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L'Hôtel
L'hôtel à Paris dans lequel Oscar Wilde est mort
Article du 1 juillet 2005
Paris est plein d'hôtels. Certains sont
moins connus que d'autres, sans que l'on comprenne pourquoi. L'Hôtel - oui, le nom est tout court - est un
exemple de ce type. Situé dans la rue des Beaux-Arts, au plein coeur de
Saint-Germain-des-Prés,
avec toute une série de galeries d'arts comme voisines. L'Hôtel est
un
bijoux d'une vingtaine de chambres et suites, chacune avec sa propre
personnalité, décorée autour d'un thème bien spécifique.
La rue des Beaux-Arts vit le jour au début du 19 siècle à l'emplacement
d'un grand parc de la famille de la Rochefoucault-Lancourt. Les fondements de
L'Hôtel sont constitués par d'anciennes caves, dont une, avec une
voûte en pierres d'origine, a été aménagée en petits thermes romains,
avec une piscine intime, un hammam et une salle de repos, qui peuvent être
réservés à des fins privées. L'Hôtel n'est pas un endroit
fréquenté par des personnes qui cherchent de la publicité, mais par celles
qui aiment se ressourcer dans un havre de paix, une intimité bien privée.
La maison qui abrite L'Hôtel fut construite en 1816, à l'emplacement d'un
discret pavillon qui, selon la légende, abrita les amours secrètes de la
reine Margot. Rehaussé de six étages, ce pavillon d'amour devint une
luxueuse maison Directoire à vocation d'hôtellerie. Le minuscule jardin
derrière le restaurant avec la fontaine extérieure du 18 siècle nous
rappelle cette atmosphère intimiste.
Réarticulé autour d'une tour intérieure, attribué à Claude Nicolas Ledoux
(1736-1806), dont les boiseries du Café militaire se trouvent au musée
Carnavalet, ce palais parisien situé 13, rue des Beaux-Arts fut
d'abord une modeste maison d'hôtes, puis l'Hôtel d'Allemagne, ensuite
l'Hôtel d'Alsace, avant de devenir le luxueux boutique-hôtel
d'aujourd'hui.
Propriétaires depuis 1999, le biologiste français Jean-Pierre Besnard et sa
femme Elisabeth voulurent respecter l'âme du lieu, le côté intimiste et
intemporel et firent donc appel à un spécialiste. Jacques Garcia, c'est de
lui qu'il s'agit, à qui l'on doit le décor de La Réserve près de Genève, du
Costes à
Paris et du Métropole Monte-Carlo, pour nommer que quelques unes de ces
réussites, à rénové et décoré L'Hôtel.
Jacques Garcia a le don de créer des espaces publiques qui sont réellement
appréciés par la clientèle des divers hôtels, ce qui se manifeste
notamment par des lobbies et restaurants bien fréquentés. Ses chambres sont
généralement inspirées par l'antiquité classique. Dans le cas de l'Hôtel,
Jacques Garcia a créé une vingtaine d'ambiances différentes qui n'ont rien
à voir avec le modeste hôtel garni de l'époque d'Oscar Wilde.
La réouverture de L'Hôtel eut lieu à l'occasion de la remise du prix
littéraire Oscar Wilde. Son Altesse la princesse Maria-Pia de Savoie,
présidente de l'Association des amis d'Oscar Wilde, remit le prix à
Frédéric Mitterrand pour son livre Un jour dans le siècle (Ed.
Robert Laffont). A cette occasion, Jacques Garcia a offert une visite guidée
de l'hôtel, suivi d'un dîner au Restaurant Le Bélier, dont le chef Raphaël
Pell a été formé par Jean-Pierre Vigato, sous la houlette duquel il continue
du reste d'oeuvrer. Le Bélier se trouve dans l'ancienne court intérieure,
transformée en restaurant grâce à une verrière. Je testerai le restaurant plus
tard, après avoir parlé avec Monsieur Vigato qui, lors de mon séjour, était
en train de transférer son propre restaurant dans un autre local.
L'Hôtel offre non seulement des frescos peints à la main, des rideaux de
taffetas, de la soie, des dessins de Jean Cocteau, mais une multitude
d'antiquités dans une ambiance opulente, avec des colonnes néo-classiques,
dorées à la main par l'artisan Alain Pouliquen, fameux par ses décors
créés à la demande de l'Opéra de Paris.
Les deux tiers du mobilier appartenaient déjà à L'Hôtel, le reste a été
ajouté par Besnard et Garcia en chinant les antiquaires et en arpentant les
salles de ventes.
L'ambiance Art Déco de la chambre 36 Mistinguett (1875-1956) est
irrésistible. Le lit avec miroirs et la coiffeuse en glace avec horloge sont
signés Jean-Gabriel Domergue et ont été obtenu des héritiers de Mistinguett. Ils
meublaient la chambre à coucher de sa maison de Bougival. L'ancienne
chansonnière, actrice de cinéma muet et des music-halls a été
longtemps la partenaire de Maurice Chevalier et la star des Folies-Bergère,
du Casino de Paris, du Ba-Ta-Clan et du Moulin-Rouge, dont elle fut la
directrice artistique de 1925 à 1929. Pour compléter le mobilier Art Déco,
Jacques Garcia a chiné des appliques et coupelles Lalique dans les salles de
vente.
La chambre 24 Pondichéry en violet et or, avec des meubles indochinois, deux
lits à une place surmontés de baldaquins, est la réplique en miniature
d'une chambre d'invités du château de Champs de Bataille appartenant à
Jacques Garcia.
Le gothique flamboyant de la chambre Viollet-le-Duc est un hommage à la mode
néogothique qui avait cours au 19ème siècle. Il est accentué par le
velours de Gênes pourpre tendue dans toute la pièce. Ce velours vieux de
plus de trente ans et complété par un mobilier d'inspiration médiévale.
Le plus fameux hôte de L'Hôtel fut sans conteste Oscar Wilde, qui y est mort
le 30 novembre 1900, en laissant une note impayée de la coquette somme de
2643,40 F et, sur ces lèvres, les fameuses paroles: "je meurs au-dessus
de mes moyens". La note comprenait notamment des frais de limonade,
blanchisserie et pharmacien, payé par le propriétaire de l'Hôtel d'Alsace de
l'époque, Jean Dupoirier.
Le poète et dandy né à Dublin, auteur notamment de romans tels que The
Picture of Dorain Gray et An Ideal Husband, avait laissé ses
années de gloire derrière lui lorsqu'il arriva à l'Hôtel d'Alsace.
En fait, condamné à deux années de prison pour des actes homosexuels,
interdits dans l'Angleterre de 1895, il était un homme brisé et socialement
fini lorsqu'il fut relâché le 19 mai 1897. Après le décès, suite à un
cancer, de sa femme Constance, il lui fut accordé des annuités de £150,
mais on lui interdisait de voire ses deux fils en Angleterre.
Désormais, à la place de fameux romans et poèmes, Oscar Wilde se contenta d'écrire des lettres priant ses amis
de lui donner de l'argent.
Son ancien amant, Bosie (Lord Alfred Douglas), qui vivait également à Paris, dans
un appartement chic au 16ème arrondissement, ne lui accorda pas cette aide
financière.
Oscar Wilde sombra dans l'alcool et souffrit d'une maladie que le médecin
Maurice Tucker fut incapable d'identifier, mais il exclue la syphilis. Oscar Wilde
vivait déjà à Paris dans l'Hôtel Marsollier, mais le manque de moyens le
força à déménager d'un hôtel pourtant bon marché à un hôtel encore
meilleur marché. Certaines sources affirment que ce fut le propriétaire
de l'Hôtel d'Alsace, Jean Dupoirier, qui régla sa dette chez Marsollier et
lui permit ainsi de s'installer à l'Hôtel d'Alsace en août 1899.
Le 10 octobre 1900, Oscar Wilde subit une opération à l'oreille, qui lui
causait de la peine depuis ses jours en prison. L'opération, exécuté par le
docteur Maurice Tucker, se fit dans sa chambre d'hôtel. Malheureusement,
l'inflammation de l'oreille ne cessa pas. Au contraire, fin octobre,
le docteur constata un abcès dans cette oreille. Une autre source mentionne
la méningite comme cause de la mort. En tout cas, Oscar Wilde meurt le 30 novembre
1900, après s'être convertit au catholicisme.
Parmi les derniers mots qui lui sont attribués, en note également: "My
wallpaper and I are fighting a duel to death. One or other of us has got to
go." Et bien, c'était le poète qui devait s'en aller. La dépouille
d'Oscar Wilde fut transféré au cimetière de Bagneux, suivi de quatorze
pleureurs, dont Bosie. En 1909, sa dépouille fut transférée au cimetière
du Père Lachaise. En 1912, le monument de l'artiste américain Jacob Epstein fut
érigé sur la tombe, montrant une figure nue et ailée. En 1961, des inconnus
détruisent les testicules de la figure, qui, dorénavant et selon la rumeur,
serviraient de presse-papiers au conservateur du cimetière.
Pour la chambre Oscar Wilde - numéro 13 bien sûr - Jacques Garcia s'est
inspiré du Peacock Room du Metropolitain Museum de New York. Elle
s'ouvre sur le toit en verre du patio. On y trouve un mobilier anglais
authentique, une salle de bain aux boiseries acajou et une robinetterie
anglaise, un bow window qui s'ouvre sur une terrasse nouvellement
créée, des fac-similés de lettres et reproductions de photos de l'auteur, les
originaux étant gardés dans un endroit sûr.
Un autre écrivain, l'éminent argentin Jorge Luis Borges, fut un hôte
régulier de l'hôtel pendant ses séjours à Paris de 1977 à 1984. Il
adorait les alcôves de l'hôtel qui le conduisaient à la méditation et à
l'écriture.
Avant de se dégrader lentement et avant la rénovation et le nouveau design
par Jacques Garcia en 1999, L'Hôtel avait déjà accueilli beaucoup d'hôtes de
marque comme Barbra Streisand, Mick Jagger, Jim Morrison, Sophia Loren et
Marcello Mastroianni; Pierre Cardin fut un habitué dans les années 1970.
Pour son intimité et sa discrétion, L'Hôtel a déjà été apprécié
depuis la réouverture par des stars tels que Susan Sonntag, Annie Leibovitz,
Monica Bellucci, Sean Penn, Johnny Depp et bien d'autres, dont on peut admirer
les photos dans le bar.
A deux pas de L'Hôtel se trouvent les cafés Les deux magots et Le
Café de Flore, fréquentés par les existentialistes. Dans les rues
voisines de l'hôtel vivaient des artistes tels que Eugène Delacroix et
Rimbaud, plus tard Cocteau et Appollinaire. Picasso avait même son atelier
dans la rue des Beaux-Arts. Bref, Saint-Germain-des-Prés est le quartier
historique des artistes et des galeries, notamment de l'art primitif et
africain. Juste en face de L'Hôtel se trouve d'ailleurs une dépendance de la
réputée Galerie Mermoz. Pour les gourmands, Ladurée - chocolaterie,
pâtisserie et salon de thé - n'est pas loin.
Paris vaut toujours une visite, qui sera d'autant plus agréable si on loge
dans un décor plein de goût, de culture, d'histoire et de rêve.
Le
restaurant et L'Hôtel -
13, rue des Beaux-Arts -
75006 Paris, France.
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Chambre 16, Oscar Wilde. Photo © L'Hôtel, Paris.

Chambre 62, Cardinal. Photo © L'Hôtel, Paris.

Chambre 50, St Petersburg. Photo © L'Hôtel, Paris.

Le restaurant ainsi que le bar et la bibliothèque sont des pièces créées
et aménagées par Jacques Garcia, établissant l'atmosphère relaxée, bien
connu de ce décorateur d'hôtels de luxe. Le restaurant est inspiré du style
Empire. Photo © L'Hôtel, Paris.

L'Atrium néo-classique, avec un mirroir baroque, créé en 1968 par
l'architecte américain Robin Westbrook. Photo © L'Hôtel, Paris.

Vue du hall vers le restaurant.
Photo © L'Hôtel, Paris.
Le propriétaire de L'Hôtel, Jean-Pierre Besnard, est biologiste de
formation. Il a fait fortune avec des hôpitaux et a déjà été hôtelier
dans les années 1980. En plus de L'Hôtel, ses activités incluent celle de
viticulteur - il produit un coteau du Layon réputé, que je n'ai
malheureusement jamais goûté. [ajouté le 18 juin 2008: L'Hôtel a changé de
main].
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