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Salonique au XXe siècle
Régis Darques: Salonique au XXs. CNRS, Collection: Espaces et milieux. 2000.
Critique de livre par David Carasso, Salonique, Grèce, avril 2000.

Publié en avril 2000 dans l'édition allemande de Cosmopolis
 
Une lecture rapide de quelques chapitres de l’ouvrage « Salonique au XXème siècle » m’engage à formuler les sentiments spontanés suscités. Je me réserve le plaisir de commenter en détail certains sujets traités dans ce livre. Presque depuis ma naissance, j’ai vécu dans cette ville et j’ai suivi en observateur attentif son évolution depuis que j’avais 10 ans en 1931. Attiré par l’histoire et la géographie, j’ai reconstitué mentalement au gré de mon imagination, sous l’influence de mon entourage, les évènements de la région.
 
Point de départ :la décennie précédent la fin du siècle. Sources de mes connaissances : les récits de mes grands-parents et parents, plus tard les lectures éparses et vers 1935 la presse locale assistée par mes yeux et mes oreilles me qualifiant de témoin valable.
 
Le titre du livre a attiré mon regard comme une décharge d’électricité statique et mon attention est restée fixée sur cette couverture transformée en écran sur lequel se projette en vitesse extrême le documentaire de la Cité Ottomane, qui m’avait été racontée, transformée en moins d’un siècle en métropole grecque.
 
Les descriptions des lieux, succinctes, précises et pourtant élégantes sont admirables. Franchement appréciées par ceux qui ont eu le privilège de visiter ces sites. Des cartes postales anciennes ne pourraient pas se substituer à ces descriptions mais pourraient servir de complément agréable. L’exposition des évènements m’émotionne et j’y trouve exprimé dans un style solide et élégant presque tout ce que j’avais l’intention de narrer moi-même, ce qui suscite un brin de jalousie car je ne peux pas rédiger le compte-rendu de ce que j’ai vécu.
 
J’ai l’impression qu’une certaine nostalgie se dégage en faveur des ethnies dont les populations ont presque disparu à cause de l’attitude des nouveaux maîtres. Outre cette manifestation de sympathie, l’impartiale objectivité reste rigoureusement respectée.
 
Les difficultés rencontrées avec l’administration pour arracher des renseignements d’utilité publique sont pour le moins irritantes. Le travail ingrat que la collecte de statistiques comporte, surtout lorsque vous avez à traiter avec des fonctionnaires dérangés dans leurs sinécures, particulièrement si vous n’êtes pas de leur village, ne pourrait pas s’estimer.
 
La transformation de la ville provinciale en métropole s’est effectuée souvent par à-coups dans des circonstances uniques. Cette évolution est mise magistralement en relief.
 
Le concept de la tutelle d’Athènes est parfaitement saisi avec sagacité et astucieusement présenté. L’évocation du point de vue avancé par P. Risal (Joseph Nehama) dans son ouvrage « La ville convoitée » qui vient d’être traduit en grec, vient très à propos. Le démembrement de l’Empire Ottoman a privé Salonique de son hinterland reléguant son port en second rang au profit du Pirée. Maintenant que les passions patriotiques se sont apaisées et que le regroupement régional est de mode et surtout imposé par des intérêts communs, il semble que Salonique puisse devenir le siège d’une association Balkanique avec les Directions des Services Financiers, Economiques, Commerciaux et Culturels, son port viendra au premier rang. Le Thermaïque prendra revanche sur l’Attique.
 
L’incendie de 1917, l’arrivée de réfugiés, l’anéantissement de la Communauté Israélite, la reconstruction, l’imbroglio des propriétés foncières et d’autres sujets fort intéressants sont traités avec compétence, perspicacité et objectivement, malgré les entraves de l’Administration pour faire disparaître certaines bavures politiques qui portent atteinte à l’image de la vie sociale et culturelle de la ville.
 
Notre génération sera probablement la dernière à  avoir la nostalgie de la ville cosmopolite qu’était Salonique, la dernière à parler judéo-espagnol ou bien ladino à votre choix, à se souvenir que la Foire Internationale aussi bien que le Campus de l’Université d’Aristotelis se trouvent érigés sur le terrain du cimetière juif, désaffecté sous l’occupation Nazi, que l’hôpital Hirsh n’a plus son nom, que le Bazar Modiano est devenu Kentriki Agora (Marché Central) que la rue Misrachi s’est métamorphosée en rue Fleming. Il est curieux de constater que le passage (stoa) Carasso tient bon et que personne ne s’avise à le désigner « Stoa Makridou » malgré l’enseigne que le nouveau propriétaire a posé depuis un quart de siècle. La mémoire collective n’a pas disparu entièrement dans ce cas particulier.
 
Un ouvrage tel que « Salonique au XXème siècle » va certainement contribuer entre autres à satisfaire la curiosité des intéressés sur ce que Sélanik était avec sa Communauté Israélite représentant un peuple, une société, une culture, une civilisation.
 
Le dicton « Salonique és ciudad de Nés » (Salonique est une ville providentielle) s’est avéré correct pour ceux qui ne connaissaient pas cette locution, tandis que ceux qui s’accrochaient à cette planche de salut et d’espérance ont disparu.
 
La nouvelle Communauté Israélite déploie son essor sous la direction d’une nouvelle génération, elle prospère matériellement, la grande majorité des activités de l’ancienne a été ressuscitée, l’intégration à la société actuelle suit sont cour à grands pas, tandis que la nostalgie de l’esprit communautaire ancien va s’éteindre naturellement.

Régis Darques: Salonique au XXs. CNRS, Collection: Espaces et milieux. 2000. ISBN: 2-271-05660-8. Commandez le livre chez Amazon.fr.




Régis Darques: Salonique au XXs. CNRS, Collection: Espaces et milieux. 2000. ISBN: 2-271-05660-8. Commandez le livre chez Amazon.fr.