo,
devrait s'unir pour battre la gauche.
Silvio Berlusconi se croit toujours le génie de la Péninsule, injustement
persécuté par des juges de gauche comme personne d'autre dans l'histoire du
monde. Il oublie ses affaires louches. Il oublie qu'il a parfois seulement
échappé à des condamnations grâce au bénéfice de la prescription. Si
l'Italie se trouve dans la situation actuelle, ce n'est pas parce que la
gauche italienne,
Merkel et Sarkozy ont comploté contre lui mais parce que
le grand Silvio, qui a dominé la politique italienne depuis 1994, est
incompétent. Il devrait se taire à jamais et se dédier au bunga-bunga.
L'Italie a toujours besoin de réformes fondamentales. Mario Monti en a entamé
quelques-unes. Toutefois, tout ce qu'il a réalisé ne mérite pas que des éloges.
Comme je l'ai déjà exprimé auparavant, une
décennie de réformes par des gens sérieux comme l'actuel premier ministre
pour réformer le pays est capital. L'espoir meurt en dernier lieu.
|
|