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La Chine et ses minorités
Article du 1er août 2009
Les autorités de la République populaire de Chine (RPC)
sont confrontées à de nombreux défis. Le pays est surpeuplé avec 1,36
milliards de personnes malgré la politique de l'enfant unique. Le
développement économique effréné, depuis la libéralisation ordonnée par Deng
Xiaoping il y a 30 ans, crée toutes sortes de problèmes, notamment
écologiques, de ressources naturelles et d'énergie, de répartition des
richesse entre villes et campagne ainsi qu'entre les régions.
Le Parti communiste au pouvoir maintien la fiction que la République de
Chine (Taïwan)
n'est qu'une province renégate de la terre ferme. Les territoires de Macao
et de Hong Kong, respectivement colonisés par les Portugais et les Britanniques, ont déjà été
réintégrés.
Les Communistes ont également beaucoup à faire sur le continent malgré le
fait que 92% de la
population soient ethniquement Hans. En effet, le pays compte 56 minorités
officielles, comme par exemple les Zhuangs, les Mandchous, les Tibétains, les Mongols et
les Ouïghours.
Les évènements de 2008 et 2009 au Tibet et dans la Région autonome du
Xinjiang, où vivent quelques 9 millions d'Ouïghours, ont montré que
la politique des minorités du Parti unique communiste n'est pas un grand
succès.
Au moment de la création de la RPC en 1949, les Ouïghours représentaient
encore 90% de la population du Xinjiang. Aujourd'hui, leur poids
démographique s'élève seulement à 45%. Dans la capitale Ürümqi, les Hans
représentent même 70% de la population. Etant donné ces chiffres, il est
facile à comprendre que les Ouïghours se sentent marginalisés dans leur
province, surtout si l'on considère que les postes clefs dans cette région
autonome sont dans les mains de Hans.
La politique des minorités a officiellement évidemment pour but d'amener le
progrès dans des régions souvent sous-développées, tout en respectant les
traditions et la langue des minorités ethniques. Prétention et réalité
s'opposent.
Le droit des minorités à exercer leur religion relève plutôt de la théorie,
notamment au Tibet, où les autorités ont chassé le Dalaï-lama, le chef
spirituel et politique des Tibétains, qui vit depuis 1959 en exil.
Le Parti communiste a peur de toute organisation non-contrôlée par l'Etat.
Dès que des personnalités s'engagent en faveur des droits d'une minorité,
elles sont qualifiées de séparatistes.
Mais la politique des minorités réserve quelques droits spécifiques aux
ethnies minoritaires tels qu'un accès facilité aux universités avec des
notes inférieures requises par rapport aux Chinois de l'ethnie dominante
Han. La politique de l'enfant unique n'est pas mise en oeuvre dans le cas
des minorités.
La réalité c'est que ni les Tibétains ni les Ouïghours ne sont respectés
chez eux. Ils vivent le développement forcé, matérialisé par l'immigration massive des
Hans, comme une occupation de leur territoire.
La majorité non seulement des Chinois, mais également des autorités croient
évidemment apporter le progrès dans des régions sous-développées. Le régime
des Dalaï-lamas au Tibet était clairement très loin de la démocratie
occidentale et de l'économie de marché. Les Occidentaux ne sont pas très
critique par rapport aux problèmes que existaient dans les territoires
autonomes avant la prise de pouvoir par les communistes chinois qui, eux,
montrent peu de sens autocritique. Ils vivent toujours dans l'ère
du Parti unique omniprésent, tout-puissant et infaillible.
Les affrontements entre Ouïghours et Hans au Xinjiang en juillet ont
officiellement coûté la vie à près de 200 personnes. Ce chiffre n'est pas
vérifiable. Mais le fait que le gouvernement central a dès le début admis un
grand nombre de morts et n'a pas essayé de totalement isoler la région comme
il l'a fait au Tibet lors des émeutes en 2008 pourrait indiquer que le Parti
communiste a appris quelque chose du désastre du point de vue des relations publiques dans le
cas du Tibet.
Si l'on regarde d'un petit peu plus près, on se rend compte que ce n'est pas le cas. Les Communistes ont peur de tout signe d'autonomie et de
critique véritable et essaient d'étouffer tout mouvement indépendant du
pouvoir central.
Amnesty International ne redoute pas sans fondement que le Président
américain Obama et sa Ministre des affaires étrangères Clinton risquent de
sacrifier les droits de l'homme sur l'autel des bonnes relations bilatérales
entre la Chine et les Etats-Unis. Ses deux nations sont économiquement
interdépendants. La Chine est le plus grand créancier des Etats-Unis qui,
eux, sont les premiers consommateurs des exportations chinoises. Le destin
économique et financier des deux pays est étroitement lié.
La
dissidente ouïghoure et ancienne femme d'affaires à succès Rebiya Kadeer,
après avoir passé six ans en prison en Chine, vit depuis 2005 en exil aux
Etats-Unis. Les autorités chinoises craignent toute ingérence dans les
affaires intérieures de leur dictature. Ils oublient que Mme Kadeer n'est
pas un leader spirituel et politique comme le Dalaï-lama. Ce dernier,
réincarnation du bouddha de la compassion, prêche la non-violence et la
résolution pacifique du conflit. Il ne demande pas l'indépendance mais
seulement une autonomie réelle du Tibet.
Rebiya Kadeer estime que près de 10,000 personnes ont disparu au Xinjiang
dans le contexte des émeutes. Elle demande ainsi une politique plus
active du gouvernement américain auprès des autorités chinoises, notamment
avec la création d'un consulat à Urumqi. De plus, elle estime qu'entre 1000 et 3000 personnes pourraient avoir été
tuées en Chine. Elle réclame donc l'envoi d'une
„mission d'enquête indépendante“ pour éclaircir ce qui s'est passé au
Xinjiang. L'ancienne femme d'affaires n'a évidemment pas le poids politique
d'un Dalaï-lama. Et contrairement aux Tibétains avec leur chef, les
Ouïghours musulmans et Rebyia Kadeer n'ont pas encore de lobby important aux
Etats-Unis. Il est vrai que même le Dalaï-lama ne pourrait inciter l'administration Obama à
demander au gouvernement chinois une action équivalente au Tibet.
Dans la crise économique actuelle, le Président chinois Hu Jintao semble
moins que jamais prêt à libéraliser encore plus le pays. Au contraire, les
actions contre des critiques du régime, des avocats indépendants qui demandent
le respect des droits constitutionnel et des droits de l'homme sont de plus
en plus sous pression. Ils risquent des procès pour fraude fiscale ou
finissent tout simplement en prison. La Chine reste loin d'un Etat de droit.
Hu Jintao, le secrétaire du Parti communiste de la Région autonome du Tibet
notamment pendant les années de troubles à la fin des années 1980, n'est pas
l'homme à respecter les droits de l'homme. Il s'y était distingué par une
répression massive et brutale. Une vingtaine d'années plus tard, en tant que secrétaire général du
Parti communiste chinois, il n'a pas changé et réagi avec une main de fer au
Xinjiang comme au Tibet. La Chine et ses minorités en paient le prix.
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